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FOTSING NZODJOU : L'ECHEC PAR LE SYSTEME EDUCATIF COLONIAL QUI ENDEUILLE L’AFRIQUE


Rédigé le Mercredi 6 Décembre 2017 à 09:25 | Lu 91 commentaire(s)



FOTSING NZODJOU : L'ECHEC PAR LE SYSTEME EDUCATIF COLONIAL QUI ENDEUILLE L’AFRIQUE
La seule solution aux souffrances humaines demeure le pouvoir de la connaissance. L’Afrique doit apprendre à faire la science !
 
Durant la période des luttes d'indépendance des pays africains, alors que la France était essoufflée par la résistance de nos leaders, certaines castes du gouvernement colonial de l'époque avaient choisi la collaboration et la traîtrise par des compromissions qui les ont portés à la tête de nos ''États enchaînés" au détriment de l'indépendance totale réclamée par les nationalistes. Ainsi, le colon accepta de quitter physiquement le continent tout en prenant le soin d’installer à la tête des enclos crées par la conférence de Berlin de 1884, des pantins dont les missions étaient de lutter contre les nationalistes, préserver les intérêts de la ''métropole'' et conserver système colonial.
 
Parmi les multiples accords signés avec la métropole, accords honteusement appelés « accords de l’indépendance », certains furent carrément officieux et eurent un impact considérable et déterminant sur la vie des africains jusqu’à nos jours. Ces accords concernaient le système éducatif et son contenu. Lesquels accords voudraient que « les programmes scolaires africains fussent conçus, planifiés et édités par la France ».
 
Ici, à première vue, on pourrait penser qu'il s'agissait pour la France de s’approprier le juteux marché de la papeterie en Afrique ! Mais hélas non ! L’objectif était ailleurs car la France voulait avoir la garantie qu'elle continuera d’exercer un contrôle absolu sur l'orientation des mentalités africaines via l’outil de contrôle du comportement d’un peuple qu’est l’éducation.
L’année 1958 marqua le début d’un nouvel épisode de terreur pour le peuple africain. Assassinats, pillages, déportations furent parmi les techniques de répression des velléités indépendantistes des africains. C’est aussi à cette époque que s’élaborèrent les techniques de lavage de cerveau dans le système éducatif. « Nos ancêtres les Gaulois » martelèrent avec force vigueur les colons dans l’esprit des africains. Ces inepties dévastatrices véhiculées par l’éducation coloniale des africains créeront par la suite un peuple totalement déséquilibré où les quelque rares individus réfractaires à ces enseignements, véritables illuminés patriotiques, seront présentés par le système comme des étant des maquisards et « fouteurs de troubles ». Ils seront l’objet de toutes les attentions meurtrières de la France. Ceux qui réussiront à échapper à cette traque, opteront pour l’exil tandis que les moins chanceux seront jetés en prison ou simplement assassinés.
 
Aussi, la France s’assurera-t-elle que l’école dans ses ex-colonies, formera des diplômés et des intellectuels mais jamais de scientifiques capables de comprendre les problèmes de l’heure et d’y apporter des solutions adéquates. Les systèmes politiques en place, par un ostracisme virulent et une banalisation sans pareil des travaux des quelques esprits rétifs à ces systèmes, les contraindront à la précarité voire pour certains à la mendicité, toutes souffrances liées à l’usage inattendu, non formaté qu’ils font de leurs cerveaux.
 
Conscient que l'âme d'un peuple se trouve aussi bien dans sa culture que dans son histoire, le colon après avoir profané nos lieux sacrés, pillé nos musées, voler nos reliques, commencera par nier l'antériorité noire en enseignant aux jeunes africains que leur histoire commence avec l'esclavage transatlantique. La mémoire d’un peuple sera ainsi effacée et ses savoirs niés et enterrés. Ce fut le début de la mise en place d’une camisole intellectuelle laquelle fera agir comme des robots ces diplômés et intellectuels, incapables de penser par eux-mêmes et pour eux-mêmes, transformés qu’ils sont en de parfaits répétiteurs des sciences des autres peuples : les colons.
 
De ce système en a découlé ce déséquilibre mental et comportemental qui est à l'origine des malheurs du continent. La répétition par « l’élite » africaine des concepts scientifiques, économiques et politiques, des modèles, des schémas de pensées et slogans des autres peuples est la preuve de cette incapacité à penser par elle-même et pour elle-même. Cette « élite » est incapable de construire une réflexion assise sur ses propres bases culturelles et historiques et se contente d’un pédantisme stérile, improductif.
 
