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ATTENTION AUX CLICHÉS SUR LES INTÉRÊTS FRANÇAIS AU SÉNÉGAL !


Rédigé le Lundi 28 Janvier 2019 à 14:43 | Lu 156 commentaire(s)


Il reste qu’on observe de plus en plus, dans notre pays, qu’un certain sentiment anti-français a libre court et fondé surtout sur un discours populiste, démagogique, souvent irresponsable et assez subjectif, à l’aune d’une analyse


ATTENTION AUX CLICHÉS SUR LES INTÉRÊTS FRANÇAIS AU SÉNÉGAL !

Depuis plus de quatre ans, je dirige une organisation internationale dont le siège se trouve en France. Cela me donne droit à un titre de séjour en France et la possibilité d’y ouvrir un compte bancaire. Mieux, mes prédécesseurs avaient demandé et obtenu le passeport diplomatique français. Je me suis refusé de demander ces faveurs ou avantages à l’Etat français. Depuis que je suis à la tête de l’Union internationale de la presse francophone (UPF), je n’ai formulé la moindre demande de subvention ou de financement de quelque sorte que ce soit à l’Etat français. Pour me rendre en France, j’utilise mon passeport sénégalais avec un visa délivré par le Consulat de France à Dakar. Pour la petite histoire, il y a quelques semaines, je devais me rendre en Europe et au comptoir d’enregistrement à l’aéroport de Diass, je me suis rendu compte que mon visa de circulation dans l’espace Schengen avait expiré. Je n’avais pas la possibilité de me faire délivrer dans l’urgence un visa au niveau du Consulat de France à Dakar et je m’étais rabattu auprès d’un autre consulat d’un pays membre de l’espace Schengen pour me faire renouveler mon visa de circulation. Tout cela, pour dire, qu’on s’entende bien, je ne suis en rien redevable à la France et donc je ne fais nullement un plaidoyer pro domo. 

Pour autant, j’aime la France, sa culture, son mode de vie, ses idéaux de liberté et d’humanisme. Il m’arrive aussi de m’insurger contre des pratiques de l’Etat français ou de certains milieux économiques français et cela a pu donner l’impression que je nourrissais quelques sentiments anti-français car d’aucuns peuvent appréhender les rapports vis-à-vis d’un pays sous un prisme manichéen. C’était notamment le cas, le 25 janvier 2016 dans un papier intitulé : «Au nom de quels intérêts français ?» En effet, dans le cadre de la procédure d’attribution d’une licence de téléphonie 4G, je relevais l’outrecuidance et l’effronterie de la société Orange. Et je soulignais que «des personnes craindraient fortement de prétendues représailles de la France au cas où les intérêts économiques de l’Hexagone seraient menacés au Sénégal. Il convient de savoir raison garder car la France défend ses intérêts et ceux de ses entreprises comme le Sénégal devrait défendre les siens. Il n’est nullement question ici d’une quelconque susceptibilité de souveraineté nationale ou de chauvinisme mais l’expérience enseigne que les autorités françaises ne montrent du respect et de la considération qu’à leurs interlocuteurs qui sont farouchement attachés à la préservation de leurs intérêts nationaux.

Tant qu’un gouvernement reste dans la ligne de défense des intérêts exclusifs de ses populations, aucun gouvernement étranger, France ou on ne sait quelle autre puissance, ne pourra lui tordre le bras. Le pays de Marianne (…), doit être traité comme un partenaire économique, certes important et sans doute privilégié, mais pour autant, le Sénégal ne devrait point sacrifier ses intérêts économiques vitaux. (…) Il y a des combats qui méritent d’être engagés.»
Il reste qu’on observe de plus en plus, dans notre pays, qu’un certain sentiment anti-français a libre court et fondé surtout sur un discours populiste, démagogique, souvent irresponsable et assez subjectif, à l’aune d’une analyse.

