LATERANGA.INFO
LATERANGA.INFO

APRÈS LA RENOMMÉE, LA GALÈRE POUR CERTAINES ANCIENNES GLOIRES DE LA LUTTE


Rédigé le Lundi 29 Juin 2020 à 09:24 | Lu 62 commentaire(s)


Qu’ils s’appellent Boy Bambara, Balla Gaye 1, Mohamed Ali, Khadim Ndiaye … Ils sont nombreux ces anciens lutteurs à connaître aujourd’hui le revers de la médaille, à passer de la gloire à la déchéance, de la richesse à la pauvreté


APRÈS LA RENOMMÉE, LA GALÈRE POUR CERTAINES ANCIENNES GLOIRES DE LA LUTTE

Ils ont connu des heures de gloire, ont fait vibrer l’arène et ont écrit l’une  des plus belles pages de la lutte sénégalaise. Ils ont tutoyé les sommets il y a quelques années, mais leur fin n’a pas été des plus glorieuses. Qu’ils s’appellent Boy Bambara, Balla Gaye 1, Mohamed Ali, Khadim Ndiaye … Ils sont nombreux ces anciens lutteurs à connaître aujourd’hui le revers de la médaille, à passer de la gloire à la déchéance, de la richesse à la pauvreté. Une véritable descente aux enfers qui n’épargne cependant pas les jeunes lutteurs.

Quand on feuillette le livre de la lutte sénégalaise, de nombreux noms défilent. Double Less, Mbaye Guèye, Birahim Ndiaye, Balla Gaye 1, Pape Diop, Boy Bambara, Mohamed Ali, Toubabou Dior, Mor Fadam, Manga 2, Mor Nguer, Khadim Ndiaye, Balla Bèye 1 entre autres. Des noms de grands champions qui se sont incrustés dans les mémoires des amateurs. Ces lutteurs ont fait les beaux jours de l’arène. Certains de ces champions sont aujourd’hui décédés. Il y en a qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu, d’autres connaissent l’envers du décor, vivent dans la solitude la plus complète, fauchés en plein vol par la déchéance, ou terrassés par la maladie. Dans une arène où l’argent coule à flots, ils ont eu la malchance de ne s’être pas préparés à la vie d’après. L’arène a pourtant connu une grande révolution avec l’arrivée de Mohamed Ndao Tyson qui a vu les cachets atteindre les 100 millions de francs Cfa. Même si, quatre décennies plus tôt, Boy Bambara avait empoché la rondelette somme de 1 million de francs pour affronter Modou Pouye en décembre 1976. Depuis, les cachets ont explosé. Les déchéances également. Les sommes énormes n’ont malheureusement pas empêché les désillusions financières au moment de dénouer le « nguimb », voire plus tôt. Plusieurs lutteurs se sont retrouvés dans une galère sans nom. A l’exception de quelques anciennes gloires qui ont réussi leur reconversion professionnelle l’arrêt de leur carrière a été, pour beaucoup, un enfer. Leur activité, avec les combats qui s’enchainaient, les avait maintenus hors du monde réel.

 Revers de la médaille

Aujourd’hui, nombre de lutteurs connaissent le revers de la médaille après une carrière florissante. Et doivent leur survie à certaines âmes généreuses qui les assistent dans leurs moments difficiles. En avril dernier, une certaine presse avait relayé la mort d’Alioune Camara, plus connu sous le nom de Boy Bambara, mais sa famille avait vite démenti l’information précisant que c’était l’un de ses fils qui avait rendu l’âme. Aujourd’hui âgé de 77 ans, le natif de Niayes Thioker, terrassé par une longue maladie vit des heures difficiles. Le promoteur, Luc Nicolaï, avait même organisé un téléthon pour l’aider à prendre en charge ses frais médicaux. Comme beaucoup de lutteurs, celui qui avait permis au Sénégal de remporter une médaille d’or à un tournoi en Turquie en 1966 connait une fin de vie difficile. Une situation qui avait même poussé Balla Gaye 2 à monter au créneau pour inviter le Cng à soutenir les lutteurs qui ont porté haut le drapeau du Sénégal et qui, aujourd’hui, sont très malades et souffrent. Une maladie qui n’a pas laissé beaucoup de chance à Cheikhou Diène, Lamine Sarr, ou encore Abdou Malien, plus connu sous le nom de l’An 2000.

