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Jean-Jacques Lumumba : «La plupart des banques en Afrique sont des lessiveuses d’argent public»


Rédigé le Mercredi 13 Octobre 2021 à 14:59 | Lu 152 commentaire(s)



Jean-Jacques Lumumba : «La plupart des banques en Afrique sont des lessiveuses d’argent public»
A Dakar, la semaine dernière, pour participer à l’Université d’hivernage des Lanceurs d’alerte organisée par la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique, le Congolais Jean-Jacques Lumumba, ancien banquier et lanceur d'alerte bien connu de la scène africaine, a accordé une interview à L’Observateur. Sa reconversion, les Pandora papers, la situation des activistes sur le Continent, l’ex cadre de BGFIBank RDC dit tout.

Vous êtes passé de banquier à lanceur d’alerte, pourquoi cette transition ?
Ce n’est pas tellement une transition. C’est une vocation rattachée au triomphe de la vérité, car être lanceur d’alerte n’est pas un métier ou une profession, c’est un apostolat.

Vous avez mis en place une plateforme panafricaine de lutte contre la corruption (Unis), quelle est votre stratégie pour lutter contre ce phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur en Afrique ?
UNIS a été cofondé par plusieurs activistes, dont Franck Otete de FIlimbi, moi-même et plusieurs autres activistes. Notre stratégie est de mettre ensemble toutes les forces sur le plan national et transnational, d’où la Campagne «Congo n’est pas à vendre» dans laquelle nous faisons partie avec d’autres mouvements citoyens importants comme la Lucha et Filimbi. Notre ambition est de nous appuyer sur l’éducation comme vecteur de changement.

L’actualité c’est l’affaire des ‘’Pandora papers’’ dans laquelle plusieurs chefs d’Etat africains et des personnalités fortunées d’Afrique sont accusés d’évasion fiscale, comment analysez-vous cela ?
Ce n’est pas une surprise. Cela démontre à quel point, certains pays africains sont devenus des nids d’évasions fiscales. Pour citer le Président de Plaaf, le Maître Henri Thulliez, les services financiers, l’opacité des transactions fleurissent. On trouve toujours de nouveaux moyens de détourner les règles, les États, de détourner les autorités et parfois, on essaye de détourner l’opinion publique.


Pensez-vous que cette affaire aura des suites judiciaires ?
Les Pandora Papers auront une suite judiciaire au cas par cas dépendamment des états.
Qu’est-ce qui explique ces faits récurrents en Afrique et quel est le moyen idéal pour freiner ce mal qui ronge les économies africaines ?
Il faut renforcer les services judiciaires des pays africains et renforcer le pouvoir des juges. L’intégrité des juges est très capitale pour mettre en mal l’évolution de la prédation sur le continent africain.


Que dites-vous du rôle trouble des banques et des cabinets spécialisés qui permettent au système de prospérer, surtout dans des pays pauvres ?
La plupart des banques en Afrique sont des lessiveuses d’argent public et d’argent sale.
Le Sénégal n’est pas épargné par les faits de corruption, quel est votre regard sur ce pays ?
Le Sénégal jouit d’une bonne image, même si plusieurs dossiers de corruption entachent l’image de ce pays de liberté, dont le peuple reste le dernier rempart pour la sauvegarde de la démocratie.


Quelle appréciation, l’ancien banquier que vous êtes, porte sur la situation économique au Sénégal ?
Le Sénégal est un pays pauvre, malgré la croissance économique positive enregistrée ces huit dernières années. Il y a énormément de réformes à faire, surtout dans le domaine de la transparence des marchés publics où plusieurs dossiers de surfacturations présumées sont évoqués par la société civile. L’intelligence artificielle, la technologie et le tourisme pourraient être des niches économiques à fort potentiel pour doper la croissance économique.


Les activistes se font beaucoup entendre, ces derniers temps, au Sénégal, qu’est-ce que cela vous inspire en tant que lanceur d’alerte ?
Les activistes sénégalais comme Y en a Marre m’ont beaucoup inspiré depuis 2012/2013. Je leur dois, comme à beaucoup de mouvements sociaux congolais, mon engagement car ils ont une flamme d’engagement pacifique et démocratique exceptionnel.


Dernièrement, les plus célèbres parmi eux, à savoir des membres du mouvement Y en a marre, ont eu des démêlés avec la justice, certains y ont vu une tentative de musèlement de la part de l’Etat, qu’en pensez-vous ?
C’est un mauvais signal pour la vitalité de la démocratie. Museler une voix discordante est une entrave grave aux principes démocratiques, dont celui de la liberté de pensée et d’expression.


Au Sénégal, les activistes ont très souvent des soucis avec la justice, (exemple de Guy Marius Sagna), est-ce une situation propre au Sénégal où c’est la même chose dans les autres pays ?
C’est une tendance générale pour plusieurs pays africains où les libertés individuelles sont très menacées et souvent bafouées. Cette situation n’est donc pas propre au Sénégal mais ce n’est pas une excuse car la liberté n’a pas de prix. C’est l’expression même de la dignité.
ADAMA DIENG


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