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Cherno Njie et Papa Faal voulaient diriger la Gambie


Rédigé le Mardi 6 Janvier 2015 à 23:41 | Lu 141 fois | 0 commentaire(s)



Selon les conclusions de l’enquête du FBI, Papa Faal, citoyen américano gambien résidant à Brooklyn Center, dans le Minnesota, depuis 23 ans et Cherno Njie qui possède ladouble nationalité comme lui et résidant à Austin au Texas, ont commencé à mûrir leur plan depuis août 2014. Le FBI révèle qu’à l’origine, Papa Faal n’a fait que répondre à l’appel de Gambiens de la diaspora pour faire tomber le régime de Yahya Jammeh, alors que le riche homme d'affaires Cherno Njie est le bailleur principal de toute l’opération. D’ailleurs, les conspirateurs avaient en tête de placer Cherno Njie comme président intérimaire de la Gambie si la tentative de coup d'Etat avait réussi.

Selon la Justice américaine, plusieurs réunions secrètes sont organisées entre août et octobre 2014 par le groupe de conspirateur dont les membres prennent le soin de ne jamais se rencontrer. Les réunions sont organisées sous la forme d’appels conférence sur Skype ou viber. Chaque membre du groupe avait un nom de code. Celui du cerveau principal, en l’occurrence Cherno Njie, était ‘’Fox’’ tandis que son ami Papa Faal était appelé ‘’Dave’’. Les autres membres du groupe sont des Gambiens résidant en Grande Bretagne et en Allemagne.

Au total, c’est une vingtaine de conspirateurs qui tombent d’accord sur l’obligation de renverser le régime de Yahya Jammeh. Le FBI souligne dans son rapport que la plupart des hommes sont des Gambiens naturalisés américains ayant servi dans les rangs des GI et reconnus comme d’excellents soldats par leur hiérarchie. C’est ainsi que Cherno Njie fait acheter une trentaine de fusils semi-automatiques de type M4, des lunettes de vision nocturne, des gilets pare-balles, des munitions, des uniformes de style militaires de couleur noire, des bottes et d'autres équipements qu’il expédie sous une fausse identité à Banjul, dans un conteneur.

Toujours dans la préparation du coup, Cherno Njie débloque alors une somme conséquente d’argent qu’il fait transiter dans le compte bancaire de son ami Papa Faal à qui il demande de verser la somme de 4 000 dollars US à tout homme qui prendrait part à l’assaut final du palais de Banjul. Mais l’argent n’a été versé aux hommes que quelques jours avant leur départ pour la Gambie. Il faut souligner qu’à ce niveau, Cherno Njie et Papa Faal ont été un peu déçus puisque dans le groupe, seuls une douzaine d’hommes sur la vingtaine a finalement accepté de faire le voyage à Banjul via Dakar. Or, souligne le FBI, les putschistes avaient la promesse que tous les membres du groupe feraient le déplacement à Banjul où 160 soldats de l’armée régulière gambienne était censés prêter main forte aux putschistes.

L’embuscade ratée contre le convoi de Jammeh

Le 03 décembre 2014, Papa Faal prend un vol de la South African Air et arrive à Dakar, puis prend la route pour Banjul où il est rejoint par Cherno Njie le 19 décembre 2014. Comme aux Etats Unis, le groupe évite de se rencontrer et ne communique qu’au téléphone. Plusieurs opérations de reconnaissance du terrain sont organisées. Le rapport du FBI note que les putschistes s’accordent alors pour tendre une embuscade au convoi du président Yahya Jammeh lorsqu’il quitterait Banjul pour se rendre à son village natal de Kanilai à l’occasion des vacances de fin d’année. Le mode opératoire est d’ouvrir le feu après avoir arrêté le convoi présidentiel pour créer la panique au sein de sa garde rapprochée.

Estimant que certains soldats loyalistes prendraient la fuite, les putschistes espéraient alors capturer Yahya Jammeh sans beaucoup de résistance. Le plan prévoyait également  d’ouvrir le feu à bout portant sur le dictateur gambien si les loyalistes tenaient coûte que coûte à le protéger. Et le FBI de souligner que les putschistes prévoyaient de prendre le contrôle du pays étape par étape après avoir capturé ou éliminé Yahya Jammeh.

Seulement, les putschistes durent renoncer à leur plan lorsqu’ils apprirent que finalement, Yahya Jammeh a quitté Banjul le 26 décembre 2014 pour l’étranger. Le FBI souligne que l’idée de tendre l’embuscade au retour de Jammeh prit forme mais fut rapidement abandonnée pour décider qu’en lieu et place, il valait mieux prendre d’assaut le palais présidentiel en l’absence du dictateur.

C’est ainsi que dans la nuit du 30 décembre, les putschistes se retrouvent dans une forêt à une trentaine de kilomètres de Banjul où le matériel d’assaut est distribué à la douzaine d’hommes décidée à en finir avec le régime de Jammeh. Deux équipes ‘’Alpha’’ et ‘’Bravo’’ sont constituées.

L’assaut calamiteux du palais de Banjul

C’est d’abord l’équipe Alpha qui parvient à entrer dans le palais en passant par Marina parade et en se faisant passer pour des hommes de l’unité des ‘’Jungullars’’, ces tueurs très craints par les Gambiens et qui ne répondent qu’aux ordres directs de Jammeh et dont les uniformes militaires ressemblent à ceux portées par les putschistes. L’équipe Alpha dans laquelle il y avait Papa Faal ouvre le feu en l’air mais au lieu de provoquer une panique, c’est une riposte foudroyante qu’elle essuie des sentinelles postées à plusieurs endroits du palais.

Toujours, selon le document du FBI, un échange nourri de coups de feu s’ensuit dans lequel l’équipe Alpha des putschistes est décimée en tentant un repli vers l’extérieur du palais. L’on apprendra plus tard qu’il y a plusieurs morts dont l’ancien chef de la garde de Jammeh, le lieutenant Lamin Sanneh et le capitaine Njaga Jagne, un militaire d’origine gambienne en service actif dans l’armée américaine. N’étant plus en contact avec l’équipe tactique avancée, les membres de l’équipe ‘’Bravo’’ se replient et commencent alors un sauve-qui-peut en direction du Sénégal.

Le retour aux Etats-Unis puis l’arrestation de Papa Faal et de Cherno Njie

Papa Faal réussit à s’extirper du champ de tir et se réfugie dans une maison non loin du palais de Banjul où un homme lui passe des habits de civil. A l’aube du 31 décembre, il réussit à traverser le fleuve Gambie mais se fait refouler à la frontière avec le Sénégal. Ce n’est que le lendemain qu’il parvint à arriver à Dakar.

Craignant pour sa sécurité, Papa Faal se rend directement à l’ambassade des Etats-Unis à Dakar où il déballe tout le scénario du coup de force manqué. Le FBI entre en action, procède à des perquisitions fructueuses dans les domiciles de Papa Faal et Cherno Njie. Des documents accablants sont saisis et une enquête ouverte.

Il faut souligner que l’acte d’accusation préparé par le FBI pour le procureur général des États-Unis, Eric Holder, ne révèle pas l’identité des autres putschistes ayant échappé dans la nuit du 30 décembre. Mais les Américains mènent de main de fer leur enquête via le Federal Bureau of Investigation (FBI) et ses partenaires du contre-terrorisme et du contre-espionnage.




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