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Municipales : « Il a un discours et un parcours cohérent », Dhorasoo, un « révolté » à l’assaut de la mairie du 18e


Rédigé le Lundi 2 Décembre 2019 à 14:31 | Lu 91 commentaire(s)


L’ancien joueur du PSG est candidat aux élections munipales dans le 18e arrondissement de Paris


Avec Vikash Dhorasoo, le foot n’est jamais très loin. C’est même le point de départ de son engagement en politique, quand il a fallu aller au charbon pour défendre le petit city-stade du square Burq, dans le quartier des Abbesses, que certains habitants rêvaient de dégager. « Les mômes du quartier n’ont pas d’autres endroits pour faire du sport, ils profitent de ce petit terrain pour jouer gratuitement. Moi qui viens du foot, je sais à quel point c’est primordial pour eux d’avoir ça, ça crée du lien social, ça fait vivre le quartier », nous explique la future tête de liste dans le 18e arrondissement de Paris sur la liste Décidons Paris ! soutenue par La France Insoumise, à la table d’un petit café du 18e où il a ses habitudes.

Mais ça agace « les nouveaux bourgeois du quartier », dixit Dhorasoo. « On s’est retrouvé face à des gens qui nous ont dit que leurs habitudes étaient dérangées, que ça faisait trop de bruit. On nous a même parlé du prix du mètre carré qui allait chuter parce qu’il y avait ce city stade… On a ressenti un vrai mépris de classe, de la discrimination. On s’est battus pour ne pas laisser passer ça et on a gagné », se félicite celui qui se définit lui-même comme « révolté de gauche depuis toujours ». Pour bien comprendre cet ancrage à la gauche de la gauche, il faut prendre la direction du Havre et regarder dans le rétro.



Dans mon HLM

Issu d’une famille d’immigrés (ses parents viennent de l’Ile Maurice, ses grands-parents d’Inde), Dhorasoo grandit dans une tour HLM du quartier populaire de Caucriauville. « Je ne suis pas né de gauche mais mes parents étaient ouvriers, ils étaient syndiqués. Je viens d’un milieu modeste, et tout cela m’a construit bien évidemment », Quand la France entre de plain-pied dans le chômage de masse au début des années 80 – son père n’y échappera pas –, le jeune Dhorasoo fait ce constat : « Tant qu’il y avait du travail, il y avait du lien social et le jour où le chômage est arrivé dans le quartier, tout a été balayé, tout s’est cassé. »

Denis Troch, son entraîneur au Havre lors de la saison 97-98, se souvient d’un garçon « très attaché à ses racines populaires. » « Il est toujours resté en contact direct avec ses copains du quartier, c’est quelqu’un qui fédérait autour de lui et qui a toujours été différent des autres, poursuit-il. De par ses origines déjà, par sa taille aussi, mais surtout par son vocabulaire, très juste, toujours adapté à chaque situation. » Il faut bien dire ce qui est, si Dhorasoo met lui-même un bémol à ce constat, le joueur a toujours détonné dans le monde du foot.

Le rouge dans un monde « de droite »

Baigné pendant plus de dix ans dans un milieu « de droite » car « dirigé par des grands patrons », Dhorasso n’a jamais basculé. Son discours sent en effet plus la Fête de L’Huma que l’université d’été du Medef. « Les footballeurs sont des salariés d’entreprises », rappelle celui-ci qui, fait rare dans le foot, s’est fait licencier du PSG en octobre 2006 à la suite d’un conflit avec son entraîneur Guy Lacombe. « J’ai été rapidement reçu pour un entretien préalable. Seul. Mon délégué syndical avait ce jour-là d’autres choses à faire (…) Quand ma fille revient de l’école et me demande ce que ça veut dire être viré, je sais que je ne serai plus jamais vraiment le même », écrit-il dans son autobiographie Comme ses pieds.

« On peut être des privilégiés, avoir de l’argent, être célèbre, on sert quand même un business qui nous dépasse pour des gens qui font encore plus de thunes. Je me sentirai toujours proche des joueurs, de par ma formation, mes origines modestes, d’ouvriers issus de l’immigration » Au point de défendre leur image et de casser certains fantasmes sur le supposé individualisme des footeux. « Les footballeurs font plein de choses, il ne faut pas l’oublier. Ils donnent à des fondations, des assos, ils créent des académies, ils sont toujours partants pour soutenir telle ou telle cause ».

