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Moïse Katumbi en RDC : les motivations d'un retour au bercail


Rédigé le Lundi 20 Mai 2019 à 15:38 | Lu 46 commentaire(s)


Avant de se poser, son jet privé en provenance de la Zambie où il a fait escale a accusé du retard. Mais Moïse Katumbi Chapwe a bien foulé le sol de Lubumbashi, situé dans la province du Haut-Katanga, son fief dont il a été le gouverneur. Le couperet des affaires judiciaires le concernant levé, la passation de témoin entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi ayant entraîné un climat politique plus favorable, l’opposant a finalement effectué un retour triomphal après 3 ans d’exil en Belgique. Retour sur les enjeux du retour au bercail de l’homme qui veut peser de tout son poids dans l’échiquier politique.


Moïse Katumbi en RDC : les motivations d'un retour au bercail
Ses proches l'ont accueilli à la sortie de son luxueux Falcon, un jet privé affrété par la société britannique VistaJet. A sa sortie du Salon d'honneur de l'aéroport de Lubumbashi, une foule en liesse a accueilli l'ex-gouverneur du Katanga, Panama blanc assorti à sa chemise et son pantalon. Préparé depuis des semaines, c'est un retour dans l'effervescence pour l'opposant qui aura passé 3 ans loin des terres congolaises.
 

Katumbi, parti sur une civière, revenu en avion de luxe

Parti sur une civière, revenu en avion de luxe , le retour au bercail de Moïse Katumbi  tranche pourtant avec son départ du pays trois ans plutôt jour pour jour. Le 20 mai 2016, sous l'inculpation d'«atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat» et un mandat d'arrêt provisoire dans l'affaire dite des «mercenaires étrangers», l'ancien allié de Joseph Kabila  devenu son opposant un an plus tôt, était évacué à bord d'un avion médicalisé en direction de l'Afrique du Sud. De là il a préféré l'exil en Belgique à la prison dans son pays. Il y passera trois ans pendant lesquels il a rongé son frein.

Entre temps, Moïse Katumbi a plusieurs fois tenté de revenir au bercail, comme cette tentative bloquée d'août 2018, sans succès. Pendant son absence forcée, l'alternance à la tête de l'Etat entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi  a favorisé l'évaporation de ses démêlés judiciaires. En foulant le sol de Lubumbashi, situé dans la province du Haut-Katanga (ex-Katanga) dont il a été le gouverneur de 2007 à 2015, Moïse Katumbi n'a pas décidé de perdre son temps.

Dans le reste de son programme, l'opposant de 54 ans va assister dès ce lundi soir à un meeting que l'on imagine monstre avec la participation des membres de la plateformeLamuka  dont il est le coordonnateur, d'«Ensemble pour le changement » et plusieurs autres figures qui ont rallié sa cause. Il va y prononcer un discours qui sera passé à la loupe. On y prêtera aussi l'oreille pour tenter de décrypter les messages ou annonces dans la suite de sa carrière après ce retour triomphal.

Au delà de l'ambition politique, la gestion de la fortune, l'autre enjeu

Avec son absence du pays, Félix Tshisekedi, Martin Fayulu  entre autres ont occupé l'espace politico-médiatique vacant au point d'étioler sa popularité. Outre le fait de marquer sa présence sur le sol congolais au plus près de sa base, l'enjeu premier du retour de Moïse Katumbi est de (re)bâtir son image d'apporteur du changement. En ligne de mire, la présidentielle de 2023, celle-là même qui devrait remettre en jeu le fauteuil de l'actuel chef de l'Etat, pour laquelle le richissime homme d'affaires, qui a manqué le rendez-vous électoral de 2018, devrait se positionner.

Bien avant son retour, Katumbi a pris le soin de mette de l'eau dans son vin concernant la critique du «deal» entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi. Et pourtant ces soupçons d'une régence du pays par Joseph Kabila via Félix Tshisekedi lui offrent l'occasion de mieux sculpter ce moule. L'objectif politique avoué ou supposé est pour lui de se poser en homme sans compromis, venu pour changer le système qu'il tant décrié.

Avec derrière lui, la coalition Lamuka qui prend des airs de plateforme concurrente au Front commun pour le Congo (FCC) du président sortant, Moïse Katumbi a les moyens de nourrir son rêve. Reste à savoir si toutes ces appétences pour le même fauteuil pourront survivre querelles d'ambitions entre opposants avec le retour annoncé aussi de Jean-Pierre Bemba. L'échiquier politique va sans doute se prêter à des jeux d'alliances et de positionnements. Certains analystes n'excluent pas  un tandem Tshisekedi-Katumbi en vue d'isoler Joseph Kabila.

Autre enjeu moins politique, l'essentiel de la fortune et des investissements, de la pêche aux transports en passant par l'agroalimentaire ou les mines, se trouvent aujourd'hui en RDC. Ces dernières années, la fortune de l'homme d'affaires s'est effritée sous l'effet de son absence mais aussi la vente de la Mining Company of Katanga (MCK) à NecoTrans. Avec son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi a ouvert un ballet incessant d'audiences à des hommes d'affaires congolais issus de la diaspora qui prospectent leur prochaine prise dans des secteurs économiques majeurs. De quoi menacer la place d'un des entrepreneurs les plus riches du pays. Au-delà de l'ambition politique, c'est peut-être l'autre secret de ce retour au bercail.

AfriqueLatribune



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