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Île de Gorée: Un programme en Lumières pour jeter les «Regards sur cours»


Rédigé le Lundi 7 Juin 2021 à 14:30 | Lu 65 commentaire(s)



Île de Gorée: Un programme en Lumières pour jeter les «Regards sur cours»

Au Centre socioculturel Boubacar Joseph Ndiaye de Gorée, le festival «Regards sur cours» a visé les arts et la philosophie pour son ouverture. Un programme réflexif marqué par une exposition audacieuse, une chorégraphie philosophique et un concert enchantant.

Dans l’obscurité, de l’obscurité, un homme simplement vêtu d’un caleçon se dévoile. Il tient un portable, la torche allumée. Semblant suivre le son ascendant de la guitare, il luit le sol et se luit. Le point lumineux parcourt son corps nu et revient sur son visage. Il joue sur ses traits faciaux, tantôt riant d’ironie de son visage, tantôt renfrogné ou noir de fermeté. Puis, il se laisse à une chorégraphie acrobatique au moment où les réverbères s’allument sur la scène. Le geste s’accélère peu à peu avant de s’estomper. Les lignes du guitariste suivent le rythme. Le public, massé et sombre sur les gradins du Centre socioculturel de Gorée, regarde, silencieux. Une quiétude perturbée de temps à autre par les clics des appareils photos et les pas sur le sol couvert de coquillages brisés. La lumière est en déliquescence. L’homme met une veste et s’assoit.

Une voix-off saisit l’auditoire par un récit étudiant la pertinence de la maxime qui affirme que «L’enfer, c’est les autres». La voix de l’homme disserte sur les relations humaines qui se dénudent de plus en plus de l’humanisme qui devait en être le survêtement. On retient de son analyse que l’homme fait des diatribes à l’exclusion sociale et le mépris.

Obree Daman

 Le son s’arrête. Le chorégraphe poursuit ses pas. Tandis qu’il tourne sur lui-même et semble imiter les sauterelles, d’aucuns dans le public maugréent, d’autres rient sous cape. Ils semblent se demander la signification du spectacle et les raisons de cette «transe». En attendant d’avoir une réponse, l’artiste va se vêtir d’un ensemble pantalon-chemise en lin et danse sur le rythme de percussions diola. Les lumières deviennent vives. Le danseur est excité, possédé. Il transpire malgré la brise qui souffle sur l’esplanade du centre culturel de l’île. Dans le public, encore, certains questionnent le voisin. «Tu as compris?», dit un plaisantin, tandis qu’une dame cherche «plus sérieusement» à savoir le thème de la représentation.

C’est là que sonne la fin de cette première partie sous des ovations systématiques et des «bravo» de quelques voix. Le tube «Yamoré» tient compagnie durant l’installation pour le concert. Ce duo Salif Keïta et Cesária Evora semblent gagner de meilleures mélodies, en hauts décibels, dans cet antre en plein-air éventé de ce typique vent insulaire. Quelques minutes après, le disc-jockey envoie le son. Obree Daman est là. Son complet noir marié à son teint et la nuit confèrent une solennité au moment. Il se dévoile sur un hymne à l’homme noir, déclamé en mode gospel. Pour ce spectacle, «On comprend mieux». Le public applaudit chaleureusement et se délecte des mélopées du chanteur. Par-dessus les mélodies, il y a un message ; celui d’une renaissance noire, d’une affirmation de soi, d’amour et de joie.

Obree Daman entraîne tout de suite son monde dans ses mélodies, crée une ola et une synchro gestuelle. Le deuxième morceau, plus tonique, rappelle le bois plutôt léger qui fait les gradins. Pendant que les rires de joie et éclats déchirent le calme nocturne, la tribune aussi tremble avec les pas de danse. C’est la fête, et la belle rentrée du festival «Regards sur cours». Encore un autre et un quatrième, le dernier, Obree Daman a ravi l’assistance avec quatre morceaux. Une joie rapide et intense dont les spectateurs vont s’enthousiasmer jusqu’au quai, vers la chaloupe qui déchire l’eau noire de la nuit, pour sa dernière navette.