« Il a toujours été atypique, hors norme, et que ce soit sur les terrains ou au dehors. Il était toujours dans "l’intention de", c’est une qualité énorme chez une personne. L’intention de faire, de dire, de ressentir les choses, d’apprendre. C’était un homme curieux, prêt à bondir, à agir, Il avait cette capacité à être un temps en avance sur tout le monde. » reprend Troch. Homme libre et engagé dans un milieu du foot pourtant de plus en plus individualiste (Dhorasoo était favorable à la taxe à 75 %), il répète sans cesse qu’il n’a pas « oublié d’où [il vient] ». « Je ne suis pas surpris qu’il se lance en politique, conclut Troch. Ça fait déjà dix ans qu’il œuvre auprès d’associations, qu’il s’engage, qu’il donne de sa personne auprès de collectifs et ça, ça a toujours été en lui. »

« Un enfant des allocations familiales »

Fort du succès du city-stade, l’ancien joueur du PSG  décide finalement de sauter le pas pour les prochaines municipales. Il fait alors le tour des popotes de gauche pour nourrir sa réflexion. EELV, Génération. s, FI. Des discussions ont aussi lieu avec l’actuelle maire de Paris en septembre, sans que ça n’aboutisse à un accord. En 2008, pourtant, le Havrais figurait parmi les soutiens de l’ancien maire Bertrand Delanoë ainsi que dans le comité de soutien d’Anne Hidalgo en 2014. Mais les temps ont changé.

Il décide finalement de dire oui au mouvement Décidons Paris ! pour y former un binôme avec Danielle Simonnet. Tout a commencé par un message privé sur Twitter après une joute verbale entre la conseillère de Paris et Eric Naulleau au sujet des « gilets jaunes » dans l’émission « Balance Ton Post ! ». « Vikash m’a félicitée pour cette sortie », confie-t-elle. Puis vient la rencontre sur le terrain. « La plupart des partis que j’ai rencontrés, c’était surtout dans des bureaux, alors que Danielle Simonnet était présente avec nous sur le city stade pour se battre contre sa destruction. Elle est souvent là dans les luttes et ça, ça m’a plu. Et puis c’est vrai que j’ai des idées qui sont proches de celles des Insoumis. »



Le voilà donc estampillé France Insoumise. Enfin, pas tout à fait. « Décidons Paris c’est un truc ouvert, je ne suis pas un Insoumis, je n’ai pas de carte de parti et je n’en aurai jamais, précise-t-il. D’ailleurs plus de la moitié des gens qui sont dans ce collectif ne font pas partie des Insoumis. C’est un appel municipaliste et communaliste ». Disons au moins qu’il partage certaines valeurs avec le parti de Jean-Luc Mélenchon. L’ancien tricolore détaille : « La solidarité, l’altruisme, l’entraide, la croyance dans le rôle essentiel du service public. Dans mon cas personnel, j’ai beau avoir eu du talent et avoir beaucoup travaillé, si je n’ai pas la France, je n’existe pas. Je suis un enfant de la sécurité sociale, des assurances chômage et des allocations familiales. »

Figure locale pour combats locaux

« Il est plus dans une démarche de sport populaire que de sport business. Évidemment il a un compte en banque confortable mais il s’est aussi illustré contre l’ISF. Il a un discours et un parcours cohérent », affirme sa colistière Danielle Simonnet, qui a aussi vu dans la candidature de Dhorasoo un avantage non négligeable : l’empreinte locale. « Il est connu et reconnu dans le 18e, c’est la star du football et du quartier. Il y joue au foot, il y fait ses courses, il boit des coups dans le quartier. C’est une bonne chose car ce sont les habitants qui fabriquent la ville. »

S’il est élu, la première mesure de l’ancien Lyonnais sera dirigée vers les cantines scolaires du 18e arrondissement. « On veut casser le contrat qui vient d’être reconduit par le maire actuel et qui lie les cantines du quartier à la société SOGERES, filiale de SODEXO, prévient Dhorasoo. C’est un vrai combat mené par les gens du quartier depuis longtemps. La nourriture n’est pas préparée sur place, les portions ne sont pas bonnes, tout est sous vide, ça manque de vitamines, il y a trop de sel. C’est dégueulasse quoi. Mes filles sont allées à l’école ici, elles me l’ont dit ».

Le but, « Introduire le circuit court pour faire travailler les agriculteurs de la région. Ce sujet mixe à la fois les questions écologiques et sociales, deux notions indissociables à nos yeux. » Novice en politique, Dhorasoo se dit fin prêt à affronter la campagne et ses coups bas, quitte à « mettre des protège-tibias » s’il le faut. « On fait tout cela pour les gens, conclut-il avant de partir pour un nouveau rendez-vous. Mon message c’est de leur dire "allez-y, faites-le, faisons-le ensemble, c’est pas foutu !". »



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