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AVIS DE TEMPÊTE À L'APR ! (PAR SERIGNE SALIOU GUÈYE)


Rédigé le Mardi 8 Mai 2018 à 11:51 | Lu 216 commentaire(s)


L'heure est à la sidération - Après les retrouvailles entre le président Macky Sall et Harouna Dia, la barque présidentielle, sans boussole, sans capitaine, tangue à nouveau dangereusement


AVIS DE TEMPÊTE À L'APR !  (PAR SERIGNE SALIOU GUÈYE)

Macky Sall est appelé à faire face à des rébellions internes qui menacent l'unité de l’alliance pour la République (APR), dont il est le président et qui est au bord de l'implosion. Retour sur une situation explosive.

Au sein de l’APR, l'heure est à la sidération. après les retrouvailles entre le président Macky Sall et Harouna Dia — les relations entre les deux hommes étaient glaciales depuis trois ans —, la barque présidentielle, sans boussole, sans capitaine, tangue à nouveau dangereusement à cause des secousses occasionnées par les remous de Moustapha Cissé Lo, Alioune Badara Cissé et Youssou Touré. Le dénominateur commun de ces trois militants apéristes, c’est qu’ils étaient tous au début de l’aventure de novembre 2008. Aujourd’hui, deux d’entre eux à savoir Moustapha Cissé et Youssou Touré ne décolèrent pas contre le président Macky Sall qu’ils accusent de favoriser les arrivistes, les transhumants et les militants de la 25e heure au grand dam des piliers fondateurs de l’APR.

Moustapha Cissé Lô : entre défi et défiance

Moustapha Cissé Lô a été le premier à tirer une salve en direction du président de l’APR en l’accusant de n’associer personne à ses prises de décisions et cela depuis 2009. Aujourd’hui, il se dit victime d’un ostracisme au sein de son propre parti. À Touba où il revendique le statut de faiseur de rois, récemment, lors d’un meeting à Kaïré Ndao (localité située à cinq kilomètres de la capitale du mouridisme), le président du parlement de la CEDEAO n’a pas manqué de mettre en garde le chef de l’APR contre toute velléité de tenter de l’écarter des sphères de décision politiques à Touba. « Macky Sall ne gagnera jamais Touba sans moi. C’est moi qui détiens la clé d’une victoire dans la capitale du mouridisme. Je le dis et je ne reviendrai plus sur ça. Je le dis devant les médias et je mets en garde le président. S’il veut gagner au premier tour, il devra s’adresser à moi et pas à un autre », a dit clairement le bouillant député sur fond de menaces.

D’ailleurs, c’est à la suite de ses déboires à Touba qu’il a envoyé une missive à l’apériste en chef pour lui signifier sa décision de démissionner de toutes les instances de son parti. Conscient de ses poids politique et financier au sein de l’APR, il multiplie les sorties médiatiques polémiques sous forme de défis. Le lundi 18 septembre 2017, interrogé par le site Senego, Moustapha Cissé Lo a clamé sans circonlocution qu’« à Dakar, j’ai dépensé plus de 30 millions, et plus de 150 millions dans le département de Mbacké. Dites-moi qui a fait plus que moi dans le parti ? Si ce n’était pas moi, on allait perdre Dakar… Je me suis impliqué à la Patte d’Oie, à grand- Yoff, à Sacré coeur Mermoz, Yoff… et je n’ai entendu personne dire que Moustapha Cissé Lô a gagné son centre de vote. J’ai beaucoup contribué à Dakar. Qu’on se dise la vérité. Et je défie tout responsable politique à Dakar de soutenir le contraire, sans moi, l’APR n’allait pas gagner.»

Et lors de l’émission « Objection » de la radio Sud Fm du 29 avril dernier, il revendique sa part importante dans la victoire de l’APR aux dernières législatives en assénant : « Ils (militants de l’APR, ndlr) lui (le président, ndlr) disent que c’est lui qui a gagné les législatives, que les gens croient en lui mais ce n’est pas vrai. Moi, j’ai beaucoup contribué et si je me retire, il verra que j’ai beaucoup contribué. Aujourd’hui, nous sommes au frigo, on ne connait rien du parti. Moi et d’autres personnes, nous sommes mis au frigo (…) J’ai des militants et quand je quitte le navire, ils vont quitter avec moi. Je défie le parti. S’ils veulent, ils n’ont qu’à me renvoyer. Je ne démissionnerai jamais. Ils n’ont qu’à me renvoyer, et je quitterai.»

La dernières sortie virulente en date du président du parlement de la CEDEAO, c’est celle qui court au niveau de la toile et dans laquelle il déclare ceci : « je ne suis pas l’esclave du couple présidentiel et, par conséquent, je n’accepterai pas qu’on me rabaisse ». Malgré ces déclarations qui défient l’autorité du chef, aucune voix, aucune instance ne s’est prononcée sur ces exactions discursives du tonitruant Cissé Lo.

