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Laser du lundi : Le discours de Ouagadougou, les décisions d’Abidjan et les leçons libyennes (Par Babacar Justin Ndiaye)


Rédigé le Lundi 4 Décembre 2017 à 07:50 | Lu 15 commentaire(s)



Le mardi 28 novembre 2017, le Président Emmanuel Macron a prononcé un discours à Ouagadougou, capitale du « Pays des hommes intègres », des étudiants candides et des citoyens coriaces. Des Burkinabés jeunes et candides étaient nombreux dans la Salle de l’Union Africaine ou l’Amphithéâtre Kadhafi (financé sur fonds octroyés par le défunt Guide de la Libye) de l’Université Joseph Ki-Zerbo, du nom d’un historien agrégé et d’un nationaliste intransigeant des premières de la décolonisation. Double ironie de l’Histoire : Kadhafi qui accueille symboliquement Macron, et Ki-Zerbo qui électrise, via la mémoire, l’ambiance. Revanche et vengeance d’outre-tombe. Dehors, des Burkinabés coriaces – nourris à la sève revigorante du sankarisme inoxydable – manifestaient violemment contre cet exercice déséquilibré et surréaliste d’un Président français délivrant un message au fleuron de la jeunesse africaine. Le Président Kaboré ira-t-il, un jour, éclairer par un laïus savantissime, la jeunesse de l’Alsace, rassemblée dans un amphithéâtre de l’Université de Strasbourg ?

La beauté des mots, l’éloquence de l’orateur et la magie du verbe ont été davantage au rendez-vous que la pertinence des idées et/ou la lecture juste des réalités. Evidemment, il ne s’agit pas de vraie carence chez un Président épaulé par une myriade de bons conseillers, mais de calcul précis dans un contexte africain où la France décline une approche calibrée et dévoile une intelligence réajustée des enjeux, sous l’ère Macron. De ce point de vue, le discours et le ping-pong (questions spontanées et réponses instantanées) de Ouagadougou, requièrent un décryptage par un radiomètre à balayage. Pour cela, commençons par égrener le chapelet des phrases-phares du discours et des réponses saillantes du dialogue prétendument ou réellement sans filtres ! Ah, combien les artifices de la communication élyséenne sont fascinants et, parfois, opérants !

Parmi les sujets brassés par le très malin Macron face aux étudiants assez niais du Burkina, figure la levée du « Secret-Défense » et la dé-classification des documents confidentiels pouvant confirmer ou infirmer le rôle de la France, dans l’assassinat de Thomas Sankara. La réponse – amplement favorable – servie par le Président français est manifestement plus séduisante que sérieuse. Après la mort de François Mitterrand et celle de Guy Penne, il devient aisé de déclassifier ce qui pourrait éventuellement accabler ou accuser les acteurs d’hier, aujourd’hui disparus. Dans cet ordre d’idées, le Quai d’Orsay fournira-t-il, sans filtre ni tamis, les notes et les télégrammes des ambassadeurs Paul Blanc et Alain Deschamps qui se sont succédé, à Ouagadougou, pendant cette période mouvementée et anti-française de la Révolution burkinabé ?

Du reste, les munitions n’ont pas manqué pour séduire l’auditoire et l’Afrique. Laissons la parole à Macron : « L’avenir que vous osez inventer est une formule de Sankara à qui je rends hommage ». Hommage de la guillotine qui coupe le cou puis réhabilite la mémoire du supplicié. Ensuite, une belle trouvaille pour amadouer tout un continent : « Je suis d’une génération dont un des plus beaux souvenirs politiques est la victoire de Nelson Mandela sur l’Apartheid ». Enfin, l’arme de la séduction massive est parfaitement utilisée à travers une longue rafale d’éloges, en direction du jeune auditoire, par le plus jeune Président de la Vème République : « Je suis d’une génération de Français pour qui l’Afrique n’est pas un passé encombrant ». Par conséquent : « Je vous parlerai de l’Afrique comme d’un continent fort ». Au demeurant : « La France n’a pas de politique africaine ». Décidément, le verbe est là pour masquer la pensée et…les visées.

