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Gestion des flux migratoires : Les mesures qu'avait proposées Me Ousmane Ngom au Forum de Crans Montana (Dakhla 2018) pour empêcher les tragédies.


Rédigé le Mercredi 28 Octobre 2020 à 10:28 | Lu 111 fois | 0 commentaire(s)


Les différents naufrages de navires de fortune tentant de rejoindre l'Europe avaient poussé Me Ousmane Ngom, ancien ministre de l'Intérieur, à réfléchir à de nouvelles solutions pour empêcher les drames de migrants. La plupart ont été soulevées à travers une communication au Forum de Crans Montana, en mars 2018, à Dakhla au Royaume du Maroc. Détail des objectifs de ces mesures à partir d’« un nouveau partenariat euro-africain pour la gestion concertée des flux migratoires »…


Gestion des flux migratoires : Les mesures qu'avait proposées Me Ousmane Ngom au Forum de Crans Montana (Dakhla 2018) pour empêcher les tragédies.

DAKHLA Samedi 17 Mars 2018

Un Nouveau Partenariat Euro-Africain pour la GESTION CONCERTEE des Flux Migratoires

 

 

 

Le phénomène migratoire est devenu un paramètre incontournable dans les relations internationales.

 

L’Homme, depuis des temps immémoriaux, dans sa quête de liberté, d’espace, de savoir et de biens s’est toujours déplacé au gré de ses intérêts.

 

Toutefois, un des grands défis auxquels le continent Africain a été confronté ces dernières années est celui de la recrudescence de flux migratoires illégaux.

 

L’émigration clandestine est un drame humain qui est la résultante des conséquences malheureuses du désespoir et de la peur de l’avenir qui habitent la jeunesse, frange la plus vulnérable et la plus malléable de la société.

 

Les images tragiques et pathétiques diffusées par les médias internationaux, depuis quelques années, montrant des milliers de candidats à l’exil affrontant l’Océan dans de frêles embarcations (cayoucos) pour rejoindre les Iles – Canaries ou s’amoncelant dans les enclaves marocaines de Ceuta et Melila pour rejoindre l’Eldorado européen, sont encore fraîches dans nos mémoires.

 

Plus récemment, les images les plus choquantes sont celles de l’enfer lybien où des ‘’desesperados’’ ont été vendus comme des esclaves ou du bétail par des réseaux de trafiquants de tout accabit pratiquants ignobles de la traite des êtres humains.

 

Avec à la clé, dans chacun des cas, des centaines voire des milliers de morts engloutis par l’océan ou anéantis par la faim, la soif et les mauvais traitements sur la route infernale du désert lybien.

 

Certes, il existe aussi une migration interne au Continent Africain, d’un pays à un autre ou d’une région à l’autre. Mais cette migration est moins spectaculaire du fait des traditions africaines d’hospitalité et de la porosité des frontières qui offrent, même sans cadre juridique le plus souvent, un ‘’droit d’établissement’’ de fait à chaque africain dans tout pays africain.

 

L’un des grands défis du 21e siècle a été et demeure, en revanche, la gestion de ce formidable potentiel de ressources humaines dont dispose une Afrique sous-développée ou en proie à des guerres civiles, à des coups d’état, aux conséquences des changements climatiques face à une Europe d’abondance, soucieuse du maintien de son niveau de développement et de ses valeurs de civilisation.

 

 

Face à cette problématique, perçue dans un premier temps comme une menace d’envahissement, le premier reflexe des Européens été de mettre en avant les impératifs sécuritaires, de fermer les frontières et d’imposer des visas et des quotas qui n’ont pu servir de bouclier efficace pour endiguer le phénomène.

 

Une grande évolution s’est opérée de nos jours. La phobie du phénomène migratoire qui avait amené d’éminents hommes politiques à déclarer sans sourciller que l’Europe ‘’ne peut pas accueillir toute la misère d’un monde’’ (Michel Rocard) a cédé la place à une perception plus positive mettant l’accent sur la corrélation entre Migration et Développement avec un impact positif sur la croissance des pays d’accueil comme des pays d’origine ainsi que sur l’épanouissement des migrants eux-mêmes.

 

Certains organismes estiment même que le phénomène migratoire est un des moteurs du développement durable tant au Nord qu’au Sud.

 

En effet, avec les changements climatiques, ces organismes prédisent qu’aux ‘’alentours de 2050, près de 200 millions de personnes seront forcées de quitter leur habitat en raison de la dégradation de leur environnement et du manque d’eau’’.

 

Il est clair, dès lors que le devenir de l’Humanité dépend grandement de la façon dont sera géré le phénomène migratoire les 50 prochaines années.

 

L’Organisation Internationale des Migrations (O.I.M.) en est, du reste consciente lorsqu’elle estime «que les migrations internationales, à condition d’être correctement gérées, peuvent contribuer, à la croissance et à la prospérité des pays d’origine et de destination, et profiter aux migrants eux-mêmes ».

 

Il n’est désormais plus contesté qu’il y a une forte relation entre Migration et développement.

 

S’agissant de notre continent, un rapport du FIDA sur les transferts de fonds en Afrique établit que ‘’les 30 millions d’Africains qui résident ailleurs que dans leur pays d’origine ont apporté ensemble plus de 40 Milliards de dollars USD sous la forme d’envois de fonds à leurs familles et communautés».

