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Les réformes sont un passage obligé pour la stabilité de la Guinée-Bissau


Rédigé le Lundi 17 Juillet 2017 à 13:11 | Lu 140 commentaire(s)



Les réformes sont un passage obligé pour la stabilité de la Guinée-Bissau
La Guinée-Bissau traverse une crise politique depuis que le Président de la république, José Mário Vaz, a limogé le premier ministre d’alors, Domingos Simões Pereira, en août 2015. En Guinée-Bissau, les élections ont souvent été présentées comme une solution aux différentes crises que le pays a connues. Cela a été le cas après le conflit armé de 1998-1999, lors de la deuxième transition en 2004-2005, ou, plus récemment celle de 2012-2014. Pour toutes ces crises, le format adopté pour sortir de l’impasse a été l’installation d’un gouvernement d’union nationale ayant pour principale mission l’organisation d’élections. Même si elles ont permis le retour à l’ordre constitutionnel et le fonctionnement normal des institutions, les élections n’ont jamais permis la stabilisation à long terme du pays. Ce dont le pays a besoin pour sa stabilité à long terme, c’est de la mise en œuvre de réformes. Discutées depuis des années, leur importance a été réitérée par l’Accord de Conakry, signé en octobre 2016 sous l’égide de la communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest. Lors de son sommet du 4 juin 2017, la CEDEAO a donné trois mois au Président José Mário Vaz et aux acteurs politiques impliqués, pour mettre en œuvre l’Accord. Elle a également menacé de sanctions individuelles les personnes qui feraient obstacle à l’application de l’Accord et a suspendu le retrait - débuté en juin - de la Mission de la CEDEAO en Guinée Bissau (ECOMIB). Cette mission a pour mandat la protection des représentants des institutions de la république telles que le président de la république, le premier ministre et le président de l’Assemblée nationale populaire. La CEDEAO prévoit l’application des sanctions ciblées et le retrait de l'ECOMIB - si l'Accord de Conakry n'est pas mis en œuvre d'ici le début du mois septembre. Cet Accord prévoit la nomination d’un Premier Ministre consensuel et ayant la confiance du président et la formation d’un gouvernement inclusif et représentatif. Il prévoit en outre l’organisation d’une table ronde de dialogue national pour l’adoption d’un pacte de stabilité. Ce processus est notamment censé générer un consensus quant à la réforme de la constitution, des lois électorales, de la charte des partis politiques incluant leur financement public, des secteurs de la défense, de la sécurité et de la justice. Le président a initié depuis le 6 juillet des consultations avec les autres acteurs politiques pour essayer de trouver une solution à la crise. En plus de la pression externe liée aux menaces de sanctions et au retrait de l’ECOMIB, ce processus semble également résulter de pressions internes. En effet, la situation sociale, marquée par des grèves à répétition au sein de l’administration publique, l’organisation de manifestations et la détérioration des conditions de vie ont impacté la popularité du président, l’amenant à être plus ouvert à l’application de l’Accord. En outre, le président est affaibli par le retour envisagée au sein du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée Bissau et du Cap Vert (PAIGC) d’une partie du groupe des 15. Ces députés qui ont désobéi aux consignes de vote du PAIGC pour soutenir le président et qui avaient été exclus du parti auraient entamé un processus de réintégration au sein du PAIGC. Leur retour au PAIGC affaiblirait davantage le président alors que ses soutiens au sein du parti sont déjà limités. Cette double pression externe et interne qui s’exerce sur le président de la république et les principaux acteurs impliqués pourrait conduire à l’application effective de Conakry. Cela impliquerait de démettre le gouvernement actuel dirigé par Umaro Sissoco Embaló. Sa nomination en novembre 2016 comme Premier ministre tout comme le gouvernement qu’il a formé avaient été considérés par les acteurs politiques mais aussi par la CEDEAO comme contraire à l’esprit de Conakry. L’installation d’un nouveau gouvernement pourrait permettre d’organiser la table ronde de dialogue nationale en vue de l’adoption d’un pacte de stabilité. Si les consultations en cours n’aboutissent pas à un consensus, le président pourrait décider d’organiser des élections législatives anticipées après avoir dissous l’Assemblée nationale populaire (ANP), comme le prévoit la Constitution (Art. 69 a). Certains acteurs qui pensent peut-être que des élections anticipées pourraient jouer en leur faveur, n’ont pas hésité à faire cette proposition, allant même jusqu’à proposer des élections générales anticipées. Si ce scénario se précise, le président ainsi que les autres acteurs impliqués, risquent d’être frappés par les sanctions, mais aussi la perte de la protection de l’ECOMIB. L’organisation d’élections dans ces conditions compliquerait davantage la situation. De telles menaces pourraient forcer les acteurs politiques à mettre l’intérêt des populations au dessus de leurs intérêts personnels. Quelque que soit l’issue des consultations, l’objectif doit demeurer la création des conditions politiques, économiques et sociales nécessaires à la mise en œuvre des réformes. C’est de l’application de celles-ci que dépend en grande partie la stabilité à long terme de la Guinée Bissau. Il est donc crucial que les acteurs nationaux et internationaux en fasse une priorité, y compris en envisageant la possibilité de mettre sur pied un gouvernement de mission qui veillera à la mise en œuvre des réformes avant les élections. Ces réformes, dont le contenu et la séquence de mise en œuvre devront faire l’objet d’un consensus, ne doivent pas être considérées comme facultatives pour la stabilité durable de la Guinée-Bissau. Paulin Maurice Toupane, chercheur, Isis Samedo et Paulino Biaguê chercheurs juniors boursiers, ISS Dakar


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