Parmi le lot de malades figure également Balla Gaye 1, alité depuis presque 3 ans. « Je suis malade, Double Less et tant d’autres anciens lutteurs aussi. Je suis chez moi et je me soigne. De toute façon, des anciens comme Daour Fall, Toubabou Dior, Mor Fadam et autres sont partis. C’est fini pour eux, pourtant leurs  familles continuent  de vivre. Donc, on va tous partir un jour ; le reste ce n’est pas important », laisse entendre l’ancien lutteur qui regrette cependant de n’avoir pas vu d’autorités à son chevet. « Je ne les connais même pas, mais je ne pointe pas du doigt l’Etat, car je n’ai pas défendu le drapeau du Sénégal quand j’étais en activité. Je luttais pour mon propre compte. Donc je crois que ce n’est pas son rôle de me prendre en charge. Mais s’il le faisait, je m’en réjouirais », fait savoir Balla Gaye 1. Il reconnait cependant que Manga 2,  président des anciens lutteurs du Sénégal, et les responsables de l’association des sages de la lutte sénégalaise sont venus le voir pour lui apporter tout leur soutien. « Les lutteurs en activité n’ont pas eu cette courtoisie. Mais je ne blâme personne et je n’en veux à personne non plus ».

Après une carrière longue d’un quart de siècle, Mohamed Ali a été envoyé à la retraite par le Cng alors qu’il avait atteint par la limite d’âge (49 ans). Cet ancien ténor de l’arène est aujourd’hui cloué par une maladie. « Je suis chez moi et j’essaie de me soigner avec les moyens du bord comme tous les autres « anciens » tombés malades, en attendant tranquillement la mort», indique le mastodonte du Walo.

 Des difficultés pour épargner

Mohamed Ali fait partie des lutteurs à qui la chance n’a pas trop souri ; même si, comme il se plait à le rappeler, il a été un entrepreneur. « C’est à cause de ma maladie que je suis cloué au lit, mais mes enfants sont en train de poursuivre le travail », précise-t-il. De son temps, rappelle-t-il, les plus gros cachets tournaient entre 4 et 5 millions de francs. Cependant, précise-t-il, «  on avait des difficultés pour épargner ». La raison est simple, dit-il. « Dès que les proches avaient vent qu’un combat était ficelé, ils venaient de partout et il était difficile de faire face à la demande. C’est différent d’aujourd’hui, où les jeunes perçoivent de gros cachets », dit-il avec regret. Mohamed Ali déplore le fait que « le Comité national de gestion (Cng) ne fasse rien pour les anciens ». Idem pour les lutteurs en activité. « Ils ne font absolument  rien pour  leurs devanciers, mais nous arrivons malgré tout à vivre et nous nous contentons de ce que la vie nous a donné », fait-il savoir.

Cependant, précise-t-il, « en plus de quelques soutiens de la part des gens comme Tyson et Manga 2 qui m’épaulent, les associations des lutteurs aussi nous appuient parfois ». Ali dit ne compter que sur ses proches. « Mais si ceux qui nous aident ne sont pas aidés à leur tour, ça sera difficile », prévient-il.

Né en 1952, Mohamed Ali s’est forgé un nom dans l’arène. Alors que la carrière des grands lutteurs « Walo-Walo » tirait à sa fin, le jeune champion qui voulait assurer la relève est alors entré dans le monde de la lutte en 1976. Et il a eu une carrière très riche. Il a terrassé Toubab Dior, Mor Fadam entre autres champions. En 74 combats, il n’a connu que 11 défaites et 9 nuls. Un riche palmarès dont  se vante le lutteur. « Beaucoup disaient que je n’allais pas faire carrière dans la lutte. C’est ce qui m’a le plus motivé à persévérer et je n’ai jamais été déçu de son passage dans ce milieu », relève Ali qui a livré son dernier combat contre Zale Lo en 2001. Mohamed Ali qui eu à diriger l’écurie Walo estime qu’un lutteur peut réussir sa vie s’il est bien organisé. « J’ai conseillé à Lac de Guiers  dont je suis le manager d’investir dans le business  et d’essayer d’ouvrir sa propre entreprise, des magasins et de recruter des jeunes afin de mieux gérer sa vie après la fin de sa carrière ». Selon lui, les jeunes devraient cumuler la lutte avec autre chose pour que, en cas de difficulté comme  c’est le cas pour lui aujourd’hui, ils puissent se reconvertir dans une autre activité. « C’est l’idéal, la vie n’est pas facile. Donc il faut essayer de l’améliorer autant que faire se peut ». « Pour ne pas vivre dans la galère aussi, je conseille aux jeunes lutteurs en particulier d’aller chercher un métier pour préparer leur avenir. Mais pour dire juste aux jeunes lutteurs, que la lutte n’est pas un métier. « Allez chercher un travail », la preuve depuis l’apparition de la Covid-19, la lutte est au point mort.

 

LeSoleil



Politique | Société | Economie | International | Sports | Santé