Youssou Touré, tête de turc de l’APR

Aux sorties de Cissé Lo vient faire écho celle de Youssou Touré. On se rappelle sa démission fracassante en date du 1er mars 2016 de son poste de coordonnateur du réseau des enseignants de l’APR et de celui du secrétaire d’état à l’alphabétisation et aux langues nationales avant que la première dame Marième Faye Sall et le député Moustapha Diakhaté ne jouent les bons offices pour l’emmener à se raviser. Et lors du remaniement de septembre 2017, Youssou Touré a encore violemment accusé le président de l’avoir défenestré sans l’avoir prévenu. Du coup, il a flétri la « dynastisation » rampante qui met en danger la République. Il finit par reconnaitre son erreur de communication avant de se déshabiller, toute honte bue, et présenter ses plates excuses au couple présidentiel. Depuis lors, Youssou Touré se contente de son poste de ministre-conseiller sans bureau, sans travail identifié. Au cours de sa dernière sortie qui fait le buzz sur le net, l’ex-boss des enseignants apéristes déplore, les larmes aux yeux, avoir été « humilié par le palais qui m’a retiré deux de mes trois véhicules de fonction, et fait la part belle aux transhumants au détriment des responsables de la première heure qui sont, aujourd’hui, mis à l’écart ». À l’en croire, « des responsables convaincus et accomplis comme Cissé Lo et moi sommes totalement écartés des centres de décision alors que le président reçoit à longueur de journée des transhumants ».

Alioune Badar Cissé, victime de son franc-parler

Mais si Cissé Lo et Youssou Touré pilonnent les choix politiques de Macky Sall et ne font pour l’instant l’objet d’aucune critique ou d’un rappel à l’ordre des instances de l’APR, tel n’est pas le cas du médiateur de la République, Me alioune Badara Cissé, qui ne cesse de recevoir des coups sans en donner. Ces derniers temps, il a été l’objet de critiques acerbes et d’une mise en garde du Secrétariat exécutif national (SEN) de l’APR. Dans un communiqué daté du 4 mai, ledit SEN a fustigé « les sorties récurrentes de Monsieur Alioune Badara Cissé, médiateur de la République, contre les institutions de notre pays ». Des sorties qui, selon cette instance, « relèvent d’un positionnement politique militant incompatible avec son statut, constituant en même temps une atteinte grave au devoir de réserve que lui imposent ses hautes fonctions ». En conclusion, le SEN demande au président de la République « d’en tirer toutes les conséquences et de mettre un terme à cette confusion de rôles ». Autrement dit, de limoger Alioune Badara Cissé de son poste de médiateur s’il continue ses sorties qui gênent le régime de Macky Sall.

Pourtant, à y voir de près, ABC n’a fait qu’assumer son rôle de médiateur qui ne le confine point dans une posture mutique sur les problèmes des citoyens. D’ailleurs, les textes organisant la médiature de la République l’autorisent à « veiller à la bonne adéquation entre les droits des citoyens et le bon fonctionnement de l’administration ». C’est à cet égard qu’il a effectué une sortie il y a deux mois sur la mauvaise organisation des législatives, sur les marches non autorisées et réprimées par les policiers qui devaient en assurer la sécurité et la brutalité policière exercée régulièrement et impunément sur les citoyens. Cette sortie était qualifiée comme une attaque contre le chef de l’état qui avait félicité l’alors ministre de l’Intérieur, Abdoulaye Daouda Diallo pour avoir bien organisé les législatives. Pis, pour l’ancien ministre des Affaires étrangères, le 28 avril dernier, il a sorti une audio qui est loin de plaire aux chanteurs de notre croissance et de notre émergence. Il y disait, par rapport à la crise scolaire que traversait le Sénégal que « pendant que notre pays marque le pas, d’autres avancent à grands pas, nous rattrapent puis nous dépassent le long des autoroutes du savoir ». Ce passage est considéré par les fédayins du palais comme un manque de reconnaissance des efforts accomplis dans le cadre du PSE par le président Sall pour hisser le Sénégal vers les cimes de l’émergence.

Pourtant dans cette même audio, le médiateur de la République indiquait des solutions de sortie de crise avec « une généralisation de l’indemnité de logement à 100 000 francs CFa pour les enseignants du moyen et du secondaire, avec une hausse à intervenir sur les prochaines années selon un échéancier convenu d’accord parties ». Ironiquement, le président, pour éviter une année blanche, a fini par adopter les mêmes solutions prônées par ABC ! Il faut dire que ce qui a accru cette bordée de diatribes contre le médiateur c’est ce coup de gueule de Cheikh Yérim Seck qui, dans son site, n’a pas décoléré contre le président de la République qui, selon lui, manque de considération à l’endroit de ceux qui ont contribué à la création de l’APR. Ce texte a sorti Mahmout Saleh hors de ses gonds au point de le pousser à dénier à ABC toute once de paternité de l’APR. Une véritable réécriture de l’histoire !