Les Turcs, Chinois et Indiens supplantent les Français

Le discours public ces derniers temps est très fortement caractérisé par des diatribes contre la France et une virulente remise en cause de la présence de la France et d’investissements français dans les circuits économiques sénégalais. Il arrive même d’entendre dire que le régime de Macky Sall aurait fini de donner le Sénégal à de intérêts français. Ainsi, des personnes ont pu être abusées par une propagande «France dégage». Nous avons voulu interroger les faits, pour savoir exactement en quoi et dans quels domaines ou secteurs d’activités on a pu observer une mainmise de la France et de ses intérêts économiques ? Voulait-on que le régime de Macky Sall dénonce les conventions déjà signées par le régime de Abdoulaye Wade ou de Abdou Diouf avec des entreprises françaises comme dans le domaine de la distribution de l’eau, de la téléphonie ou de l’exploitation de la concession sur le premier tronçon de l’autoroute à péage de Dakar ? Bien sûr que non.

Alors, quels sont les projets que le président Macky Sall a entrepris durant son premier mandat et de quels drapeaux sont les entreprises contractantes ? Ainsi, on constate que contrairement à des idées reçues, et au-delà des clichés et autres caricatures, les entreprises françaises perdent grandement du terrain au profit des entreprises chinoises, indiennes, turques et autres sénégalaises. Un rapide recollement indique par exemple que l’autoroute Ila Touba est confiée à une entreprise chinoise ; le tronçon de l’autoroute Aibd-Mbour est confié à une entreprise chinoise ; le tronçon de l’autoroute Aibd-Thiès-Tivaouane est confié à une entreprise chinoise ; la route Linguère-Ourossogui-Matam est confiée à une entreprise marocaine ; le prolongement de la Voie de dégagement nord (VDN) de Dakar est confié à la même entreprise marocaine ; la réalisation du pont sur la Sénégambie est confiée à une entreprise sénégalaise Arezki (de Ziguinchor, tout un symbole) qui a achevé les travaux entamés par une entreprise espagnole défaillante, la route du Blouf en Casamance a été réalisée par une entreprise espagnole en joint-venture avec Arezki, les bus de Dakar Dem Dikk ont été fournis par des constructeurs indiens, les hélicoptères et autres aéronefs de l’Armée ont été fournis par des Brésiliens et des Turcs ; le Pont de Foundiougne a été réalisé par des Chinois ; les travaux de l’aéroport de Diass ont été achevés par une entreprise turque alors que le français Bouygues le voulait et avait tout fait pour obtenir ce marché après que le président Macky Sall, excédé par les retards accusés, l’avait retiré à Saudi Ben Laden Group.

Dans la nouvelle ville de Diamniadio, on trouverait difficilement une entreprise française engagée dans des travaux. En effet, tous les contrats, au premier chef, sont exécutés par des entreprises chinoises, indiennes, turques et autres africaines. Qu’il s’agisse du Centre de conférence Abdou Diouf, du Dakar Arena, des hôtels Radisson et Mövenpick, des sphères ministérielles, du parc industriel, du marché d’intérêt national, du Parc des gros porteurs, de l’Université Amadou Makhtar Mbow ou des projets de logements et autres cités résidentielles (Getran, Senegindia, Teylium). Un autre projet d’envergure, celui de dessalement de l’eau de mer aux Mamelles à Dakar est le fruit de la coopération avec le Japon. L’Arène nationale est réalisée par les Chinois ainsi que le Musée des civilisations. La réfection du Building administratif par une entreprise sénégalaise alliée à des Turcs.

On ne le dira jamais assez, seul le Train express régional (Ter) constitue un grand projet confié à des investisseurs français, et on a pu voir dans la liste des opérateurs de ce projet, que des dizaines d’entreprises sénégalaises et non des moindres, ainsi que des entreprises turques, ont remporté d’importantes parts du marché en sous-traitance. Dans le secteur de la grande distribution, l’arrivée d’Auchan avait suscité les passions et le même phénomène est attendu avec l’annonce de l’arrivée de Carrefour sur le marché sénégalais. On n’a pas voulu tenir compte des profits tirés par les consommateurs de la présence des grandes enseignes à l’origine française, mais devenues mondiales, par la force de leurs succès. Que des Asiatiques exploitent des magasins de grande distribution (Chinois, Pakistanais, Coréens) ne semble déranger personne mais il suffit que ce soit des entreprises qui passent pour être françaises pour qu’une levée de boucliers soit observée. En plus, les détracteurs des grandes surfaces comme Auchan, Casino et autres ne s’imaginent pas le volume de commandes passées auprès de chaînes de producteurs locaux notamment, pour approvisionner leurs rayons de vivres et autres produits frais. Dans les secteurs de la finance (banques et assurances) et dans les activités portuaires, les entreprises françaises avaient perdu aussi du terrain. Aujourd’hui, les chiffres d’affaires réalisés par les entreprises françaises au Sénégal sont bien inférieurs à ceux engrangés par les hommes d’affaires turcs, chinois, marocains. Mais cela ne semble déranger personne ! Quand ces gens gagnent des marchés on ne cherche pas à savoir s’il y a de la triche derrière ! Dans le secteur de la production énergétique, dans lequel on peut considérer sans conteste que le président Macky Sall a bien réussi, l’essentiel de la production est aux mains d’investisseurs américains, britanniques et sénégalais.

