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C’EST QUOI CETTE MODE DE PORTER DES PINW ET SE METTRE DU ROUGE SUR LES LÈVRES…


Rédigé le Vendredi 9 Août 2019 à 16:57 | Lu 718 commentaire(s)


Membre influent du mouvement « Yen a marre » connu pour son activisme débordant, Simon renoue avec le micro. Le rappeur qui avait plus ou moins déserté la scène au profit de son activisme, annonce sa présence avec le single titré « Craziest. Entretien.


C’EST QUOI CETTE MODE DE PORTER DES PINW ET SE METTRE DU ROUGE SUR LES LÈVRES…

Membre influent du mouvement « Yen a marre » connu pour son activisme débordant, Simon renoue avec le micro. Le rappeur qui avait plus ou moins déserté la scène au profit de son activisme, annonce sa présence avec le single titré « Craziest. Entretien avec un artiste engagé.

Qu’est-ce qui explique la sortie de ce single et surtout en ce moment précis ?

C’est pour matérialiser mon retour au-devant de la scène musicale. Ou plus exactement artistique. Ces dernières années, j’étais beaucoup plus présent au niveau de l’activisme et du militantisme. J’étais trop impliqué dans la marche du mouvement « y en a marre » et de « Aar Li Niou Book ».De ce fait, j’avais un peu négligé l’aspect musical et culturel de ma personnalité. Aujourd’hui, je signe mon retour avec le single « Craziest ». Il exhorte les gens à ne pas juger les personnes en fonction de leur habillement. Surtout nous autres rappeurs avec nos gros pantalons et nos grosses chaines. J’invite également les gens à cesser les médisances et les calomnies. Une petite pierre a été jetée dans le jardin de certains journalistes. Il s’agit plutôt « des journalistes non professionnels » qui publient du tout et n’importe quoi sans même prendre la peine de recueillir l’avis de la personne concernée. Je parle de ceux qui sont juste à la recherche du Buzz et du clic. Ils font de grosses annonces sans pour autant proposer du concret. A travers un message codé que nous comprenons bien, nous les rappeurs, je me suis adressé à certains jeunes artistes qui ont investi le Game. On se comprend parfaitement et les destinataires se reconnaitront. A traves ce titre, je prône le retour à l’ancienne méthode et j’en profite pour exprimer un grand Big up et beaucoup de respect aux anciens. J’ai repris le refrain de « Boulén Bay », un titre qui avait fait un tabac surtout au niveau de notre zone de la Médina, Fass, Gueule Tapée. Last but not least, j’ai usé de certains procédés de style pour relever un peu le niveau de l’écriture par rapport à la jeune génération.

Vous avez tantôt parlé d’un retour au-devant de la scène musicale. Peut-on s’attendre à vous voir un peu plus présent en désertant la scène politique ?

Effectivement ! Pour le reste de l’année 2019 et l’année 2020, je vais me consacrer un peu plus à ma carrière artistique. Le culturel va prendre forcément le dessus sur le militantisme.

Cela signifie-t-il que sur le plan politique, vos objectifs ont été atteints ou bien s’agit-il juste de reculer pour mieux sauter ?

C’est pour revenir à ce qui nous a fait. Toute cette histoire là découle de notre statut de rappeur. C’est grâce au rap que nous sommes devenus ce que nous sommes. C’est parce qu’on a été engagé dans le rap que quand « yen a marre » s’est imposé, on a été les premiers à être contactés pour en faire partie. C’est parce qu’on fait beaucoup d’actions en matière d’entreprenariat et de formation des jeunes qu’on a pu obtenir tout ce que nous avons actuellement. C’est donc grâce au rap et à nos premiers cachets que nous avons pu investir dans des business qui nous permettent de vivre et de faire bouillir la marmite. Nous sommes donc obligés de revenir à ce rap -là d’autant plus que les gens de ma génération ont presque tous déserté la scène. Ce morceau, c’est également pour leur donner envie de revenir.

Ce titre ne vous parait pas assez hardcord….

(Il coupe en rigolant) Non, c’est juste le meilleur du rap…

Vous avez fait au moins cinq clash ou attaques pourquoi ?

