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La solution Wagner ou le cynisme de la junte malienne


Rédigé le Lundi 4 Octobre 2021 à 11:31 | Lu 116 commentaire(s)



La solution Wagner ou le cynisme de la junte malienne

Quand les colonels, conduits par Assimi Goïta, avaient renversé le Président Ibrahim Boubakar Keïta (IBK), le 18 août 2020, il était écrit dans ces colonnes qu’il n’y avait rien à espérer ou attendre de ces putschistes, que le Mali allait s’enfoncer dans la désolation et que la sécurité de toute la sous-région ouest-africaine allait être davantage menacée sinon même compromise. Il se trouvait des contradicteurs qui avaient l’indécence de jubiler devant cette nouvelle donne et qui se révélaient ainsi comme des «putschistes en puissance». Il fallait être assez naïf pour croire un traître mot des promesses de la junte malienne. Les bidasses avaient pris le pouvoir pour eux-mêmes et pour l’exercer pleinement. Ceux qui ne voulaient pas le croire verront qu’après moult atermoiements et autres petites crises à la tête de l’Etat malien, opposant les supplétifs civils (Bah Ndaw, Président de la Transition et Moctar Ouane, Premier ministre de la Transition) au groupe des colonels, ces derniers finiront par prendre tout le pouvoir, à la faveur d’un nouveau putsch en mai 2021. Encore une fois, nous ne nous y trompions pas. Le 25 mai 2021, nous préconisions de «mettre le Mali sous administration de l’Onu». Nous disions que la junte malienne n’a aucune intention de respecter l’engagement de céder, en février 2022, le pouvoir à des autorités civiles démocratiquement élues.
Les militaires qui, curieusement, avaient tous fréquenté les académies militaires russes, semblaient bien se préparer à faire de vieux os au pouvoir et pour mieux réussir leur coup, ils feront appel à des opposants qui avaient déjà pu mesurer les limites de leur capacité à se hisser au pouvoir par la voie démocratique. C’est ainsi que Choguel Kokalla Maïga a été nommé le 11 juin 2021, Premier ministre. Ils ne sont pas allés chercher trop loin. Le Colonel Assimi Goïta, pour compléter le tableau, jettera son dévolu sur cet ancien diplômé (1983) de l’Institut des télécommunications de Moscou. Histoire de parler la langue russe en Conseil des ministres ? Choguel Maïga se révélera rapidement comme le faire-valoir ou même le pantin des putschistes. La bonne preuve est qu’aucun officier membre de la junte n’avait osé assumer le recours par les autorités de Bamako à une société de mercenaires russes pour des missions sécuritaires. Au contraire, les rumeurs persistaient à Bamako et les militaires continuaient de nier les tractations avec Wagner, en dépit de multiples voyages du Colonel Sadio Camara, ministre de la Défense du Mali, à Moscou. Il aura fallu que Florence Parly, ministre française de la Défense, mît les pieds dans le plat pour mettre en garde la junte malienne quant à l’initiative de faire appel à Wagner, et que la France «ne cohabiterait pas avec des mercenaires», pour que Choguel Maïga, devant la tribune de l’Assemblée générale de l’Onu, avoua que son pays envisage sérieusement de faire appel à Wagner. Si ce n’est déjà fait !

Les mauvais arguments des militaires maliens
Comme il est toujours de bon ton, aux yeux d’une certaine opinion publique africaine, de jouer le vieux disque d’invocation des principes de souveraineté nationale, pour refuser d’obtempérer aux desiderata de l’ancienne puissance coloniale française, Choguel Maïga dira, le 29 septembre 2021, de manière triviale, que le Mali reste libre de faire appel à qui il veut. Jusqu’à faire recours à des mercenaires ? C’est là où réside toute l’incohérence des autorités maliennes. En arrivant au pouvoir, le Colonel Goïta et ses hommes prétendaient avoir agi pour redonner à l’Armée malienne ses capacités opérationnelles et surtout son autorité et sa légitimité pour défendre le territoire national et le Peuple du Mali. Ainsi donc, les officiers qui disaient avoir souffert que l’Armée malienne ait été laissée pour compte par le régime de IBK et qu’il fallait restaurer cette armée dans ses attributs et ses prérogatives, ont fini par humilier cette armée même, en faisant plus confiance à des mercenaires russes pour «appuyer la formation des soldats et protéger les autorités au pouvoir». On voit bien que la junte cherche plutôt à assurer sa propre sécurité. Et puis, quelle est la gloire pour un militaire de faire assurer sa propre sécurité par des civils ? En outre, la société Wagner n’est pas une armée régulière, qui va au front pour mener une guerre conventionnelle, elle est plutôt une société de bodyguards, pour assurer une sécurité rapprochée de personnalités. C’est dire que la préoccupation de faire appel à Wagner reste simplement que les membres de la junte et du pouvoir pourront compter sur une garde rapprochée réputée efficace. Quel cynisme ! Dans tout cela, quelle est la place du Peuple malien au nom duquel la junte a toujours prétendu agir ? La question de la reconquête des territoires qui ne sont plus sous le contrôle de l’Etat malien est reléguée aux calendes maliennes. La priorité pour la junte est de bien s’installer au pouvoir, le plus longtemps possible. Choguel Maïga a annoncé la couleur, soulignant que l’échéance de février 2022 pour la tenue des élections ne pourra être respectée. Mieux, les colonels maliens ont déserté leurs positions dans les zones arides du Mali pour se la couler douce à Bamako.
Si tant est que les autorités maliennes étaient mues par le seul souci de l’efficacité pour extirper les groupes armées hostiles du sol malien, pourquoi n’ont-elles par fait recours à l’Armée régulière russe ou d’une autre puissance pour supplanter les défaillances, carences ou les insuffisances de la France ? Qui n’a pas observé les querelles de chefs militaires pour se partager les strapontins ministériels et les directions des grandes compagnies et administrations nationales ? Qui va désormais faire la guerre contre les Jihadistes, à la place de l’Armée malienne ? Il serait illusoire de croire que la communauté internationale, qui a déployé des milliers de soldats au Mali, va accepter de continuer de payer de lourds tributs financiers et humains pour la défense et la protection d’un pays dont les nouvelles autorités sont plus préoccupées par le lucre et leur confort personnel. La France sera conséquente avec elle-même et va donc retirer ses soldats et elle sera naturellement suivie par les autres pays membres de la coalition internationale et les forces agissant sous mandat de l’Onu. Il ne saurait être question de se battre pour des officiers calfeutrés dans le douillet confort de Bamako.

