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LE SYNDROME D’APNEE HYPOPNEE OBSTRUCTIF DU SOMMEIL, UNE REALITE IGNOREE AU SENEGAL


Rédigé le Samedi 21 Décembre 2019 à 17:13 | Lu 103 commentaire(s)


Une personne endormie respire normalement et sans interruption tout au long de la nuit. Une personne souffrant du syndrome d’apnéehypopnée obstructif du sommeil (SAHOS) voit sa respiration s’arrêter plusieurs fois pendant son sommeil.


LE SYNDROME D’APNEE HYPOPNEE OBSTRUCTIF DU SOMMEIL, UNE REALITE IGNOREE AU SENEGAL

Une personne endormie respire normalement et sans interruption tout au long de la nuit. Une personne souffrant du syndrome d’apnéehypopnée obstructif du sommeil (SAHOS) voit sa respiration s’arrêter plusieurs fois pendant son sommeil. Ces interruptions de la respiration pendant le sommeil sont causées par des épisodes anormalement fréquents d’obstruction complète ou partielle des voies aériennes supérieures, responsables d’une diminution ou d’un arrêt de la ventilation. Ce qui amène la personne endormie à se réveiller brusquement en reniflant bruyamment avant de respirer à nouveau et de se rendormir progressivement.

 Les personnes prédisposées sont souvent des personnes obèses ou avec des anomalies morphologiques crânio-faciales telles que l’hypoplasie mandibulaire ou le micrognathisme – développement insuffisant de la mâchoire inférieure – entre autres.) L’apnée correspond à une rupture du flux aérien supérieure à 10 secondes et l’hypopnée à une réduction du flux aérien de 50 %. Il existe une autre forme d’apnée dite centrale qui se manifeste de la même manière. Mais, contrairement à l’apnée obstructive, l’apnée centrale est due à un arrêt de la commande respiratoire : le cerveau ne signale pas aux muscles de respirer. Les deux formes (centrale et obstructive) peuvent se voir chez un même patient.

 Le SAHOS entraîne des complications cardiovasculaires telles que l’hypertension artérielle réfractaire, les accidents vasculaires cérébraux, l’infarctus du myocarde et les troubles du rythme cardiaque. Il est souvent associé à d’autres causes de morbidité et de mortalité comme l’obésité, les troubles de la coagulation, le syndrome métabolique, l’athérosclérose, l’inflammation systémique, la résistance à l’insuline et le diabète de type 2. Il a été rapporté que le SAHOS non traité réduit l’espérance de vie de vingt ans.

CONSEQUENCES DE L’APNEE DU SOMMEIL

Le SAHOS altère la qualité de vie. Les sujets atteints se plaignent de ronflements, de fatigue, de somnolence diurne excessive, de nycturie – envie d’uriner plusieurs fois pendant la nuit –, de céphalées matinales, de troubles de la mémoire, de réduction des performances au travail. Le SAHOS est aussi associé à une augmentation du risque d’accident de la circulation. C’est une pathologie relativement fréquente avec des taux estimés entre 5 % et 25 % de la population adulte en Occident et aux États-Unis. Mais elle est sousévaluée puisque 85 % des sujets atteints ne sont pas diagnostiqués aux ÉtatsUnis. L’Afrique sub-saharienne n’est pas épargnée, particulièrement le Sénégal.

ABSENCE DE PRISE EN CHARGE DE LA MALADIE AU SENEGAL

Des études conduites en Afrique dans plusieurs pays africains (Nigeria, Togo, Congo et Bénin) et ailleurs sur les connaissances, attitudes et pratiques des professionnels de la santé par rapport au SAHOS ont révélé une méconnaissance de la maladie qui empêche un diagnostic adéquat et une prise en charge adaptée. Au Sénégal, ce diagnostic est souvent réalisé tardivement au stade des complications cardiovasculaires, surtout de l’hypertension artérielle réfractaire. Certains patients nous ont confié qu’ils ont été pris pour des asthmatiques et mis sous traitement pendant longtemps. Il convient de rappeler que les symptômes qui les poussent à consulter sont les céphalées matinales, la somnolence diurne excessive, les envies répétées d’uriner pendant la nuit. Les patients viennent aussi consulter pour des complications cardiovasculaires. Dans ces cas, c’est au médecin de penser au syndrome d’apnée du sommeil et de faire les investigations adéquates. L’enseignement de la médecine du sommeil est quasi absent, surtout en formation initiale, dans les facultés au Sénégal. Sur le plan théorique, le nombre d’heures allouées dans les programmes reste faible. En moyenne, le cycle veille sommeil est enseigné en physiologie en Licence 2 de médecine pour un volume horaire moyen de 2 heures. Les pathologies relatives au sommeil sont listées et énoncées dans ce cours, mais sans réél approfondissement. Sur le plan pratique, l’absence de terrain de stage par manque de laboratoire ou de Clinique de sommeil avec des équipements adéquats (polygraphie ou polysomnographie) compromet toute volonté de formation. Pour confirmer le diagnostic, il faut, de préférence une polysomnographie ou à défaut une polygraphie ventilatoire. Ce sont des appareils qui permettent, pendant que le sujet atteint dort, de prendre des mesures comme le rythme cardiaque, le débit d’air à la bouche et au nez, le stade du sommeil (sommeil léger, sommeil profond, activité musculaire et oculaire, etc.) ou encore le niveau d’oxygène dans le sang. Au Sénégal, aucune structure publique de santé du pays n’en dispose à l’heure actuelle. Les seuls polygraphes existants sont détenus par des professionnels du secteur privé, et le coût d’un enregistrement pour une nuit de sommeil est fixé entre 100 000 et 125 000 FCFA. Par conséquent, la majorité de la population, à revenus moyens, ne peut payer les frais de diagnostic.

 DES OFFRES DE TRAITEMENT LARGEMENT INSUFFISANTES

 Le traitement de première intention est la pression positive continue (PPC) qui permet de maintenir les voies aériennes ouvertes pendant le sommeil. Seuls des prestataires privés (ils ne sont pas obligatoirement médecins) proposent ces appareils de PPC. Ce qui peut expliquer le coût élevé du traitement (autour de 800 000 CFA). Contrairement à certains pays où le traitement est pris en charge par le système d’assurance maladie (c’est le cas de la France), au Sénégal il n’y a pas encore de dispositif mis en place pour accompagner la majorité des patients et leur faciliter l’accès à la PPC.

Au Sénégal, les études sur le SAHOS sont rares. La prévalence de cette affection dans le pays n’est pas encore estimée, encore moins les complications associées. Les programmes de lutte contre les maladies chroniques non transmissibles n’incluent pas le SAHOS. Or il s’agit de l’un des plus grands pourvoyeurs de ces maladies chroniques non transmissibles, notamment des maladies cardiovasculaires et du diabète de type 2. Le SAHOS est un problème de santé prioritaire. Il est important que les autorités en charge de la santé au Sénégal sachent qu’elles ont un double défi à relever : un diagnostic précoce passant par la création de laboratoires de sommeil, et une prise en charge adaptée et accessible à la majorité de la population.



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