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LA MEILLEURE RÉPONSE À KARIM


Rédigé le Lundi 24 Décembre 2018 à 14:02 | Lu 190 commentaire(s)


Il reste encore sur le tableau du Sénégal que lui et son père ont laissé : un Sénégal avec une croissance des plus faibles de l'Uemoa, un Sénégal avec plus de 900 heures de coupures d’électricité par an, un Sénégal en retard


LA MEILLEURE RÉPONSE À KARIM

Quelqu’un disait devant le groupe consultatif, réuni par le Sénégal le 17 décembre 2018, au siège de la Banque mondiale à Paris, que «les banquiers restent les gens les plus compliqués et exigeants au monde et que s’ils décident d’investir leurs ressources quelque part, c’est justement parce qu’ils ont fini d’évaluer les risques».

Le président de la Banque africaine de développement, le Dr Adesina, est plus direct à l’endroit du président Macky Sall : «Nous pouvons miser sur vous, car vous êtes bancable.» La réunion du Groupe consultatif a été l’occasion, si besoin en était, de juger de la qualité de la signature du Sénégal. Le ministre de l’Economie et des finances de la France a eu à faire le déplacement devant le Groupe consultatif pour apporter le soutien de son pays au Sénégal. C’était une première et Bruno Le Maire n’a pas tari d‘éloges. Il disait notamment que «la France envie le Sénégal pour ses performances économiques. J’aimerais avoir les mêmes chiffres en France. Les progrès que vous avez réalisés sont spectaculaires et je vous assure du soutien de la France qui sera encore un soutien massif et clair». Bruno Le Maire a salué la gouvernance du président Macky Sall et ajoute : «A ce rythme, le Sénégal va s’imposer dans les années qui viennent comme une puissance incontournable. Nous avons du respect et de l’admiration pour votre gouvernance et votre économie s’inscrit dans une belle perspective, d’autant qu’elle est diversifiée. Avec vous, le Sénégal est entré dans l’ère d’une économie de vitesse.»

Cette appréciation positive, le vice-président de la Banque mondiale, Hafez Ghanem, l’a exprimée avant Bruno Le Maire. C’était comme si les partenaires du Sénégal parlaient d’une même voix. Le Fonds monétaire international, la Badea, le Pnud, la Bid, l’Union européenne, la Banque européenne d’investissement, la Boad, les Etats-Unis d’Amérique, la Grande Bretagne, le Canada, le Japon, l’Espagne, la Chine, entre autres, ont tour à tour exprimé la même opinion sur l’état économique et financier du Sénégal.

Un endettement sur mesure et des dons qui tombent à pic

Résultat des courses ? Le Sénégal s’était présenté devant le Groupe consultatif pour rechercher quelque 5 milliards de dollars pour financer le Programme d’actions prioritaires 2 (Pap 2) du Plan Sénégal émergent (PSE). Il en est sorti avec des engagements de financements de plus de 14 milliards de dollars. D’aucuns ont vite fait de crier à des risques de surendettement. Cela peut être une préoccupation légitime, mais la qualité de la signature du Sénégal tient à la gestion «prudentielle» de son endettement. Le niveau d’endettement du Sénégal est à hauteur de 47,7% de son PIB, bien en dessous du seuil toléré par l’Uemoa, à savoir 70%. Mieux, la perspective de l’économie du Sénégal avec les ressources escomptées de l’exploitation du pétrole et du gaz à l’horizon 2022 indique assurément que le PIB du Sénégal va augmenter considérablement. Mais le plus intéressant avec le Groupe consultatif reste qu’une bonne partie des montants annoncés par les partenaires constitue des dons en capital pour 100%.