Mais la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est l’article du journaliste Cheikh Sidou Sylla paru le 28 avril sur son site Info15.com et intitulé «ABC- Macky : l’effet boomerang d’une rupture ». Dans ce texte, le journaliste met en relief la franchise de ABC qui a toujours craché la vérité à Macky Sall quoi que cela puisse lui coûter. Le 02 mai une soi-disant réponse critique par rapport audit article et intitulé « Un seul être vous manque » signé ABC circulait dans les sites. Morceau choisi : « Nos mises en garde au soir du 25 mars 2012 n’auront pas servi à grand-chose. Les mêmes attitudes arrogantes et néfastes resurgissent chez nos dirigeants au niveau le plus élevé. Comme frappés d’amnésie, la plupart d’entre eux — et non des moindres — aux égos surdimensionnés, agissent avec une totale absence de discernement alors qu’ils ont la responsabilité de prendre, dans divers domaines, des décisions majeures qui auront un impact non négligeable sur le devenir du pays que nous laisserons demain à nos enfants. Le devoir de tous les démocrates et patriotes sincères est de s’unir pour administrer l’antidote. » Le même jour, le médiateur, par l’entremise de son chargé de communication, précisait n’être « lié ni de près, ni de loin à la rédaction et à la diffusion d’un tel article ». Pourtant, cela n’a pas empêché le SEN de l’APR de bondir sur cet article anonyme pour demander que des sanctions soient infligées à Alioune Badara Cissé. Le pauvre est soupçonné aujourd’hui de guigner le fauteuil présidentiel et d’envisager de se présenter à la prochaine échéance électorale. D’ailleurs, le journal l’As a même sous-entendu, citant des responsables apéristes des USA, que la dernière tournée américaine du médiateur s’inscrit dans cette logique.

ABC, victime des intrigants du palais

Aujourd’hui, des intrigants et combinards comme Mahmout Saleh ont repris du service pour inventer des coups d’état fictifs au sein de l’APR. Il faut rappeler que Saleh n’a jamais digéré avant l’alternance de 2012 le fait qu’ABC avait une fois contraint Macky Sall à l’exclure de la réunion d’une instance de l’APR en tant que non-membre de ce parti à l’époque. Cette humiliation est restée en travers de la gorge de la première dame Marième Faye Sall dont le factotum est Mahmout Saleh. Et si ABC, qui a été le premier à dire à Macky, alors opposant de Wade, de croire à son destin présidentiel a traversé le désert depuis son limogeage du ministère des Affaires étrangères avant d’être planqué à la médiature, c’est parce que la première dame ne voudrait plus de lui dans un gouvernement de son mari de président.

De plus, l’on sait qu’aujourd’hui, la seule volonté de certains lucifer de l’APR, c’est de livrer ABC à la géhenne. Car, si on l’a nommé médiateur de la République, ce n’est pas pour des compétences particulières qu’il aurait pour un tel poste, mais c’est pour l’éloigner des instances décisionnelles de l’APR vu que les textes régissant la médiature lui interdisent de se mêler de politique partisane.

Aujourd’hui la réélection au premier tour qui obnubile Macky Sall a plongé l’APR dans un profond traumatisme voire dans une profonde paranoïa au point que toute parole, tout geste, tout acte un tant soit peu équivoque — ou tout simplement non laudateur — d’un militant APR ou allié est interprété comme une tentative de contrecarrer le projet présidentiel. Si Cissé Lô ne fait l’objet d’aucune critique ou sanction, c’est parce qu’il réitère dans son discours qu’il travaille à faire élire le président Sall et que ses ambitions prochaines, c’est la mairie de Dakar et la présidence de l’Assemblée nationale. Ce qui est totalement faux si l’on sait qu’il nourrit l’ambition de briguer la magistrature suprême comme il l’a révélé en « off » dans des circonstances particulières.

En pleine confusion, aveuglés par leurs propres querelles intestines et leurs flingages inter-militants, les zélotes mackysards ont fait de l’APR un système à implosion, qui, à la prochaine présidentielle, risque de faire de gros dégâts dans les urnes. À moins que la gravité de la situation au sein de l’APR ne dessille les yeux du candidat de Bennoo Bokk Yaakaar qui ne voit actuellement que sa réélection au premier tour de la présidentielle de février 2019.




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