Les manuels scolaires étaient savamment construits autour d’une glorification de tout ce qui est occidental. Ainsi, dans les histoires somme toutes banales, mais stratégiques dans le plan de simplification de l’africain, Onana (nom africain) était toujours dépeint sous des airs d’idiot du village, inapte à la pensée logique, toujours repris par Jean (nom occidental). Insidieusement, était introduit dans l’esprit de l’africain que seul l’occidental est porteur d’une pensée logique, seul l’occidental est apte à la réflexion. Ainsi présentée, la réalité pour l’enfant africain ne peut qu’être blanche, d’où le rejet de tout nom à consonance africaine. Exit donc Onana, Tamo, Ngakosso, Koffi, Kouadio au profit de Jean, André, Pierre, etc. tous présentés comme source de lumière et d’intelligence.
Voilà pourquoi, lorsque nous grandissions, appeler un aîné par son nom était considéré comme une insulte. C’est tout ceci qui constituait le début du rejet de ses propres origines, du déni de soi, de l'envie de l'autre. 

Au début des années 1960, le monde cours déjà vers la technologie. L’Asie s'empresse de former des milliers d'ingénieurs tandis qu'en Afrique, l'école nous fait étudier l'histoire et la philosophie de l'Europe médiévale en refusant de nous enseigner celles de notre propre peuple. Façon très subtile, l'éducation va nier l'Afrique, la séparer de ses propres théories et visions en faisant adopter de plus en plus celles de l'occident. Notre économie pouvait et peut alors être contrôlée par le FCFA et les multinationales sans qu'un seul intellectuel ne soit capable de comprendre l'escroquerie car préparé et moulé pour ne rien comprendre.
 
 Notre culture déformée, nos terres spoliées, notre mémoire historique effacée avec la complicité cette fois-ci des diplômés africains imprégnés et formés d’après le paradigme de l'autre. Si après 60 ans d'indépendance, l'Afrique ne décolle toujours pas, c'est bel et bien à cause de ce système éducatif qui a produit des fervents défenseurs de causes vides de sens, mais très muets devant l’essentiel. Lorsqu'on dit « Démocratie », nous répétons démocratie. On dit « Emergence », nous répétons émergence. On crie « Développement », nous répétons développement... Aucune capacité de construire une réflexion conséquente. Entre temps, notre sous-sol est pillé, nos mœurs sont assassinées, des maladies sont répandues parmi nous, nos terres sont occupées ou vendues, notre histoire falsifiée, nos états s’endettent, etc…tout ceci au nom d’un développement pensé et exécuté sans nous et contre nous, et ce devant des intellectuels aphones, invisibles et insignifiants devant le colon mais ô combien pédants face au peuple. De la pure esbroufe intellectuelle !
 
Notre système éducatif était savamment préparé et il a bien servi les intérêts de son inventeur. Il a transformé les diplômés africains en parfaits adeptes de colloques, tables-rondes, séminaires, forums… tandis que les autres sont dans les laboratoires et centres de recherches en train d’améliorer le présent et d’inventer le futur, toute chose qui nous colonisera demain. Aujourd’hui les intellectuels issus de ce système peuvent bien nous parler de mondialisation, universalisation, diplomatie ou coopération mais ne peuvent pas nous dire exactement ce que, eux, en tant qu’Africains, apportent dans cette mondialisation qui devrait être le carrefour des particularités. Non, ils y vont les bras et la tête vides car formaté depuis la base pour suivre les recommandations et propositions de celui qui a forgé leur éducation. Africain diplômé ou intellectuel, vous n’êtes pas hybride car, pour l’être, il faut d’abord avoir votre propre bagage.

Épilogue.
L’Afrique doit comprendre l'urgence de faire la science sans transposer les concepts car aucune science humaine n'est universelle. Si nous ne reformons pas notre système éducatif en y introduisant l'enseignement de nos humanités classiques, de la maîtrise de notre environnement et nos propres concepts scientifiques et techniques, on continuera à former des esclaves de demain et les appeler « génération future ». Le monde est en guerre, et c'est à nous de charger nos armes. « Dit moi qui contrôle ton éducation, je te dirais comment tu perçois le monde » affirme le Sage.
 
Fotsing Nzodjou: écrivain essayiste, libre penseur. Gardien des cultures et traditions millénaires. Tel: 00237 653 29 12 48. Email  fotsingnzodjou@gmail.com .
…Aucune vérité n'est supérieure à celle dite dans le sous-bois sacré de '' nepëê membi'ï'' . Puissent nos ancêtres nous montrer le chemin juste, la parole juste et la vision juste pour la construction de l'humanité.

Bamendjou le 03 décembre 2017.
 


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