L’indécente outrecuidance contre la France
L’histoire retiendra que n’eut été l’intervention des troupes françaises sur ordre du Président François Hollande, les colonnes d’islamistes armés auraient pris la capitale Bamako en 2013. Alors, chahuter les efforts consentis par la France pour la sauvegarde de l’Etat malien, le lendemain même du jour où un autre soldat français est tombé en opération dans la région de Gossi, dans des combats contre des groupes islamistes, relève d’une indicible indécence. La mort du Caporal-Chef Maxime Biasco a allongé à 52, le nombre de soldats français déjà tués en opération au Mali. Mais le Premier ministre de la Transition malienne explique que son pays envisage de faire recours à d’autres partenaires pour assurer sa sécurité. Il considère que la France a décidé «de manière unilatérale d’abandonner le Mali en plein vol et que la réorganisation ou le retrait de la mission militaire Barkhane sous l’égide de la France, procède d’une absence de concertation, d’un fait accompli». De retour de son voyage onusien, Choguel Maïga se fera applaudir à l’aéroport de Bamako par les mêmes personnes proches qui organisaient en janvier 2020 des marches pour préconiser le retrait des troupes françaises du Mali. On voit bien que la volonté de recourir à la société russe Wagner n’est pas fortuite. Seulement, la sortie de Choguel Maïga a provoqué le tollé et il s’était senti obligé, au sortir d’une audience avec le Colonel Goïta, de mettre un peu d’eau dans son vodka, affirmant avec insistance que «le Mali n’a jamais été et ne sera jamais ingrat»…

Les drôles états de services du «Blackwater» russe
Compter sur Wagner pour assurer la sécurité du Mali relève d’une totale cécité. Quels sont les états de services de Wagner en Centrafrique ? En Libye ? En Syrie ? En Ukraine ? L’intervention de la société russe a partout été caractérisée par des abus de toutes sortes et de graves mépris à l’égard de toutes les règles de droit international. Partout, elle en a rajouté à la confusion et au chaos. Wagner va-t-elle devenir subitement une bande de mercenaires de la paix, avec la fleur au bout du fusil ? Mais la question essentielle restera de savoir par quels subsides ou moyens l’Etat malien paiera-t-il les services de Wagner ? Les pays occidentaux qui maintiennent l’Etat malien sous perfusion accepteront-ils de laisser leurs ressources rétribuer des mercenaires russes ? De toute façon, dans les pays où Wagner est déjà intervenue, elle se fait payer ses prestations par des concessions minières. On devine que le même modus operandi sera de mise au Mali car cet Etat exsangue ne devrait pas pouvoir trouver des ressources financières licites pour payer une compagnie étrangère. Alors les élites maliennes qui se plaisaient à pourfendre des pays occidentaux, notamment la France, l’Allemagne et la Belgique, en les accusant de profiter de l’intervention militaire pour procéder à un pillage de ressources du sous-sol de leur pays, vont-elles s’accommoder d’un troc permettant à Wagner de se faire payer ses services avec l’or ou les autres ressources minières du sol malien ? Une telle approche vide de toute sa substance, le discours sur la préservation des ressources minières et stratégiques du Mali. Il serait aussi intéressant de s’attarder sur l’attitude d’élites sénégalaises et d’une certaine opinion publique, dans une République comme la nôtre, avec ses acquis démocratiques et sa cohésion dans la gestion de sa défense. Applaudir des coups d’Etat ou s’accommoder glorieusement d’une présence de mercenaires chez notre voisin immédiat et premier partenaire commercial, voilà de forts traits de «putschistes en puissance». On ne le dira jamais assez !
mdiagne@lequotidien.sn




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