Je suis revenu aux sources originelles du rap. J’ai voulu parler de choses très sérieuses et assez préoccupantes. J’ai justement voulu parler des valeurs en insistant sur cette forte propension des hommes à s’adonner à la médisance. J’ai aussi un peu titillé vos confrères qui mènent une course effrénée pour le sensationnel. Ils sont prompts à tout publier sans rien vérifier. Ces pratiques irresponsables peuvent embraser un pays. C’est pour cela que nous avons illustré l’image sur la vidéo en montrant des Tidianes, des Niassènes avec la photo de Serigne Fallou et des Mourides et Baye Fall avec la photo de Baye Niass. Tout le monde connait les relations cordiales qui existaient entre Baye Niass et Serigne Falliou. Ces sites qui permettent à des énergumènes d’insulter des guides religieux, le font dans quel but ? Il faut dénoncer tous ces travers. On ne peut pas rester silencieux face à ces dérives. Mais comme il s’agit d’un retour et que nous voulons que ce morceau laisse une forte impression, nous avons voulu ratisser large. Nous allons procéder comme s’il s’agissait de la promotion d’un album. Rien qu’à voir le clip avec les graffs de Docta, les anciens habits que nous sommes allés acheter à New york. Bref avec les moyens mis en œuvre, vous verrez que nous sommes vraiment décidés à frapper un très grand coup. Nous avons voulu garder cet esprit du hip hop à l’ancienne. C’est un remix d’un morceau de Naugty By nature titré « craziest » et nous avons voulu remettre tout cela au gout du jour en passant par notre habillement sur le clip.

Il y a également vos collègues rappeurs que vous avez égratignés ?

J’allais justement en venir. J’ai bien attaqué gentiment certains jeunes collègues rappeurs. C’est pour cela que je disais tantôt que nous nous connaissons très bien entre nous. Mais là, il s’agit d’un problème de société en général. Si on ne fait pas attention, cela va faire très mal un jour. Je préfère porter de gros pantalons jingles que de porter des Pinw. Je le dis très honnêtement, même si quand nos aïeux comme Lat Dior portaient des pantalons et des habits très amples en allant à la guerre. Aujourd’hui, on veut nous faire croire que pour être au top, il faut porter des habits serrés, s’habiller avec certaines couleurs et se mettre du rouge sur les lèvres. Non, je ne suis pas d’accord ! Je reviens de New York. J’ai vu des hommes d’affaires prospères dans des bureaux de très grands standing aller au travail en jean et casquette en brassant des millions de dollars. L’habit ne fait pas le moine. Dommage qu’au Sénégal, on ne respecte que celui qui se présente à vous en costume cravate même si’ c’est un escroc par rapport à celui qui gagne honnêtement sa vie sans trop accorder d’importance au paraitre. Ce sont ces messages forts que je tenais à délivrer au public pour marquer ce retour.

Mais vous êtes moins virulent contre le système en dépit de tous ces scandales soulevés ces temps derniers ?

Non, pas du tout ! C’est parce que j’en ai trop fait. Pendant trois à quatre ans, on a fait que ce genre de titres qui dénonçaient les dérives. Mais également par rapport à la situation du pays, à la cherté de la vie, à l’impunité etc. Cependant, il faut retenir qu’à la base, nous sommes des rappeurs. Et c’est grâce à cela que nous sommes connus et reconnus. On a toujours conseillé aux uns et aux autres de parler moins et de faire du vrai rap. On a juste voulu revenir aux fondamentaux du rap. Mais il y a un autre titre qui sortira bientôt. Et là, j’avoue que ce sera plus hard et plus virulent. Je suis sûr et certain qu’après la sortie de ce second titre, je ne prendrai même pas la peine de vous appeler. C’est vous-même qui viendrez vers moi, tellement le sujet est fort. Nos poitrines bouillonnent et nous allons revenir pour en extraire tout cet échauffement. Beaucoup de personnes m’en voudront. Mais il faut qu’ils sachent qu’il y a quelque chose qui dort en nous. Le moment venu, il faudra que cela sorte d’une manière ou d’une autre. Maintenant, après que ce Simon-là a dit tout ce qu’il a dans le cœur, il va se rendormir et laisser la place au vrai Simon. Il faut juste qu’ils m’accordent le privilège de livrer le fond de ma pensée. Je veux vraiment ramener l’aspect artistique et culturel de ma personnalité et observer une pause au niveau politique.

Un militantisme qui est à l’origine de ce long mutisme ?