Les incohérences d’un «dégagisme» anti-français

A la vérité, on peut avoir le sentiment que d’aucuns voudraient faire payer à la France d’avoir été la puissance colonisatrice. Seulement, ils sont encore nombreux à chercher à pourfendre la France et qui font le tour du monde avec des passeports et autres titres de voyages délivrés par la France. Quelle est la cohérence d’une telle attitude ? Peut-être que Nicolas Sarkozy, dans un moment d’irritation, n’avait pas tellement tort de dire «la France, tu l’aimes ou tu la quittes». D’aucuns seraient peut-être dans une posture de faire payer à la France leurs petites ou grosses frustrations subies dans les rues de Paris, Marseille, Nantes, Bordeaux, Mantes La Jolie ou Aulnay Sous-Bois. Il y a du ressentiment mais aussi peut être, «un ethos de l’évacuation de nos responsabilités» dans nos échecs en Afrique. La France est souvent vue dans un certain imaginaire comme «l’exploiteur, l’oppresseur, le tyran et en fin de compte comme l’ennemi». Il y en a qui n’aiment pas la France au point d’applaudir des salves de Luigi Di Maio, vice-Premier ministre italien, contre la France. Qu’ils peuvent être bêtes de détester la France au point de s’allier avec l’extrême droite italienne, qui s’illustre par son hostilité systématique à l’Afrique et à l’homme africain ? C’est du n’importe quoi que de vouloir vitupérer contre la France en criant avec les loups d’une extrême droite européenne xénophobe !

Un pays n’étant pas constitué que d’hommes politiques ou d’intellectuels, on peut se demander si ce sentiment anti français plus ou moins ambiant a aussi prise sur l’homme de la rue. Les peuples sénégalais et français, en dépit des vicissitudes de l’histoire, sont restés assez proches. Faudrait-il le rappeler, d’une voix goguenarde, le président Léopold Sédar Senghor disait à un de ses opposants qui flétrissait les relations du Sénégal privilégiées avec la France : «A chacun son Français et à l’occasion sa Française.»
Il n’en demeure pas moins que les carences de nos élites continuent d’obliger nos pays à ne pouvoir se passer de l’aide de la France. Force est de dire que n’eut été l’intervention des troupes françaises contre les terroristes islamistes au Mali, la situation sécuritaire dans notre sous-région aurait été davantage compromise. Quant à la politique monétaire, il convient de dire que les pays africains regroupés au sein de l’espace monétaire Cfa ne semblent pas être disposés à s’affranchir.

Le président Emmanuel Macron parlait de la question de l’indépendance monétaire, lors de sa visite à Ouagadougou le 28 novembre 2017, dans les mêmes termes ou le même esprit que Charles de Gaulle en 1958 à Dakar qui lançait aux Africains : «Si vous voulez l’indépendance, prenez-la !» La Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avait préconisé la mise en service d’une monnaie commune en 2020. Qu’est-ce qui a été fait pour ne pas manquer ce rendez-vous ? Quel pays africain en dehors de la zone Cfa, qui battrait sa propre monnaie, s’en sort mieux que la zone Cfa ? A quelles discipline et rigueur s’astreignent les banques centrales de ces pays ? Sans doute que ce serait tentant de sortir de la zone Cfa mais la question est de savoir comment et dans quelles conditions ? Nos pays sont-ils en mesure de sortir du système économique mondial ? Assurément non ! En attendant, nous aurons encore besoin du soutien de la France par exemple, pour nous faire adouber par les institutions financières internationales

 

Madiambal Diagne 




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