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Seydil Hadji Malick SY (RTA) Sa jurisprudence à travers « Kifaya »: Le cas de la « zakat » sur l’arachide Mardi 27 juin 1922 – Mardi 27 juin 2017


Rédigé le Mercredi 28 Juin 2017 à 12:27 | Lu 141 commentaire(s)



Seydil Hadji Malick SY (RTA) Sa jurisprudence à travers « Kifaya »: Le cas de la « zakat » sur l’arachide Mardi 27 juin 1922 – Mardi 27 juin 2017
Il y a 95 ans, disparaissait Seydil Hadji Malick SY (RTA), plus connu sous le pseudonyme de « Maodo ». 
L’évocation de cet évènement nous offre l’opportunité de revenir sur les enseignements du saint homme à travers le livre-testament qu’il a légué à la postérité, « Kifayat ar-Rahibin » (Ce qu’il faut aux bons croyants). 

« Kifaya » est un ouvrage dans lequel l’auteur, Maodo Malick SY, décrit les aspects positifs et négatifs des croyances et pratiques religieuses telles qu’il les a observées au sein de la population sénégalaise. Les thèmes abordés sont divers et variés, allant du sectarisme religieux à l’annonce du début du Ramadan, en passant par le nombre d’épouses légales, la prosternation sur les mains des marabouts, la « basmala » en prière canonique, la « zakat » sur les graines, etc. 

C’est ce dernier thème sur la zakat notamment relative à l’arachide, qui a retenu toute notre attention, en raison de son caractère « révolutionnaire » et de la place importante qu’occupait et continue d’occuper l’arachide dans l’économie de notre pays. 

La « Zakat », ou aumône légale, est le troisième pilier de l’Islam. Elle est une prescription divine dont l’obligation résulte de plusieurs versets du Coran. La Zakat est le seul prélèvement que le musulman ait à supporter sur ses biens. Elle est due sur : 
- deux espèces de métaux : l’or et l’argent ; 
- quatre espèces animales : cameline, bovine, ovine et caprine ; 
- certaines espèces de céréales et de fruits. 

Pour cette dernière catégorie, les jurisconsultes musulmans ont établi une liste limitative de vingt (20) espèces qui sont soumises à la zakat. Ce sont le blé, le froment, l’orge, le seigle, le riz, le mil, le maïs, le sorgho, la fève, le haricot, le pois-chiche, les lentilles, le petit pois, l’olive, le sésame, le carthame, le lupin, le radis rouge, les dattes, les raisins secs. 

L’on remarque que l’arachide ne figurait pas sur la liste ; en conséquence, elle n’était pas soumise au prélèvement de la zakat. Il faut, au demeurant, admettre que les arabes ne connaissaient pas bien l’arachide qu’ils appelaient « ful Soudane » (la fève du Soudan c’est-à-dire du pays des Noirs). 
Seydil Hadji Malick SY (RTA) avait saisi l’occasion de la rédaction de « Kifaya » pour évoquer les raisons qui l’avaient amené à élire l’arachide au rang des produits imposables à la zakat. 

Il est important de rappeler, à ce stade, que Maodo Malick SY s’était trouvé en divergence sur la question, avec certains de ses contemporains jurisconsultes dont, principalement, El Hadji Abdoulaye NIASSE (RTA) de Kaolack (celui qui est considéré comme son « jumeau astral », eu égard aux nombreuses similitudes relevées dans leur parcours - nous y reviendrons plus loin !). En effet, Mame Abdoulaye soutenait la non-imposabilité de l’arachide à la zakat, à l’instar des docteurs cités plus haut. 

Cependant, devant l’importance de la question et par considération pour la personne qui l’avait soulevée, El Hadji Abdoulaye NIASSE avait sollicité l’avis de l’Imam Soukayrij du Maroc, un grand Moukhadam de la Tijaniya. Ce dernier confirma la non-éligibilité de l’arachide à la zakat par une « fatwa », donnant ainsi raison au Cheikh de Kaolack. 

Quelques années plus tard, Cheikh Soukayrij effectua une visite au Sénégal. A la fin de ladite visite, et au moment de l’accompagner, Cheikhal Khalifa Ababacar SY (RTA), qui, entretemps, avait succédé à son père, Seydil Hadji Malick SY (RTA), le trouva à la gare ferroviaire et lui remit des graines d’arachide. 
Etant entré en possession de certains éléments d’appréciation supplémentaires qu’il dit ne pas avoir possédés au moment de la promulgation de sa « fatwa », le Cheikh Soukayrij révisa sa position et soutint le principe de l’imposabilité de l’arachide. Il rédigea, à cet effet, un poème dans lequel il confirma l’éligibilité de l’arachide à la zakat, en précisant qu’il s’était trompé dans sa « fatwa » (quelle honnêteté intellectuelle qui ne fait que grandir l’homme !) 
Arrêtons sur les relations privilégiées qu’entretenaient El Hadji Abdoulaye NIASSE (RTA) et Seydil Hadji Malick SY (RTA) – que nous surnommons les « deux Généraux de Cheikhna Ahmed Tijani Cherif (RTA)» au Sénégal ! Ces relations se reflètent au travers des similitudes relevées dans leur parcours : 
1. ils sont contemporains : Mame Abdoulaye est né en 1848 et Mame Maodo en 1858 ; 