L’activisme me prenait tout mon temps. On animait des conférences aux quatre coins du monde pour le compte de « yen a marre ». Il fallait aussi aider à la création d’autres mouvements et parler partout de l’expérience de yen a marre. Je reconnais que j’étais aussi beaucoup dans le business. Tout le monde sait comment marche ce pays. Il faut faire vivre la famille. Mais c’est vraiment en ce moment précis où je vous parle que j’ai senti la nécessité et surtout l’en vie de refaire du Hip hop. L’autre jour, mon ami Ama Diop me taquinait en me disant que ces temps ci je suis un vrai artiste car je viens au studio tous les jours. Sur place, je fais tout pour plancher sur deux ou trois sons. J’ai vraiment retrouvé cette belle flamme. Il m’arrive de me lever à 3h du matin pour écrire. Et ma femme me dit que c’est depuis 1999 qu’elle ne m’a pas vu agir de la sorte. Je lui réponds que c’est parce qu’il y a actuellement quelque chose qui s’est réveillée. J’ai vraiment envie de partager tout cela et surtout de dire aux jeunes rappeurs que nous sommes toujours en vie. Je veux leur prouver que nous existons toujours. C’est juste une manière de les charrier un peu entre nous. Mais ce n’est pas méchant. Parce que honnêtement, je les respecte tous car ils ont amené le Game à un niveau supérieur. Ca, je le reconnais volontiers. Il faut reconnaitre qu’actuellement, ces jeunes-là sont au-dessus de nous au niveau artistique. Ça, il faut l’admettre sans rechigner. Mais là, on va leur monter que l’on revient pour reprendre le dessus.

Ce retour de flamme ne va pas éteindre votre activisme ?

Rien ne pourra éteindre cet activisme. Je vais vous raconter une anecdote. Lors de la première manifestation d’Aar Li Niou Bok au cours de laquelle j’ai été arrêté, je me disais que je n’allais pas y prendre part. J’en avais marre. Le peuple refuse d’entendre raison et il n’en fait qu’à sa tête. J’étais dans l’état d’esprit de le laisser se débrouiller tout seul. J’avais décidé de rester chez moi et suivre mes séries. Tout cela pour dire que je ne sais pas comment j’ai éteint ma télé pour me retrouver à la Place de l’Obélisque. C’est un bouillonnement qui est très fort et que rien ne peut éteindre. Rappelez-vous de notre premier single « Balla », une reprise de » Di-allo » de Wycleef Jean qu’on avait enregistré pour saluer la mémoire de l’étudiant Balla Gaye assassiné en 2001. Depuis 2001 jusqu’à nos jours, nous sommes très engagés. Cet activisme-là sera toujours en nous. Nous n’avons jamais quitté ce chemin. Il est vrai que nous sommes traités de tous les noms d’oiseaux. On nous taxe de corrompus, d’encagoulés qui roulent pour d’autres puissances etc. Mais cela ne peut en rien altérer notre engagement. A chaque fois que le peuple en aura besoin, il y aura toujours un membre de y en a marre présent pour mener ce combat. Les gens ont tendance à vouloir oublier ou faire semblant, mais on a été dans tous les combats. Quoiqu’il puisse arriver, on est toujours là au côté du peuple. Mais actuellement, je sens le besoin d’exprimer autre chose au niveau artistique. Je sollicite juste un petit break d’un à deux ans pour exprimer tout cela. N’empêche, si demain on entend que l’Assemblée nationale veut voter une loi pour légaliser l’homosexualité par exemple, je serais le premier devant les grilles, même s’il y a des chars de combat sur mon chemin. Actuellement, j’ai vraiment envie de sortir cet album. Il y a un autre en gestation qui va aussitôt suivre. J’ai monté un groupe à 100% traditionnel avec des instruments comme le Xalam, la kora etc. Je suis programmé pour 2020 pour cent cinquante dates au niveau international. On doit aller au Brésil, en Colombie, aux Etats Unis, au Canada et toute l’Europe etc. Encore une fois, j’ai envie de renouer avec cet aspect artistique qui était effectivement mis en berne depuis un bon moment.

Pensez-vous qu’avec ce titre vous allez vraiment atteindre votre objectif ?

J’ai la quarantaine et j’ai tout connu dans le hip hop. De bons comme des mauvais moments. J’ai joué devant toutes sortes de public. J’ai quarante ans et je dois essayer de jouer des coudes pour m’imposer face à des jeunes qui ont l’âge de nos enfants. C’est vous dire que j’ai vraiment cette volonté de renouer avec ces belles sensations. J’ai vécu toutes les situations et j’ai joué dans les plus grands festivals. Il n y a que le disque d’or et la reconnaissance internationale qu’on n’a pas encore réussi à décrocher. Donc, il fallait que je revienne pour amener ce nouveau souffle. Honnêtement, je trouve que ce style se fait rare. C’est donc pour palier à ce manque que j’ai sorti ce son. Cependant, il faut que chacun joue sa partition à sa manière. Heureusement que les jeunes sont là et chacun suit sa voie. On ne leur demande pas de faire du Simon, du Keur Gui ou du Malal. Chacun a son identité et doit apporter sa pierre. Ngaka, Dip, Elzo le font et c’est bien pour le Game. Mais moi, j’avais vraiment envie de revenir au meilleur du rap.



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