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La presse, prurit de notre démocratie (Par Jean Pierre Corréa)


Rédigé le Mercredi 30 Septembre 2020 à 13:52 | Lu 957 commentaire(s)



La presse, prurit de notre démocratie (Par Jean Pierre Corréa)
 On ne peut pas continuer à être navrés par la qualité des "informations" que ces journaux nous dégueulent, confortés par la certitude hélas souvent validée, qu'ils ne font que donner aux Sénégalais ce que leurs désirs de frivolité requièrent.

"La faute n'est donc pas au public, qui demande des sottises, mais à ceux qui ne savent pas lui servir autre chose." Miguel de Cervantès.

 

D'abord, la question à 100 balles : quel est l'apport de la vingtaine de quotidiens sénégalais à notre démocratie et à l'animation des cruciaux débats qui la traversent et qui sont sensés disposer notre cher Sénégal dans le temps du monde ?

 

Cette question me venait souvent à l'esprit, rien qu'à la vue de cette pléthore de journaux pendus dans nos rues, à des cordes à linge, et qui attirent tels des "mouches à merde", tous ces "titrologues" qui une fois repus de cette surenchère de "Unes" vendeuses et aguicheuses, s'en vont les commenter, faisant ainsi du "titre" la quintessence de l'information. Mais une opportunité professionnelle, m'ouvrant le bonheur de revenir à un des exercices préférés de mon métier de journaliste, la revue de presse, que je délivrerai chaque matin sur le site en ligne d'un grand quotidien sénégalais, m'a mis en situation depuis une dizaine de jours, parce que devant reprendre les marques de ce genre, de lire tout ce qui paraît et se considère comme estampillé "presse"… D'un rire un peu narquois, je dirai qu'on passe plus de temps à les compter qu'à les lire… Mais plus sérieusement, pour faire chaque matin une revue de presse digne de ce que ce genre journalistique requiert et implique, il s'est naturellement et éthiquement imposé à moi, le devoir de ne considérer pour poser une vraie revue de l'actualité, que les titres qui méritent d'être ce que l'on appelle "un journal", avec un "ourse" qui en honore le contenu et des "plumes" qui en illuminent la ligne éditoriale.

 

Comment notre espace médiatique s'est-il retrouvé saturé par cette pléthore de journaux qui se disputent la délicate mission de nous livrer les clés d'une actualité qui sous nos latitudes ne mérite pas tant de pages noircies ? Il convient d'interroger le modèle économique, qui a voulu offrir une information de qualité, populaire et éclectique au plus grand nombre, et au plus bas prix. Et ainsi naquit "le journal à 100 balles", qui ne peut pas évidemment coûter 100 balles. Un journal qui paye ses journalistes, au prix de leurs talents consacrés par les diplômes adéquats, leur donne les moyens d'investigations nécessaires, respecte leurs droits sociaux, les met dans les meilleures conditions technologiques d'exercice de leur métier, leur assure des salaires qui les mettent à l'abri du "transport corrupteur", un journal qui coche toutes ces cases, ne peut pas coûter 100 balles ! Surtout lorsque son tirage ne dépasse pas les 1 000 exemplaires dont seule la moitié est péniblement vendue…

 

Faire une revue de presse qui soit respectueuse du genre et des auditeurs, dans ce magma glauque de journaux improbables, impose un tri sélectif qui fasse part belle à l'information générale, et aux problématiques de société qui participent à la maturation de nos populations et respectent leurs intelligences. On ne peut continuer à subir les "groupes de pression" tapis derrière un Dirpub unique rédacteur de son torchon, qui se mue en sniper à la solde d'un adversaire politique ou économique, pour abattre un homme ou "carboniser" un enjeu économique, ou en maître chanteur, qui allongé dans un lounge d'hôtel de luxe avec son ordinateur diffuse de fausses nouvelles en espérant un démenti qui les accrédite ou un bon arrangement sonnant et trébuchant. On ne peut se laisser informer par des journalistes qui après deux années de rédaction dans un journal où pas un de leurs articles n'a fait avancer aucune idée ou cause, s'acoquinent avec un homme politique qui y blanchissant d'obscurs deniers, pour créer un organe de presse, qui abritera les pensées d'hommes obsolètes, qui viennent y déverser en une et sur deux pages des banalités dont personne ne leur a demandé de nous abreuver du haut de leur vulgaire prétention.

 

"Babacar Touré, Réveille-toi ! Ils sont contents d'être vils !

 

Qu'importe qu'il faille salir quelqu'un ou insulter la vérité. Le choix est clair. Parfois, que dis-je, souvent nos journalistes préfèrent être les premiers à dire une connerie qu'être les derniers à dire la vérité. Pourquoi se gêneraient-ils d'ailleurs puisque diffamer n'a aucune conséquence, et qu'on peut affirmer des fadaises, vautrés dans des approximations, juger une personne en toute désinvolture et trouver, fort de notre incompétence assumée, de troublants mais intéressés arrangements avec la vérité.

 

Il est urgentissime de donner aux sénégalais la presse qu'ils méritent et le respect qu'on leur doit. On ne peut pas continuer à être navrés tous les jours par le niveau et la qualité des "informations" que ces journaux, sites improbables, nous dégueulent chaque jour, confortés par la certitude, hélas souvent validée, qu'ils ne font que donner aux sénégalais ce que leurs désirs de frivolité et de vulgarité requièrent.

 

Tout n'est pas permis parce qu'on est journaliste… Une des dernières chroniques de Babacar Touré nous éclairait en nous enjoignant qu'"au total, c'est bien aux citoyens, - dont les journalistes - soucieux de la valeur de leur fonction, de leur éminente contribution dans la société, de la dignité de leur profession, de se faire respecter et de défendre becs et ongles leurs droits inaliénables. La liberté de presse tire son origine et sa substance dans la liberté d'expression du citoyen, de la citoyenne, en tant que droit fondamental et universel de la personne humaine dont elle est un des modes et parmi les modalités de mise en œuvre concrète et effective. Ne l'oublions jamais. La norme, c'est la liberté. Quant à la doctrine, elle s'ancre dans la responsabilité".

 

Nous avons le devoir que les revues de presse ne deviennent pas des "revues de presque", avec des flibustiers en guise de journalistes et des titres provocateurs en guise d'informations. Il faut que cesse l'ère du soupçon qui nous oblige à lire un papier à deux fois pour y déceler souvent des relents fleurant bon la commande et la corruption, voire parfois une demande d'exécution d'une personnalité.

 

Quelle est aujourd'hui la ligne éditoriale de certains "canards" qui abritent ces nouveaux chiens de garde ? Il s'agit seulement de proposer aux chalands les "Unes" les plus vendeuses, et qui sont souvent les plus choquantes. La déontologie n'est enseignée nulle part dans les écoles de journalisme. C'est juste le mot qui dans notre profession remplace le mot passeport et visa de ce métier : l'éducation… Mais si déjà petits leurs propres mères les insultaient de mères…nous sommes mal barrés…

 

Question subsidiaire : Quelle est la définition de la pudeur ? C'est éteindre la lumière avant de lire certains quotidiens. Voire, après les avoir lus, renouveler ses ablutions. Je souhaite finir mes revues de presse sans me sentir souillé et respectueux de l'intelligence que j'accorde à mes auditeurs… C'est ma liberté…C'est ma responsabilité.

 

Par Jean Pierre Corréa


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