En d’autres termes, ce sont des dons non remboursables pour un montant de 1 348 milliards de francs Cfa, soit 17,5% des enveloppes annoncées. Ces dons proviennent de partenaires comme le Millenium challenge corporation, l’Usaid, le Fida, le Groupe de la Banque mondiale, l’Union européenne, le Fonds saoudien, le Fonds koweitien, le système des Nations unies avec le Pnud comme tête de file, le Japon, l’Espagne, le Fonds de l’Opep, l’Agence française de développement (Afd), entre autres. Déjà sur place à Paris, le Sénégal a signé pour 263 milliards de francs constitutifs de dons et la semaine prochaine, la Banque mondiale va signer un nouvel accord pour un appui budgétaire de 104 milliards de francs Cfa au profit du Sénégal. Ainsi, 5% de l’enveloppe globale est déjà mobilisé. En outre, le reste des financements annoncés, soit 6 352 milliards de francs Cfa, sont constitutifs d’emprunts avec des éléments-dons d’au moins 35%, conformément à la stratégie d’endettement du Sénégal. Les emprunts «concessionnels» seront souscrits auprès de la Bad, de la Banque mondiale, de la Bid, de la France, de la Bei, de la Boad, du Fonds saoudien, de la Badea, du Fonds de l’Opep et du Fida.

Le Sénégal pourra recourir aux prêts commerciaux pour combler son éventuel gap de financement pour son programme. Il reste clair que le Sénégal ne tirera que les montants qu’il jugera nécessaires et opportuns pour financer ses projets à maturité. Il s’y ajoute que même pour les prêts commerciaux, le Sénégal emprunte à des taux les plus bas consentis à des pays du même niveau. Est-il besoin de rappeler que lors de sa dernière opération d’Eurobonds le Sénégal avait emprunté à des taux inférieurs à ceux pratiqués pour des pays comme la Côte d’Ivoire, le Nigeria, l’Egypte, entre autres ?

En quelque sorte, à l’issue du Groupe consultatif, le Sénégal a pu amener ses partenaires à lui faire pratiquement don de montants équivalents, dans l’absolu, à l’enveloppe nécessaire pour boucler le financement de la phase 2 du PSE. On peut donc parler de gros succès du Sénégal, car une semaine avant, dans les mêmes locaux du siège de la Banque mondiale, un autre pays d’Afrique de l’Ouest s’était présenté devant le Groupe consultatif pour rechercher 1 milliard de dollars pour financer ses projets, mais n’a pu obtenir que 800 millions de dollars. Les partenaires techniques et financiers se sont montrés plus chiches, moins optimistes quant aux résultats et perspectives économiques affichés par ce pays. Le niveau d’endettement de ce pays et la qualité de sa gestion budgétaire auront négativement pesé dans l’appréciation des partenaires techniques et financiers. En effet, c’est une lapalissade de dire qu’il appartient au banquier d’évaluer le niveau des risques encourus avec le client emprunteur.

Il s’y ajoute qu’il convient de souligner la qualité de l’expertise sénégalaise devant le Groupe consultatif. Les partenaires du Sénégal ont été unanimes pour saluer la précision et l’exhaustivité des diagnostics et des perspectives dressés par les experts sénégalais. «Le programme est clair, précis et viable», ont-ils souligné. En outre, le leadership du président Macky Sall a été salué. Les partenaires techniques et financiers du Sénégal ont une confiance parfaite en la gouvernance du président Macky Sall. Cette confiance s’est traduite par l’acceptation de la communauté internationale de prendre part, de manière aussi active, à la réunion du Groupe consultatif et cela, à quelques semaines d’une échéance électorale comme l’élection présidentielle.

Force est de dire que s’il y avait le moindre doute sur la fiabilité du programme présenté par le Sénégal ou des réserves quelconques sur la solidité de la gouvernance, les partenaires techniques et financiers auraient une autre posture. A tout le moins, le cas échéant, auraient-ils préféré attendre non seulement la fin du processus électoral comme d’ailleurs les y invitait l’opposition sénégalaise, mais aussi que le Pap 1 qui se termine le 31 décembre 2018 soit bouclé et évalué avant de penser s’engager pour une nouvelle phase. Les partenaires techniques et financiers qui ont étudié les documents de base du Groupe consultatif durant plusieurs mois avant le rendez-vous de Paris ont eu le temps de les passer au crible et de recueillir les avis de leurs différents experts, centrés sur les dossiers du Sénégal. Ainsi, les annonces qui ont été faites l’ont été après avoir obtenu l’onction des instances de décisions au niveau de chaque partenaire. Il apparaît absurde de s’imaginer qu’un représentant d’une institution multilatérale ou même d’un pays quelconque arriverait à annoncer un engagement sans avoir été habilité à cet effet. C’est là qu’il faut souligner le crédit personnel du ministre de l’Economie, des Finances et du plan du Sénégal, Amadou Ba, qui a eu à faire le tour des partenaires avant la tenue de la réunion du Groupe consultatif. En effet, le soutien manifeste du Fonds monétaire international ou de la Bad, ou la présence effective de Bruno Le Maire au Groupe consultatif sont aussi incontestablement dus à des relations personnelles cultivées par le ministre Ba.

