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FAIRE l'ENA POUR SERVIR OU POUR SE SERVIR ?


Rédigé le Jeudi 3 Juin 2021 à 11:07 | Lu 132 commentaire(s)



FAIRE l'ENA POUR SERVIR OU POUR SE SERVIR  ?
Le constat quasi unanime que l’on peut faire ces derniers jours, marqués par la problématique de l’emploi des jeunes, une problématique qui, si on y réfléchit bien, n’est pas nouvelle d’autant plus que dans toutes les sociétés trouver du travail n’est pas une chose facile, c’est l’annonce du concours de l’ENA, mais, faut-il le dire, une annonce qui s’est répandue comme une traînée de poudre, mieux, l’information a voyagé plus vite que la lumière.Il n’y a aucun doute qu’il s’agit là du plus grand concours, celui que tout le monde attend avec impatience. Dès lors, on peut voir clairement que réussir l’ENA est la chose la mieux recherchée au Sénégal. Or, si tout le monde veut le réussir, s’il est, comme le croit la majorité des sénégalais, un sésame alors peut-on dire que les candidats à ce concours sont à la recherche de prairie plus verdoyante ? Qu’est-ce qui explique le prestige qui entoure ce concours ? Est-il un concours comme tous les concours ? Qu’est-ce qu’il a de si spécifique, de si radicalement exceptionnel au point de ne laisser personne indifférente ? Que cherche-t-on en intégrant l’ENA ? Pour se servir ou pour servir ?  Voilà autant de questions que l’on se pose et on va dans les lignes qui suivent tenter d’y répondre.
 
 Pour bien voir de quoi il est question ici, je partirai d’une anecdote. D'une discussion avec M SAGNA, le Proviseur de mon lycée(LSED), ce dernier m’a dit : il faut faire l’ENA, tu es encore jeune. J’ai répondu que ma conviction est de rester enseignant. Pourquoi me posa-t-il cette question ? Certainement, pour me voir entrer aux Impôts et Domaines, au Trésor, à la Douane, ou que sais-je ? Comme toute question que l’on me pose ou que l’on pose à un philosophe, il y a toujours quelque chose de la question qui entraîne d’autres questions et, il n’est pas inutile d 'évoquer ici, Karl Jaspers qui disait philosopher, c’est être en route les questions sont plus importantes que les réponses. C’est cette importance de questionner ou du moins de philosopher qui explique pourquoi, après ma discussion avec M SAGNA, je me suis mis à discuter avec moi-même, non pas en m’enfermant dans ma tour d’ivoire, puisque toute discussion suppose un objet de discussion qui se trouve être cette ruée démesurée et, que rien n’explique vers le concours de l’ENA. 

 L’ on peut voir que ce concours est différent des autres, différent dans la mesure où il offre des possibilités, dont les plus importantes est un travail bien rémunéré.  Ce dont témoignent des sortants de l’ENA et ceux qui tentent de la réussir, c’est en tout que cela : il n’est pas besoin de citer les avantages qu'ont les sortants de l’ENA. Justement, ce qui fait sa spécificité par rapport aux autres concours, c’est que ceux-ci n’offrent pas les avantages que celui-là offre à ses sortants. D’où le concours de l’ENA n’est pas comme tous les concours. On peut considérer à partir de là qu’en intégrant l'ENA, on y cherche quelque chose de plus grand et de plus prestigieux que la FASTEF, par exemple, ne peut offrir.  S’agit-il alors pour nos étudiants d’y entrer pour servir ou pour se servir ? Par servir, nous entendons travailler et s’accomplir dans le travail, c’est-à-dire se réaliser et se construire en tant qu’humain. Le travail fait l’homme. Comme tel, il est ce sans quoi ou ce hors duquel, l’existence humaine ne saurait avoir une signification valable. En servant, on sert les autres, donc on sert l’humanité. Et, nous venons là de mettre en exergue l’une des valeurs les plus fondamentales de l’école qui crée, au-delà de transmettre des connaissances, une communauté du respect de l’autre ou comme l’affirme l’historien Maurice Agulhon, de demeurer le « ciment de la République ».  Ceci pour dire que l’on ne cherche pas à réussir un concours pour le prestige ou pour utiliser un langage populaire « pour se caser », comme si on se clôturait autour de soi, en oubliant les autres, pour ne servir et ne rendre compte que soi. C’est pourquoi, il faudra, à long terme, envisager une politique hardie qui répond à un souci de cultiver le patriotisme, la conviction, l’amour du métier, le don de soi, bref tout ce qui participe à l’engagement citoyen et au développement du pays. C’est seulement dans ce sens et dans ce sens seulement que l’on peut faire reposer nos choix sur une éthique de la conviction. Si l’on passe sous silence cette exigence, de graves déceptions nous attendent dans l’avenir, puisque la marchandisation du savoir triomphera avec comme conséquence une obsession de viser ce qu’il est convenu d’appeler les métiers de privilèges. Car, à la différence des métiers que l’on embrasse par conviction, celui-des- privilèges ou avantages annihilent tout projet de développement. Ils sont bien entendu des facteurs de blocages et parfois d’enrichissement illicite. Tout oppose ces deux visages du travail : celui de servir et celui de se servir. Il s’ensuit alors que le dernier visage du métier doit être dénoncé, car il ne profite à personne. Enfin, il reste toujours nécessaire de promouvoir l’éthique de la conviction pour valoriser notre administration. Si nous comprenons cela, nous aurons compris que faire l’ENA, c’est pour servir et non se servir.

 OUMAR MBOUP
Professeur de philosophie au lycée scientifique d’excellence de Diourbel.


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