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Ces gouvernements sénégalais en exil… par Madiambal Diagne


Rédigé le Mardi 28 Novembre 2017 à 10:50 | Lu 124 commentaire(s)



Ces gouvernements sénégalais en exil… par Madiambal Diagne
Les Sénégalais sont des voyageurs devant l’Eternel. Il sera bien difficile de trouver un coin ou recoin du monde où on ne trouverait pas un Sénégalais expatrié. L’appel de l’étranger bourdonne dans les oreilles de nos concitoyens. Nombre d’entre eux partent, laissant famille, proches et même des situations sociales confortables, pour «tenter l’aventure». Certains réussissent avec bonheur tandis que d’autres moins. L’apport des émigrés dans le développement économique et social du Sénégal est immense et force est de dire que sans cet apport, la vie serait beaucoup plus difficile pour de nombreuses couches de la population. Aussi, les réalisations des émigrés appâtent les candidats à l’émigration et les Sénégalais sont prêts à partir, même au péril de leur vie. Le phénomène «Barça ou Barsak» (Arriver à Barcelone ou périr), qui a occasionné le naufrage de milliers de jeunes gens dans des embarcations de fortune, n’a pas dissuadé les partants. Non plus, le drame des marchés d’esclaves en Libye ne va certainement pas dissuader les candidats au départ à emprunter les chemins les plus dangereux pour aller s’installer dans des pays étrangers. L’envie de partir est si forte que les Sénégalais faute de mieux, s’installent dans des pays qui n’offrent pas de meilleures opportunités que leur pays d’origine. Nous devons interpeller nos carences pour que de jeunes gens valides en arrivent à préférer aller mourir que de rester dans leur propre pays, au milieu des leurs.

Seulement, à force de pérégrinations à travers le monde, on découvre un type de migrants sénégalais d’un niveau d’expertise qui ne court pas les rues. Une forte intelligentsia sénégalaise est à l’étranger. Le phénomène est étonnant et devrait inquiéter. Ces intellectuels ne fuient par leur pays pour échapper à une persécution politique ou d’un quelconque autre genre. De nombreux pays ont vu dans leur histoire des élites se disséminer à travers le monde dans des pays de refuge, pour fuir une répression. Si cela avait pu être le cas à une certaine période de l’histoire du Sénégal, le phénomène n’avait duré qu’une assez courte période et concernait quelques cadres politiques en délicatesse avec le régime de Léopold Sédar Senghor. Cette situation avait même pratiquement cessé depuis le retour d’exil de Majmouth Diop et de ses compagnons du Parti africain pour l’In­dépendance (Pai), qui avaient choisi le chemin de l’exil après être entrés dans une certaine clandestinité. D’ailleurs, les exilés de ce type n’étaient pas spécialement des cadres techniques.

Les Sénégalais s’échinent à trouver des emplois à l’étranger quitte même à abandonner des positions importantes ou des carrières prometteuses dans leur propre pays. Rien qu’en Afrique, on rencontre des élites intellectuelles et administratives, des experts de différents ordres, qui conduisent des programmes de coopération dans tous les secteurs. Il suffit de recenser les cadres sénégalais en poste dans de nombreux pays, pour se dire que dans chaque pays au monde, on peut trouver des compétences provenant du Sénégal, sans doute à même de pouvoir constituer tout un gouvernement ou de pourvoir à tous les emplois qualifiés dans leur pays. Qu’est-ce qui fait courir ces gens ? Le prestige d’être à l’étranger ? Peut-être. Ou bien notre pays n’offre-t-il pas des conditions d’épanouissement professionnel à de tels hauts cadres ? Existe-t-il dans la haute Admi­nistration publique, un système de blocage de carrières qui ne permet pas à certaines compétences de trouver leur place au soleil ? Cette dernière explication pourrait être recevable, car il faut relever que la compétence et le mérite n’ont pas toujours été les critères principaux pour distribuer des responsabilités aux plus hautes sphères de l’Etat. Des hauts cadres sénégalais s’étranglent de voir les impairs commis par des responsables étatiques et même gouvernementaux à l’étranger. Il s’y ajoute que d’aucuns, qui avaient répondu à des appels au retour lancés par le Président Abdoulaye Wade aux cadres sénégalais à l’étranger, au tout début de son magistère, avaient très vite perdu leur illusions.

Les différentes institutions du système des Nations-Unies recrutent, à tour de bras, des experts sénégalais. L’Union européenne jette son dévolu sur de hauts fonctionnaires sénégalais pour les missions d’assistance technique dans de nombreux pays en Afrique notamment, dans les domaines de la justice, de la diplomatie, de la sécurité, de la finance, de la santé, de l’organisation d’élections ou de conduite de programmes économiques et sociaux. L’exil concerne aussi des élites universitaires à l’expertise pointue. Les universités américaines, canadiennes, européennes et même asiatiques, accueillent de nombreux enseignants chercheurs sénégalais dans divers domaines. Une telle saignée ou «fuite des cerveaux», ne manque pas de priver les universités du pays de ressources intellectuelles de grande valeur.

On pourrait cependant relativiser cet aspect, considérant que les enseignants chercheurs qui répondent aux offres et sollicitations des grandes universités du monde, acquièrent à l’occasion des compétences et opportunités que leurs travaux dans leur pays ne leur garantiraient. Au début, c’étaient les sportifs qui se vendaient cher à l’étranger, maintenant aucun corps socioprofessionnel n’est épargné. ?Il reste qu’on peut se demander si le Sénégal a entretenu un système de contact avec ses fils et filles installés à l’étranger. Des citoyens d’envergure et qui occupent souvent des positions stratégiques au niveau des systèmes politiques, administratifs, économi­ques et sociaux de leur pays d’accueil, devraient pourtant pouvoir aider leur pays à mieux développer ou suivre ses relations de coopération. Ces personnes accèdent, par leur position, à des informations certainement pertinentes et utiles. On en connait, des pays qui exigent un débriefing de la part de leurs ressortissants de retour d’un séjour à l’étranger ; surtout si ces ressortissants devraient pouvoir les éclairer sur la vie et la marche du pays de leur séjour. Les missions diplomatiques et consulaires du Sénégal sont-elles assez outillées pour garder un œil sur leurs compatriotes, ou même les inviter à les alimenter en idées ou suggestions ?


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