2. ils ont tous deux effectué très tôt le pèlerinage à la Mecque : El Hadji Malick SY en 1888 et El Hadji Abdoulaye NIASSE en 1890 ; 

3. ils se sont tous les deux engagés sur le difficile chemin de la diffusion de l’Islam au Sénégal (surtout à l’époque !) et ont tous les deux choisi la voie soufie de la Tijaniya : ils y ont été initiés par leurs oncles maternels respectifs. Ils y occupent le rang supérieur de « Khalifa de Cheikh » ; 

4. ils ont tous les deux opté pour la résistance pacifique face à la colonisation, avec la différence que Mame Abdoulaye avait connu, dans le passé, la résistance armée avec son père qui avait répondu favorablement à l’appel à la « jihad » (guerre sainte) de Maba Diakou BA (RTA), le Lion du Rip, et qu’il avait suivi au Saloum. 

D’ailleurs, ce passé l’avait rattrapé et avait réveillé des soupçons chez les autorités coloniales, lorsqu’il refusa d’envoyer ses enfants à l’école française. Ce qui l’avait poussé à s’exiler en terre gambienne. 
Il y a lieu de noter que c’est sur recommandation de Seydil Hadji Malick SY que Mame Abdoulaye avait mis fin à cet exil et était rentré définitivement au Sénégal. C’était suite à son retour du Maroc où il était allé effectuer un pèlerinage à Fès. 

Après le Maroc, Mame Abdoulaye devait retourner en Gambie. Cependant à Fès, il devait rencontrer le Cheikh Soukeyrij qui le chargea d’une mission auprès de Seydil Hadji Malick SY ; c’est ce qui explique que, sur le chemin du retour, il passa par le Sénégal, plus précisément à Tivaouane. 

Après être intervenu auprès des autorités coloniales pour lever toute équivoque en vue d’un retour définitif au Sénégal de Mame Abdoulaye NIASSE, Seydil Hadji Malick SY recommanda à celui-ci de s’installer à Kaolack qui abritait le siège de l’autorité administrative. Ce qu’il fit ! 

5. Seydil Hadji Malick SY avait écrit un poème pour faire l’éloge de Mame Abdoulaye NIASSE après son retour du Maroc. Mame Abdoulaye avait, de son côté, demandé à son fils aîné qui revenait des lieux saints de l’Islam, El Hadji Mouhamed Niasse, plus connu sous le nom de « Mame Khalifa Niasse », de répondre au poème de Seydil Hadji Malick SY. Mame Khalifa dédia à celui-ci un poème mémorable ; 

6. la considération entre ces deux êtres exceptionnels était telle que Seydil Hadji Malick SY appelait El Hadji Abdoulaye NIASSE « Baay » (mon père) ; il n’avait, en effet, pas connu son père et Mame Abdoulaye avait eu la chance de rencontrer celui-ci dans leur Djoloff natal. Car faut-il le rappeler, El Hadji Abdoulaye NIASSE est originaire du Djoloff comme Mame Ousmane SY (RTA), le père de Seydil Hadji Malick SY ! 
Sur un autre plan, il semblerait que c’est Mame Abdoulaye NIASSE qui attribuât à Seydil Hadji Malick SY le surnom de « Maodo », « Maodo Gallé ! » ; 

7. enfin, ils ont tous les deux été rappelés à DIEU le même mois de la même année - juin 1922 -, à quelques jours d’intervalle : Mame Abdoulaye est décédé le mercredi 14 juin 1922 et Mame Maodo, le mardi 27 juin 1922. Et comme par coïncidence, cette année le 14 juin 2017 tombe un mercredi et le 27 juin 2017, un mardi ! 

En conclusion, il faut retenir que la « oumma islamique » en général, la communauté musulmane sénégalaise en particulier, a le devoir de rendre un vibrant hommage à Seydil Hadji Malick SY (RTA). 
En effet, si la zakat est aujourd’hui prélevée sur l’arachide, c’est grâce à sa clairvoyance. Dans sa modestie légendaire, Seydil Hadji Malick SY (RTA) précise dans son ouvrage que c’est sa conscience qui lui a dicté, par mesure de précaution, de considérer l’arachide comme imposable à la zakat. Et il cite le maître Makkari qui a dit : 

« La précaution en matière de religion, 
C’est fuir le doute vers la certitude ». 
En définitive, l’Islam est une religion universelle qui s’adapte à tous les temps et en tous lieux. Et Seydil Hadji Malick SY (RTA) est un revivificateur de l’Islam et de la Tradition (Souna) du Prophète (PSL) au Sénégal. 

Cheikh Tidiane CAMARA 
Colonel des Douanes en retraite. 
 
 
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