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Accusé de faits liés au terrorisme et blanchi par le parquet : Mamadou Camara piégé par son obsession pour l'émigration...


Rédigé le Mercredi 7 Avril 2021 à 10:35 | Lu 57 fois | 0 commentaire(s)



Accusé de faits liés au terrorisme et blanchi par le parquet : Mamadou Camara piégé par son obsession pour l'émigration...
Après Boukhary Bah, le parquet s'est résolu à requérir l'acquittement d'un autre accusé. Mamadou Camara était accusé de faits graves liés au terrorisme. C'est le cas de le dire puisqu'il est poursuivi pour association de malfaiteurs en relation avec une activité terroriste, complicité d'actes de terrorisme entre autres chefs d'accusation. Mais au bout, on est tenté de dire tout ça pour ça !

De son Kolda natal, ce jeune sénégalais âgé de 28 ans s'est essayé à l'aventure en prenant la route de la migration. Pour lui, il fallait réussir pour sortir les siens de la pauvreté. « Ce que je gagnais à Dakar ne me le permettait pas. J'ai demandé une augmentation à mon employeur,  mais il ne l'a pas entendu de cette oreille », s'explique l'accusé qui affirme avoir été employé dans un laboratoire sans en préciser la nature. Il a arrêté ses études en classe de 4e.

La suite de l'histoire se passe en Mauritanie. On est en 2017. Il espère passer la frontière pour entrer au Maroc. La chance ne lui sourit pas. Mais il n'est surtout pas question pour le jeune sénégalais de rebrousser chemin. Il «bifurque» selon le terme utilisé par son avocat et croit pouvoir passer par le Mali pour continuer son voyage. C'est là où son calvaire commence.

À la frontière avec l'Algérie, Mamadou Camara qui révèle avoir déjà été en Libye vers 2008, est pris en otage par un groupe. Son séjour entre ces hommes armés a coûté 200 000 francs à son père Salif Camara puisque ses ravisseurs réclamaient une telle somme comme rançon pour le libérer.

Relâché, il se décide à rentrer au pays mais pas sans mettre au point une stratégie pour que tout son sacrifice ne soit pas vain. Selon l'accusation, Mamadou Camara a fait croire aux forces de sécurité en faction à Kidira qu'il était entre les mains de terroristes et qu'il aurait lui-même participé à des braquages. Devant les limiers de la Division des investigations criminelles, il répète la même histoire avant de se rétracter. Il a soutenu avoir créé cette histoire de toute pièce pour bénéficier de fonds que l'État du Sénégal aurait mis en place pour avoir des informations sur les groupes jihadistes.

Vêtu d'une chemise blanche et d'un pantalon noir, l'accusé qui se tient nonchalamment à la barre, nie avoir agi de la sorte. Dans un enchainement d'explications, Mamadou Camara fait savoir que c'est durant son audition à la Division des investigations criminelles qu'il aurait entendu pour la première fois le mot terrorisme. Les hommes qui le retenaient en otage à la frontière entre le Mali et l'Algérie, il ne les qualifie pas de terroristes. Pour lui, ce sont des bandits qui rackettaient les usagers de cette route. « Quand on était à Gao, il y avait des personnes armées qui avaient monté des checkpoints pour contrôler tous les véhicules et volaient les biens des passagers », déclare l'accusé qui nie avoir participé à des braquages,  contrairement à ce qu'il aurait dit devant les enquêteurs.

Inarrêtable, Camara qui semble avoir beaucoup de choses à dire se défend d'avoir préparé un attentat terroriste contre le Sénégal. « Si je devais commettre un acte de cette nature, que mes parents soient les premiers à en périr», jure l'accusé dont le périple entre la Mauritanie, le Mali et l'Algérie a duré près de 40 jours. Pour lui, s'il était terroriste, il ne serait pas arrêté à Dakar mais à Kidira, à l'est du Sénégal.

Après avoir écouté les explications et justifications de Camara, le représentant du parquet retient de l'histoire que « la cupidité conduit vers des sentiers sinueux ». Selon le parquet, l'accusé voulait faire croire aux autorités policières qu'il détenait des informations capitales pour les aider à lutter contre les terroristes. Ce, en échange d'argent qui serait prévu pour ce genre de choses. « Les choses se sont enchaînées dangereusement lorsqu'il est venu au Sénégal », regrette le parquet. 

Pourtant, rappelle le substitut du procureur, les enquêteurs auraient plusieurs fois tendu la perche à Camara en le confondant. Lorsqu'il a reconnu avoir tout créé, c'était très tard. La machine judiciaire s'était emballée même si au bout du compte, tous les faits reprochés à l'accusé ne sont pas établis, reconnaît le parquet. Par conséquent, son acquittement a été requis.

De l'avis de la défense, on ne devait même pas en arriver là. L'avocat de Mamadou Camara croit dur comme fer que tout devait être arrêté au stade de l'enquête dès lors que les charges ont revêtu les habits de « diffusion de fausses nouvelles en relation avec une activité terroriste et tentative d'escroquerie au préjudice de l'État. »  C'est la conclusion à laquelle les enquêteurs de la Division des investigations criminelles étaient arrivés à propos de Camara. C'est naturellement qu'il a donc plaidé la relaxe de son client.

À l'entame de son procès, Mamadou Camara a révélé souffrir de cirrhose. Une maladie pour laquelle il a subi au moins trois opérations. Il n'hésitera pas à soulever sa chemise au tribunal pour montrer au juge les preuves de ces interventions chirurgicales. Aussi a-t-il ajouté avoir été dans le coma pendant 1 mois. Éprouvé par la détention, poursuit-il, son souhait le plus ardent est de sortir de prison le plus tôt possible pour retrouver... son épouse. « Elle me manque beaucoup », assume l'accusé. « Et ton père dans tout ça, lui qui a payé ta rançon », s'étonne le juge. « Mon père n'a fait que son devoir, mais ma femme elle, a été stoïque alors qu'elle pouvait s'en aller », rétorque Camara qui n'aura rien perdu de son sens de la répartie. Peut-être retrouvera-t-il sa dulcinée dès le 29 avril, jour du verdict.



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