Ce discours-là est, à la fois, un chef d’œuvre d’agencement de formules-chocs et une somme de sophismes bien articulés. Pour la petite histoire et la grande précision, le discours de Ouagadougou est écrit par un collectif de plumes élyséennes comprenant Frank Paris (conseiller pour l’Afrique) Marie Audouard (numéro 2 de la cellule africaine) Sylvain Fort (rédacteur principal des discours de Macron) et Philippe Etienne : conseiller diplomatique. Une telle constellation de cerveaux ne produit pas des erreurs. Par contre, elle aligne ingénieusement des leurres. Sur le CFA, l’économiste et banquier togolais Kako Nubukpo a historiquement et techniquement taillé en pièces les arguments de Macron. Inutile d’y revenir. Quant à l’assertion macronienne selon laquelle « La France n’a pas de politique africaine », elle résiste mal à l’examen. En fait, le propos n’est pas nouveau ; il est seulement reformulé. Valéry Giscard d’Estaing avait déjà forgé un fameux slogan : « L’Afrique aux Africains ». Ce qui ne l’empêcha pas de larguer la Légion Etrangère sur Kolwezi, pour sauver Mobutu, en 1978. Aujourd’hui, Emmanuel Macron qui se targue d’être issu d’une génération sans contact avec l’Afrique coloniale, valide la main basse ou le vol de Kidal par la France de Hollande, opéré dans la foulée de l’opération Serval. Bref, un discours chargé d’idées, d’explications et de démonstrations spécieuses et séductrices qu’il serait fastidieux de passer au peigne fin.

Entre le discours de Ouagadougou et les décisions d’Abidjan, les points de jonction sont vite trouvés. Ils ont pour noms : l’immigration, l’esclavage et la Libye administrativement en lambeaux. Autant de sujets qui ont envahi voire submergé la conférence UA-UE. Justement, les leçons libyennes sont-elles correctement tirées ? En tout cas, elles n’ont pas reflété une judicieuse prise en compte des urgences et des périls. Pire, le manque de courage et la myopie volontaire (la politique de l’autruche) ont prévalu chez les chefs d’Etat et de gouvernement africains qui n’ont pas fait le procès de Paris, de Londres et de l’OTAN, c’est-à-dire les vrais fourriers de la tragédie libyenne et de son extension déstabilisatrice dans tout le Sahel, notamment au Mali. Malgré ses délires idéologiques, ses dérives répressives et ses dégâts planétaires (attentat de Lockerbie, destruction du vol d’UTA au-dessus du Ténéré) Kadhafi apparaît rétrospectivement comme un démon…stabilisateur.  Il était le mal, sa chute a produit le pire. La Libye est, aujourd’hui, la matrice de l’enfer, le marché d’esclaves et le trou noir du continent.

Que faire ? A Abidjan, l’Afrique a cafouillé, l’Europe a proposé puis prescrit : une Task Force, une évacuation d’urgence et un Plan Marshall. Foutaises ! On ne soigne pas un cancer avec une aspirine ou une tasse de camomille. Que peut faire une Task Force essentiellement policière, dans un pays de 1 760 000 Km2, (huit fois et demi le Sénégal), en faveur de milliers et de milliers d’immigrants-esclaves éparpillés aux quatre coins du territoire, parmi une multitude de tribus en guerre entre elles ? Même l’évacuation est problématique. Car, il faudra localiser les malheureux immigrants et – si nécessaire –  donner l’assaut pour les arracher des griffes des esclavagistes armés. C’est l’Union Africaine qui doit mandater une Force chargée de faire le boulot. Opération hautement faisable.

En effet, la puissante aviation égyptienne (à l’Est) et la redoutable infanterie du Tchad (au Sud) peuvent entrer en action, appuyées par les hommes du Général Haftar qui sont déjà à Tobrouk et parfois dans des zones voisines de Tripoli. Haftar étant, lui-même, un poulain du Président Al Sissi. Un Général Haftar qui a déjà eu des contacts secrets avec le Président en exercice de l’UA, le Guinéen Alpha Condé, par le biais d’un Libano-mauritanien, Monsieur K… proche de la famille de l’ex- Président Ould Taya. Bref, les plans peuvent être vite établis par des experts militaires et l’action promptement déclenchée, sous forme d’étau ; puisque la Tunisie (à l’Ouest) aura un rôle-clé dans la pérennité d’une logistique à flux forcément tendu, au bénéfice des troupes tchadiennes qui arrivent de loin.

PS : Le Président Macky Sall qui voulait coûte que coûte envoyer des troupes sénégalaises au Yémen, a du pain sur la planche africaine. Une armée qui peut survoler la Libye, et aller combattre à la frontière saoudo-yéménite, est sûrement prête à voler au secours de centaines de Sénégalais, en esclavage sur un territoire en bordure du Niger. J’étais farouchement contre la projection des 2000 soldats sur le théâtre yéménite. A l’opposé des courtisans techniques et autres courtisans spéciaux qui acquiesçaient, appuyaient ou alors se taisaient.  Aujourd’hui, les aléas de la marche du monde prouvent que le processus décisionnel chez un chef d’Etat doit être peaufiné et, surtout, balisé par un faisceau (prospectif) de lumières. En effet, la situation serait très inconfortable et assez kafkaïenne, si des Jambars trouvaient la mort au Yémen, au moment où de nombreux Sénégalais subissent les affres de l’esclavage et last but no least, notre compatriote Mbayang Diop attend la mort dans un couloir… de la mort.

 
 


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