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«Foire du recyclage et du rafistolage» à Thiaroye : ces «déchets» qui font des heureux


Rédigé le Dimanche 9 Mai 2021 à 10:56 | Lu 68 fois | 0 commentaire(s)



«Foire du recyclage et du rafistolage» à Thiaroye : ces «déchets» qui font des heureux

La récupération et la vente de bouteilles et sacs vides mobilisent des hommes et des femmes à Thiaroye. Dans cette « foire du recyclage et du rafistolage », les gains quotidiens varient entre 1500 et 5000 FCfa.  

Sur sa charrette, Ousmane Sèye s’arrête de maison en maison au quartier Lansar, en cette matinée du dimanche 14 mars. Le vent frais et poussiéreux n’entame en rien sa détermination. Habillé en tee-shirt noir, lunettes rondes, il s’égosille pour alerter les riverains. « Je ramasse les bouteilles et sacs vides, les frigos, radios et télévisions en panne », répète-t-il d’un air comique qui incite les enfants à chantonner avec lui. Vendeuse d’huile au détail, Bakhaw répond favorablement à son appel. Le pas alerte et le visage illuminé par un sourire radieux, la dame se présente avec un sac rempli de bouteilles vides. Le contenu dépouillé, ils se mettent tous les deux à compter. Il s’agit de huit bouteilles de couleur blanche et jaune. Pour cette marchandise, Ousmane propose 600 FCfa. Le sourire narquois, Bakhaw réclame 800 FCfa. Après quelques secondes de discussions dans la bonne humeur, la proposition du jeune charretier est validée. Ce système d’achat-vente est son business depuis deux ans. « J’achète les bouteilles de 20 litres à 75 ou 100 FCfa pour les revendre à 125 ou 135 FCfa », dit-il ; ce qui lui garantit des revenus quotidiens qui dépassent souvent 3000 FCfa. « Si je ne suis pas sollicité pour des courses, j’utilise ma charrette pour la recherche de bouteilles vides, sacs et autres objets usés. La revente me rapporte entre 3000 et 5000 FCfa », confie-t-il en poursuivant son chemin. Sa destination finale est le « market » (marché) de Thiaroye.

Ce carrefour des affaires est bruyant et grouillant en cette matinée du samedi 20 mars. Du beau monde. Des préoccupations et des matériaux divers. Courbée sous une tente, Aïssata Ba et Hamidou dépouillent trois sacs en plastique. C’est le fruit de trois jours de collecte. Les bouteilles sont immergées dans des bassines d’eau, des bols troués négligemment jetés dans un coin à côté des seaux en plastique. Assis sur un banc, Alassane Ba compte, puis plie les sacs de riz, de pomme de terre ou d’oignon. Divers acteurs pour recycler les objets indésirables dans les maisons. « Bols troués, bouteilles en verre ou en plastique, tout est collecté, rafistolé, puis vendu. D’honnêtes hommes et femmes y tirent leur épingle du jeu », dit Hamidou, le bonnet couvrant une partie de son visage et les mains rouges de poussière.

 

Pendant qu’Hamidou et son équipe font l’inventaire de 72 heures de collecte, Ousmane Baldé a reçu, lavé et s’apprête même à vendre 180 bouteilles de 20 litres. Ainsi, il s’est attaché les services de deux dockers. Muscles saillants, ces derniers chargent la marchandise à bord d’un taxi bagages. En blouson rouge et casquette noire sur la tête, Ousmane estime que ce business fait vivre plusieurs acteurs. « Charretiers, laveurs, dockers et revendeurs, tout le monde y gagne. Mille francs, 2000 ou 10 000 FCfa, peu importe la somme, l’essentiel est de gagner dignement sa vie », résume-t-il tout en rangeant des billets de 10 000 FCfa dans un portefeuille attaché à sa ceinture.

Fatou Gassama est l’exemple parfait de la diversité des acteurs dans cette « foire de la récupération ». Quatre bassines d’eau à côté, pagne retranché aux genoux, elle est à fond dans le lavage de plusieurs dizaines de bouteilles de 20 litres. La dame est rémunérée par les vendeurs de bouteilles. « Ce n’est pas beaucoup, mais nous rendons grâce à Dieu. Je récupère 15 à 25 FCfa par bouteille. C’est mieux que rien », dit-elle en riant, dévoilant une dentition toute blanche.

Abdou Salam Gaye coud, lui, des sacs. Plusieurs sont empilés sous ses yeux. Une collaboration est ainsi nouée avec pas mal d’acteurs économiques. « Nous n’avons pas des moyens conséquents, mais nous nous contentons du peu. L’essentiel est de se battre pour s’en sortir  », avance-t-il, le visage heureux. Le bonheur n’est pas loin pour ces hommes et dames qui vivent du minimum acquis grâce à la récupération.

 

Demba DIENG

 

Huiliers et tapissiers, les grands partenaires 

 

Après avoir récupéré, lavé et rafistolé des objets à recycler, ces hommes et femmes vont à la rencontre de leurs collaborateurs. Pour Ousmane Baldé, il s’agit de revendeurs d’huile de palme établis dans la banlieue. « À Thiaroye, Pikine et aux Parcelles assainies, je collabore avec des acteurs économiques qui achètent et revendent de l’huile de palme. Je leur livre, au minimum, 200 bouteilles par mois », informe-t-il.

Abdoulaye Mbengue a fait du recyclage de sacs vides son gagne-pain. Après avoir sollicité les tailleurs pour le rafistolage, l’homme de 48 ans fait le point avec ses partenaires qui sont tous des tapissiers. « Les sacs refaits sont vendus aux tapissiers qui les utilisent pour habiller des fauteuils. Actuellement, je collabore avec trois chefs d’atelier. L’unité est proposée à 125 FCfa », confie-t-il.

Riche de plus de 20 ans d’expérience, le vieux Daouda Thiaw collabore à la fois avec des commerçants et des acteurs de la tapisserie. Tous les 15 jours, il fait le point de sa marchandise avant de procéder à la livraison. « Actuellement, je travaille avec des vendeurs d’huile de palme établis au marché de Thiaroye. Je fournis également des sacs refaits à cinq ateliers de tapisserie pour la confection de fauteuils », explique-t-il. D. DIENG

 



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