Un camouflet pour Karim Wade

Karim Wade n’a pas manqué de faire de la prétention dans le cadre d’une missive publiée à la veille de la réunion du Groupe consultatif. Il avait estimé devoir interpeller les partenaires du Sénégal pour procéder à un audit préalable de la situation économique et financière du Sénégal. Il a cherché à les dissuader de soutenir le programme présenté par le Sénégal. C’était peine perdue et les partenaires techniques et financiers lui ont démontré le contraire. Il reste que Karim Wade ne devrait quand même pas s’imaginer, un instant, être écouté par des partenaires qui travaillent avec le Sénégal au jour le jour, et qui suivent l’évolution du pays. Karim Wade ignorait que les partenaires du Sénégal étaient assez au fait de la situation de ce pays pour demander à ce que, devant le Groupe consultatif, n’interviendront que le président Macky Sall et son ministre de l’Economie, des finances et du plan. Les bailleurs n’avaient plus jugé nécessaire d’entendre les présentations sectorielles des autres membres de la délégation sénégalaise.

Par ailleurs, ce sont ses mêmes partenaires qui, en connaissance de cause, avaient refusé d’avancer le moindre dollar à Karim Wade, aussi longtemps qu’il était ministre en charge de la Coopération internationale, qui ont sanctionné positivement la gouvernance du Sénégal. Ce sont les mêmes partenaires qui avaient vu comment Karim Wade, en charge du secteur de l’Energie, avait mis à genou la politique énergétique du Sénégal et qui ont salué le doublement de la production d‘électricité du Sénégal en cinq ans et ont décidé de donner au Sénégal de Macky Sall les moyens nécessaires pour attendre l’électrification universelle du pays. Sans doute que Karim Wade ne s’est pas rendu compte que le Sénégal a changé de visage depuis 2012. Karim Wade reste encore sur le tableau du Sénégal que lui et son père avaient laissé derrière eux, à savoir un Sénégal avec une croissance des plus faibles dans l’espace Uemoa, un déficit budgétaire le plus élevé de l’espace Uemoa, un Sénégal avec plus de 900 heures de coupures d’électricité par an, un Sénégal sans aucune discipline budgétaire, un Sénégal qui s’endettait plus chèrement que tous ses voisins, un Sénégal avec un retard en infrastructures de base.

Il faut dire que dans un pays où les médias se feraient l’exigence de rappeler aux hommes politiques leur passif, Karim Wade n’aurait pas droit au chapitre pour faire la «Une» des journaux. Dans un pays où les médias seraient assez attentifs à la défense des intérêts nationaux, jamais un Karim Wade n’aurait droit, à partir de son exil doré de Doha, à chercher à compromettre les atouts et les opportunités du Sénégal qui cherchait à trouver les ressources financières nécessaires pour améliorer le quotidien de sa population. Dans un pays où les médias seraient conséquents avec eux-mêmes, ils refuseraient de servir de caisses de résonance continuelle à un homme politique qui leur fait chaque semaine des annonces qui ne se réalisent jamais et n’en reste pas moins assuré que sa prochaine annonce sera relayée par les mêmes canaux et supports. C’est comme qui dirait qu’une certaine complaisance est de mise, ou que les médias sont définitivement gagnés par le syndrome de l’opposant qui voudrait qu’il soit toujours de bon ton de vanter les mérites d’une opposition politique et que parler des actes positifs d’une gouvernance équivaudrait à une compromission. Seulement, joignant le geste à la parole, les partenaires techniques et financiers, convoqués dans le débat par Karim Wade, lui ont apporté la bonne réponse, cinglante et claire.

Par Madiambal Diagne




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