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CHIRURGIE : Les étapes qui attendent désormais Felix Gretarsson, premier homme greffé des bras et des épaules


Rédigé le Samedi 23 Janvier 2021 à 11:55 | Lu 106 commentaire(s)



CHIRURGIE : Les étapes qui attendent désormais Felix Gretarsson, premier homme greffé des bras et des épaules

Allongé sur son lit d’hôpital, Felix Gretarsson affiche un visage radieux, jetant quelques coups d’œil admiratifs à son nouveau corps. Dans un message enregistré, il se dit « touché par les efforts du personnel ». C’est la fin de vingt-trois années de longue attente. Mais aussi le début d’une nouvelle vie qu’il espère radieuse.

Le 13 janvier, cet homme de 48 ans a bénéficié d’une double greffe  des bras et des épaules. Cette opération extrêmement complexe, réalisée à l’hôpital Edouard-Herriot de Lyon, a duré près de quinze heures. Une première mondiale, révélée par 20 Minutes, que les équipes chirurgicales relativisent modestement. « C’est vrai qu’aucune transplantation n’avait été réalisée à un niveau aussi haut du bras mais on ne pourra parler de première mondiale qu’en cas de réussite », souffle Lionel Badet, chef du service urologie de l’hôpital lyonnais.

Au moins deux ans avant de pouvoir bouger ses bras

Car le chemin est encore long. Très long même. Il faudra déjà observer la survie des greffons. Les premières sensations n’apparaîtront pas avant trois mois minimum. Six mois, plus raisonnablement. « Avant de pouvoir un peu bouger les bras et les épaules, il faudra patienter plusieurs années. On table sur deux années et demie », résumé Arnaud Grégoire, médecin coordinateur des prélèvements.



Le 12 janvier 1998, la vie de Felix Gretarsson bascule. A l’époque, l’Islandais est électricien. Ce jour-là, il est victime d’un grave accident sur une ligne à haute tension. Une décharge de 11.000 volts lui brûle les mains. Et le plonge dans le coma pendant trois mois. A son réveil, ses deux bras ont été amputés. Et même une grande partie de ses épaules. « Il a vécu des années de galère, de difficultés. En 2007, il a eu l’audace d’aller rencontrer le professeur Jean-Michel Dubernard [le premier à avoir réalisé une greffe de la main, puis une double greffe des mains] à la sortie d’un congrès pour lui parler de son cas et lui demander s’il était possible de subir une transplantation », résume Lionel Badet.

Il aura fallu attendre douze ans de plus pour que l’exploit soit possible. Entre-temps, l’homme a fait le choix de quitter son pays pour s’installer à Lyon et mettre toutes les chances de son côté.

Un « Viking », modèle de résilience

« Je n’ai jamais connu Felix avec ses bras. Je l’ai accepté comme il était. Pour moi, l'opération n'était pas nécessaire car il ne lui manquait rien, confie Sylwia, son épouse. Mais c’était son rêve le plus profond et je n’ai jamais cherché à le dissuader. » Le couple a mis sa vie entre parenthèses ces cinq dernières années. Plus de voyages, plus de séjours en Islande même le temps de quelques jours. Il ne fallait pas prendre le risque d’être absent le jour où un donneur s’avérerait compatible. Et en la matière, les familles qui acceptent de faire don des membres de leurs défunts ne sont pas légion.

« Nous ne pouvons pas prévoir quelle sera l’issue exacte mais nous l’avons fait et nous sommes préparés pour le long chemin qu’il reste à parcours », poursuit sa femme. Depuis son accident, Félix a subi 54 opérations, une greffe du foie et développé « une résilience à toute épreuve ». Ce qui force l’admiration des équipes médicales, l’ayant affectueusement surnommé le « Viking ».

« C’est un battant et c’était le meilleur candidat possible. On a vu ce qu’il a fait après son amputation. Il est très fort mentalement. Et la réussite d’une greffe comme celle-ci réside dans le long terme. Il faut notamment accepter de prendre un lourd traitement à vie », appuie Emmanuel Morelon, chef de transplantation, néphrologie et immunologie clinique.

« Si ses mains fonctionnent, ça serait une très belle surprise »

Les embûches seront nombreuses. « On est quasiment certain qu’il va faire des rejets cutanés car tous les patients greffés en font, souligne le praticien. Mais on sait qu’on peut le contrôler car désormais, on a vingt ans de recul ». Rien ne garantit non plus que le patient aura encore ses bras dans vingt ans ou trente ans. Le risque d’échec est réel. Les praticiens ne s’en sont jamais cachés au patient. Mais lui, restait déterminé. Lassé d’être aux yeux de tous « un homme tronc ».

« On va le suivre et l’accompagner toute sa vie pour ne jamais le lâcher », promet Emmanuel Morelon, conscient toutefois des limites de cette prodigieuse transplantation. « A ce niveau-là de l’amputation, on ne peut pas promettre que ses mains fonctionneront un jour normalement. Si c’est le cas, ça serait une très belle surprise », complète Arama Gazarian, chef de chirurgie orthopédique des mains et membres supérieurs. L’objectif est qu’il puisse avoir une flexion active du coude. « Ce qui lui permettra de mettre sa main quelque part, précise le médecin. C’est déjà énorme pour quelqu’un, qui en est privé depuis vingt-deux ans. Certains se poseront peut-être la question de savoir s’il était nécessaire de faire une telle greffe. La réponse est oui. Chez quelqu’un à qui il manque beaucoup, apporter un peu, c’est déjà beaucoup ».

 

« Les greffes de membres ne sauvent pas des vies mais elles sauvent les patients d’une mort sociale », appuie Lionel Badet. « Felix Gretarsson avait besoin d’avoir une image corporelle le représentant en entier. L’attente esthétique d’un patient n’est pas une raison pour le récuser. Elle est tout à fait compréhensible. Et aujourd’hui, sa vie va changer », conclut Emmanuel Morelon.



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