Ah ! Concernant le danseur-chorégraphe, il s’appelle Babacar Mané. Il est diplômé de l’École nationale des arts et est lauréat, cette année, du programme «Visas pour la création» de l’Institut français de Paris. La pièce qu’il a présentée, qui restait indéchiffrable pour d’aucuns, s’appelle «Entre deux jeux». C’est un questionnement artistique qui interpelle l’humain sur sa propension à juger ou avilir son prochain. Pourquoi l’Homme se permet-il de rire de l’obésité de son voisin ou du gringalet qui est en face de lui ? Pourquoi ne cherche-t-il plus à deviner les ressentis et y compatir ? Pourquoi n’est-il plus assez intelligent pour savoir que c’est la diversité qui fait le charme du monde ? «Ayons une pensée pour toutes ces personnes qui vivent avec des envies suicidaires parce que la société les traitent mal ou les excluent tout bonnement», a suggéré l’artiste danseur. C’est, en outre, le propos de cette pièce chorégraphique. L’artiste prépare une tournée mondiale, pour bientôt.

Mamadou Oumar KAMARA

 

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EXPOSITION PHOTOS

Si Jésus n’était pas noir …

 Jésus était noir. L’assertion semble provocante, mais cache un besoin d’une renaissance à travers la probabilité d’une grande vérité cachée à sombre dessin. Djibril Dramé, artiste visuel, ouvre le chapitre à travers une exposition.

Il se peut que Jésus ait été noir. Cela fait peut-être sourire, mais n’a rien de drôle, selon Djibril Dramé. Artiste visuel, il est l’auteur de l’exposition dénommée «Jesus was black» (Jésus était noir), accueillie par le Centre socioculturel Boubacar Joseph Ndiaye de Gorée, dans le cadre du festival «Regards sur cours». Elle est faite de clichés qui montrent des hommes noirs sur la rive, sous diverses postures, tout de blanc vêtus. D’aucuns miment des symboles spirituels, debout près des vagues alors que d’autres plongent des membres et se bénissent à l’eau.

Cependant, l’eau est plus symbolique dans cette expo. «L’homme noir a une relation quotidienne et particulière avec l’eau. On parlera des génies de l’eau, de la maman qui verse l’eau quand son enfant doit sortir, mais aussi de la traversée de la mer, de la traite transatlantique, entre autres. L’eau nous purifie», commente Djibril Dramé. Mais pourquoi ce titre pour cette installation ? L’auteur assure que ce n’est pas (que) pour étonner. L’inspiration lui est venue d’une discussion avec un homme, dans un avion de retour d’Addis-Abeba, en partance pour les États-Unis où il est basé. Âgé de 33 ans, l’artiste est né au quartier de la Médina (Dakar). L’homme en question l’interpelle pour lui faire constater sa ressemblance aux Éthiopiens, avec ses traits fins. C’est parti vers des échanges sur le Christ, le christianisme et son rapport au rastafarisme.

Chez les rastas, en Jamaïque coloniale, Jésus était représenté sous un visage noir. Ils lui font «emprunter» le visage du Negus noir (Hailé Selassie) et font allégeance à l’Éthiopie. La discussion fait tilt dans la tête de l’artiste, provoque en lui des interrogations et l’inspire. «Selon une certaine science, Jésus est noir. De plus, plusieurs de ses compagnons venaient de l’Afrique de l’Ouest. Depuis 2016, je n’arrêtais pas de réfléchir sur le concept et de faire des recherches. Et j’ai commencé à le réaliser depuis deux ans, à Dakar», confie Djibril Dramé.

Que Jésus ait été noir, blanc ou asiatique serait de quelle addition ou de quel symbole pour le monde ? Au-delà de devoir conférer à une «race» la sainteté ou la légitimité de sa pureté, l’artiste estime qu’il y a un regard plus problématique à avoir. «Ça montrerait quelque peu à quel point l’histoire peut être falsifiée ou manipulée. Ça informe aussi à quel point l’homme noir et la couleur noire sont marginalisés. Réfléchir dessus serait peut-être un moyen pour l’homme noir de se valider et de marquer sa renaissance», professe le jeune artiste visuel. De son avis, il y a également à voir dans cette exposition que l’art est une voie paisible pour l’homme, noir notamment, de poser des questions pas confortables, mais qui peuvent l’aider à mieux se connaître, s’affirmer et aller de l’avant. Djibril Dramé y trouve aussi le moyen d’une renaissance intellectuelle, idéologique, psychologique, spirituelle, des consciences ou simplement africaine.

Mamadou. O. KAMARA



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