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Faire mieux respirer la ville de Dakar


Rédigé le Lundi 20 Janvier 2020 à 15:38 | Lu 1566 commentaire(s)



Faire mieux respirer la ville de Dakar

On a observé un gros embouteillage au Centre-ville de Dakar, le 17 janvier 2020, aux heures de la prière musulmane du vendredi. Des automobilistes, agacés, fulminaient contre les autorités de l’Etat. Ils étaient nombreux à croire que la situation était provoquée par le passage du cortège du Président Macky Sall. Mais vérification faite, il s’avérât que l’avion du Président Macky Sall était à ce moment en train d’atterrir à Lomé (Togo). Le Président Sall ne pouvait pas être à l’origine de cet embouteillage monstre, d’autant qu’il avait quitté Dakar le matin même. Il faut aussi dire que le chef de l’Etat cherche, depuis longtemps, à alléger son cortège pour justement éviter de causer des tracasseries et autres désagréments aux populations, au moment de ses passages. Macky Sall choisit de se déplacer en dehors des heures de pointe. Mieux, le Président Sall avait même demandé la fin du «jalonnage» de ses itinéraires par des éléments de la police et de la gendarmerie. Seulement, les responsables de la sécurité présidentielle ne trouvent pas une telle mesure appropriée. On ne le dira jamais assez, la gestion des cortèges officiels est souvent, dans tous les pays, source de frictions entre les populations et les préposés à la sécurité des hautes autorités de l’Etat. La situation est tellement sensible que dans un pays comme la Chine, le Président Xi Jinping a fini par demander d’alléger ses cortèges et surtout d’instruire la police d’éviter de fermer les rues pour le passage de ses cortèges. En Chine, un tel privilège est désormais réservé exclusivement aux chefs d’Etat étrangers.

Garer les véhicules en mer
Dakar est devenue une ville exiguë. Toutes les activités de services administratifs et d’affaires sont concentrées dans un périmètre réduit, du quartier Plateau. Cet ancien quartier colonial abrite les commerces, les banques, les assurances, les principaux hôpitaux, les administrations publiques, les camps et casernes militaires, les hôtels, les grands restaurants et les lieux de spectacles et de loisirs. Il s’y ajoute que la construction de larges voies de circulation pour mener à ce quartier a fini par provoquer un système d’entonnoir. Aux heures de pointe, les importants flux de voitures sur des axes principaux comme l’autoroute, la route de la corniche ou les avenues Malick Sy et Blaise Diagne, le boulevard Général De Gaulle font arriver ou sortir, de ce périmètre du Plateau, des milliers de voitures en même temps. L’élargissement de ces voies de circulation n’a pas été accompagné d’un autre programme, qu’on devine très onéreux, d’élargissement des rues du Plateau. Il semble presque impossible de revenir sur l’aménagement des rues de Dakar-Plateau. Il s’avère donc nécessaire de préconiser d’autres politiques ou stratégies pour rendre plus commode la circulation dans le cœur névralgique de Dakar. Dakar souffre de manque de places de stationnement. L’aménagement urbain n’avait pas prévu des endroits où parquer des milliers de véhicules. Ainsi, les trottoirs sont transformés en des parkings improvisés et privatisés. La demande de places de parkings est si forte que certaines maisons qui tombent en ruines sont rasées et transformées en de petits parkings informels. Les maires Pape Diop et Khalifa Ababacar Sall avaient chacun porté le projet d’aménagement d’un parking souterrain à la Place de l’Indépendance. Le projet était mort-né du fait non seulement de contraintes géophysiques, mais aussi d’éventuelles incidences négatives sur la circulation urbaine.
La ville continue d’étouffer avec son parc automobile qui s’accroît d’année en année. Pourtant, le problème ne devrait pas demeurer une équation insoluble pour les édiles de la ville et les autorités de l’Etat. La communication du gouvernement n’en fait pas état, mais à en croire certaines sources, la question du manque de places de parking à Dakar a été évoquée lors de la dernière réunion du Conseil des ministres du mercredi 15 janvier 2020. En effet, dans le sillage du transfert à la nouvelle ville de Diamniadio de certains grands cabinets ministériels, il devrait être possible de déplacer vers d’autres endroits de Dakar ou de sa proche banlieue certains services administratifs de l’Etat dont l’implantation dans le quartier du Plateau ne s’avère plus indispensable. Parmi ces bâtiments, on en voit certains qui menacent ruine et de ce fait constituent des menaces sécuritaires et enlaidissent la ville. Les surfaces foncières ainsi libérées pourraient être aménagées en parkings payants. Toutes les grandes villes du monde recourent à l’érection de parkings payants, parfois même sous forme de tours sur plusieurs étages, pour permettre aux automobilistes de pouvoir garer leurs voitures. Les importantes recettes que pourraient générer cette activité devraient permettre de monter, sans grandes difficultés, le financement de pareils projets.
Une autre solution aurait pu également être de gagner des espaces parkings sur l’océan Atlantique qui longe tout le quartier Plateau. Des espaces parkings pourraient être installés sur la mer, selon des mêmes modes de financements publics et/ou privés. Les transports collectifs devront aussi être améliorés au centre-ville pour permettre aux personnes qui ont garé leurs véhicules à des endroits éloignés de pouvoir rejoindre le plus rapidement les autres zones de la ville. Sans doute que les piétons retrouveront le goût de la marche en ville sur des trottoirs dégagés de tout encombrement. Ce serait aussi un autre moyen pour aménager des voies cyclables. On dit que les trottoirs sont en quelque sorte l’âme d’une ville, on comprend pourquoi Dakar se perd dans son identité avec tous ses trottoirs devenus des parkings. De même, cela permettrait de faire un pas vers la réduction du haut niveau de pollution de l’air dans la ville de Dakar.
Au demeurant, la politique d’aménagement de places de parkings ne saurait être une belle réussite si elle n’est pas accompagnée de mesures fortes tendant à la répression ferme contre les contrevenants. Des brigades dédiées à l’enlèvement systématique des véhicules en contravention pour parking ou stationnement irrégulier devront être formées. La fourrière pourrait être aménagée par exemple à Diamniadio, ou un autre endroit éloigné de Dakar et le coût des pénalités porté à un niveau élevé. La fermeté de rigueur et les tracasseries causées aux contrevenants seront dissuasives. Et surtout, qu’aucun passe-droit ne soit permis ! La preuve nous est déjà donnée par le système mis en place sur l’autoroute à péage. Les contraintes, imposées aux propriétaires de véhicules en panne sur l’autoroute, font que chaque automobiliste essaie, autant que possible, de s’assurer de l’état de son véhicule avant de s’engager sur l’autoroute. Autrement, l’autoroute serait transformée en garage pour ne pas dire en dépotoir d’épaves de véhicules. On voit qu’il n’y a pas meilleur remède que de taper sur le portefeuille des gens pour leur faire observer les règles de discipline.