 

Rien que pour le Sénégal ces envois se chiffrent à plus de 2 milliards de dollars USD par an. Dans tous les cas, il est généralement admis que ces envois dépassent l’Aide Publique au Développement.

 

D’où la nécessité voire l’urgence de bâtir ‘’un Nouveau Partenariat Euro-Africain pour la Gestion Concertée des Flux Migratoires’’.

 

Il s’agit de rompre définitivement avec la vision unilatérale et unidimensionnelle qui a prévalu pendant longtemps pour aller résolument vers une approche concertée dans la gestion de ce phénomène et de ses conséquences ce qui permettra de bâtir ensemble «un partenariat fécond et confiant».

 

Dans le cadre de cette brève communication, permettez-moi d’indiquer trois pistes ou axes qui pourraient structurer ce nouveau partenariat.

 

Un Dispositif Institutionnel au niveau Africain :

 

Même si la migration interne au niveau du Continent Africain a été plus ou moins contenue et gérée sans trop de désastres hormis l’épisode récent de l’enfer lybien, le moment est venu, au niveau de l’Union Africaine d’avoir un véritable dispositif institutionnel à double détente pour gérer les flux migratoires à l’intérieur du Continent et de l’Afrique vers les autres continents notamment l’Europe qui est notre voisin avec qui nous sépare seulement une dizaine de kilomètres.

 

Ce dispositif devra s’adosser d’une part, pour participer à l’impératif sécuritaire, sur les forces régionales existantes ou à créer et d’autre part, sur les programmes de développement et d’intégration régionale ou continentale incontournables pour accélérer la marche de l’Afrique vers un développement durable.

 

S’agissant du partenariat avec l’Europe deux axes sont à privilégier :

 

Un Commandement Mixte pour mieux cerner le volet Sécuritaire :

 

Déjà, au niveau bilatéral, il a été crée entre certains pays africains et certains Etats de l’Union Européenne un dispositif sécuritaire appelé FRONTEX avec pour mission la surveillance conjointe des côtes et zones de passage dans le cadre de la lutte contre l’émigration clandestine.

 

Ce dispositif a donné des résultats positifs notamment pour les départs de l’Afrique de l’Ouest vers les Iles canaries qui ont connu une réduction drastique.

Il s’agit de le consolider, de l’amplifier et de le dupliquer dans les autres régions du Continent avec un Commandement Mixte Conjoint pour éviter tout phénomène de rejet des populations ou des opinions publiques.

 

Des Projets Alternatifs Crédibles pour un Développement Durable :

 

Si l’Europe et l’Afrique sont conscientes de leurs responsabilités réciproques, de leur communauté de destin et de la nécessaire solidarité qui doit exister entre elles dans la construction du progrès et de l’épanouissement de leurs nations, elles doivent bâtir ensemble des politiques de développement solidaire.

 

L’Afrique qui est un formidable réservoir de ressources humaines et de ressources naturelles a besoin de l’Europe en termes d’accompagnement, de transfert de technologie et de savoir-faire, de formation, de coopération équilibrée et mutuellement avantageuse dans tous les domaines pour que ce co-développement puisse se faire au bénéfice des deux continents.

 

L’Europe a aussi besoin de l’Afrique, certes pour ses ressources humaines et naturelles mais aussi comme partenaire stratégique dans un monde globalisé. D’où l’opportunité et l’urgence de bâtir ce nouveau partenariat dans un secteur aussi névralgique que la gestion des flux migratoires.

 

A ce titre, on peut citer quelques exemples de projets alternatifs pour lutter contre l’émigration clandestine et favoriser la fixation des populations sur leur terroir :

 

- la création de centres de gestion et d’information des migrants pour mieux sensibiliser les candidats potentiels sur les dangers de la migration clandestine

- favoriser la migration légale par des accords équilibrés et freiner la fuite des cerveaux par la migration circulaire

- délocaliser des entreprises européennes en Afrique pour, à la fois, le transfert de technologies mais aussi l’augmentation de la valeur ajoutée des matières premières

- aider à la création d’entreprises familiales et de fermes modernes pour booster le secteur agricole source de croissance avec la transformation et la valorisation des produits

- promouvoir des écoles-ateliers de formation professionnelle pour favoriser l’insertion des jeunes et des femmes dans le tissu productif avec la création rapide d’emplois durables

- utiliser de façon optimale les formidables opportunités offertes par les transferts d’argent des migrants vers leurs pays d’origine pour orienter ces fonds, autant que possible, vers des projets de développement ce qui permettrait de réduire considérablement le fardeau de la dette des Etats etc…

 

En définitive, pour cerner cette problématique majeure et lui trouver des solutions durables, il est important d’élargir le débat au-delà des structures et cadres pouvant être mis en place par les Etats. Il est même souhaitable voire nécessaire d’impliquer la Société Civile, le Secteur privé, les Collectivités Locales et même d’autres cercles pouvant apporter de précieuses contributions à la prise en charge de tous les aspects multidimensionnels d’une question qui conditionne le devenir de l’Humanité au siècle prochain.

 

 

 

Maître Ousmane NGOM
Ancien Ministre de l’Intérieur du SénégalDESS en Droit Public et Relations Internationales 
Université Paris 1PANTHEON - SORBONE




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