Mettre de l’ordre dans la ville de Dakar
Dakar se veut une ville moderne, ouverte vers le monde. Le Président Macky Sall engage son gouvernement à rendre propres nos environnements urbains. Le gouvernement semble mettre du prix à nettoyer la ville. Nous avions déjà consacré notre chronique du 6 janvier 2020 à cette question. En vérité, l’objectif de rendre Dakar propre semble être mobilisateur pour toute la population, mais il ne faudrait pas seulement se limiter à ramasser les ordures. Dakar doit être débarrassée de son encombrement humain. Des marchands ambulants causent des problèmes de circulation jusqu’à l’autoroute à péage, en se faufilant entre les voitures pour proposer des bibelots. D’autres vendent des sachets d’eau fraîche ou des cure-dents (il ne faut pas en rire) ou de gros portraits de guides religieux, faute de trouver mieux. D’autres personnes arrêtent la circulation pour faire la manche. L’ancien maire de Dakar, Khalifa Ababacar Sall, avait engagé et gagné un combat contre les marchands ambulants et l’occupation anarchique des voies publiques par des tabliers et autres étals de petits commerces. Les populations de Dakar avaient soutenu leur maire dans ces efforts, en dépit du travail de sape mené alors par le président de la République, Abdoulaye Wade, qui cherchait, pour des raisons électoralistes, à soulever les marchands ambulants contre le maire de Dakar. Le temps et quelques petits calculs politiques ont fini par avoir raison de la résolution du maire Khalifa Ababacar Sall de dégager les ambulants. La politique de désencombrement des rues de Dakar devrait revenir. Dans la foulée, il faudrait en finir avec les charrettes hippomobiles qui parcourent la ville. A certains endroits, Dakar donne l’image d’une bourgade rurale. Toutefois, il ne faudrait pas remplacer les charrettes hippomobiles par des tricycles dont les conducteurs ne sont pas détenteurs du permis de conduire et se livrent impunément à toutes sortes d’indiscipline dans la circulation. C’est le lieu de poser le problème des taxis-urbains à Dakar. Il fut un temps loisible à tout un chacun de s’improviser taximan à Dakar avec sa voiture personnelle et d’avoir une licence, transformée à l’occasion en «taxi-clando», ou de peindre son véhicule d’un autre âge aux couleurs jaune-noir pour se livrer, le plus «officiellement du monde», à l’activité de taxi. On ne pourrait savoir ce que serait cette ville sans le gel de l’attribution des licences de taxis de ces dernières années à Dakar. Malgré tout, de nouveaux taxis sortent. Allez savoir comment ! Dans toutes les villes organisées, l’activité d’exploitation des taxis urbains est normalisée, avec des procédures rigoureuses de délivrance de licences de taxi et de certification des conducteurs après une formation spécifique. A Dakar, les personnes âgées de moins de 30 ans ne connaissent pas le système de taxi-métrique, avec un compteur contrôlé par des services compétents de l’Etat. On voit donc qu’il n’est pas besoin de chercher à réinventer la roue, il suffit juste de faire comme on fait dans des villes modernes, ou de revoir ce que fut cette ville dans un passé, en s’adaptant du mieux à l’esprit de notre époque.

Madiambal Diagne



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