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PARRAINAGE, C'EST LE MARÉCAGE !


Rédigé le Mardi 4 Septembre 2018 à 10:09 | Lu 197 commentaire(s)


Il ne fait aucun doute que la loi sur le parrainage est insensée et inéquitable - Elle est techniquement difficile à mettre en œuvre


PARRAINAGE, C'EST LE MARÉCAGE !

A l’unisson, les partis de l’opposition et des candidats indépendants sont allés honorer l’invitation du ministre de l’Intérieur, M. Ngouille Ndiaye, pour prendre connaissance des documents dédiés au système  de parrainage citoyen. Le PDS et ses alliés du Front National de Résistance, ont à l’occasion rangé leur radicalité, en acceptant l’autorité du chef du département de l’intérieur qu’ils n’ont eu cesse de rejeter, voire de récuser. Leur participation à l’élection présidentielle du 24 février valait bien ce rétropédalage. Et la précaution oratoire servie pour justifier ce revirement peut faire sourire. 

Ils sont allés chercher la clé USB, comprenant les deux versions du formulaire de remplissage des mains du Directeur Général des Élections, M. Thiéndella Fall et non de celles du ministre himself. Si ce gymnastique verbale, peut rendre l’honneur sauf aux libéraux et affidés, qu’à cela ne tienne. Il reste que la posture versatile des partisans de Karim Wade trouble l’opinion et en premier lieu eux-mêmes. Un petit flash back sur l’actualité peut édifier sur le sinueux discours du PDS et alliés. Dès le lendemain des élections législatives, Me Wade nanti de son bon score et d’une campagne honorable, déclare urbi et orbi que sa coalition ne participerait plus à un scrutin organisé par le pouvoir en place. Joignant l’acte à la parole, ses partisans, ont boycotté toutes les rencontres politiques et autres concertations sur le processus électoral. Qui plus est, prenant référence sur l’élection de 2012, ils ont invariablement exigé la nomination d’un ministre indépendant à la place de l’actuel locataire de la Place de Washington, dans la rue comme à l’assemblée nationale. 

Depuis plusieurs mois, leur vocabulaire n’a donc pas varié. Il est toujours teinté de la même forte dose de nihilisme sur tout ce qu’entreprend la majorité en matière électorale. Le maintien de la candidature de de Karim Wade en dépit des lourdes hypothèques pesant sur sa présence aux joutes du 24 février donnera encore plus de poids à leur intransigeance, exprimée à force de marches et de virulence verbale.

La cristallisation de la position était telle qu’on excluait plus une volonté de boycott de l’élection de la plus forte coalition parlementaire. Avec l’effet que le président Macky Sall ne croisera sur son chemin que des seconds couteaux et autres candidats poids plumes. De quoi de décrédibiliser un scrutin déjà si affecté par de fortes contestations. Dans un contexte de focalisation sur son refus de cautionner ce qu’ils appellent une stratégie de passage en force du Président Sall, le PDS et ses alliés avaient fermé toutes les portes de sortie. 

La convocation du 27 août constituait donc un premier test de la détermination du FNR à ne jamais transiger. Réalisme ou inconstance, le PDS et ses alliés ont finalement franchi les marches du ministère de l’Intérieur, il est vrai, contre toute attente. Personne en réalité ne devrait leur en tenir rigueur de ce virage. L’étape du parrainage est devenue par la force des choses, un passage obligé pour être présent sur la ligne de départ. La coalition FNR ne peut à vrai dire s’y soustraire ! Il faut tout de même regretter que cette souplesse d’esprit n’ait pas prévalu lors des concertations sur le processus électoral. Certes, la majorité détenait en sous main un projet ficelé d’un modèle de parrainage citoyen sur lequel il n’entendait faire la moindre concession. Les non-alignés et la frange de l’opposition moins radicale qui avaient daigné faire le déplacement pour les discussions, en sont sortis, hélas, bredouilles. Leur bonne disposition d’esprit a été ignorée par une majorité boulimique. 

Cependant, même si le scénario favorable à BBY était d’avance écrit, l’absence de l’opposition dite significative a offert un argumentaire à la majorité, pour dénoncer cette politique de la chaise vide. En craignant de servir de faire valoir, pour des discussions quasi bouclées, PDS et les siens ont pris le risque d’apparaître comme des nihilistes et les fossoyeurs du dialogue politique en général et des concertations électorales en particulier.

Il ne fait aucun doute que la loi sur le parrainage est insensée et inéquitable. Elle est techniquement difficile à mettre en œuvre, tant la complexité de son opérationnalisation est source de conflits. Il serait erroné de se gausser du nombre impressionnant de candidats potentiels (81 annoncés) pour justifier l’opportunité de l’application du parrainage. La raison est simple à comprendre : si le parrainage avait pour objectif de limiter les candidats à la candidature, son projet a fait pschiiit… Jamais dans l’histoire du Sénégal post-indépendant, il y a eu autant de prétendants pour une élection présidentielle. Le parrainage ne s’est-il pas mué en appel d’air  pour des aspirants plus téméraires que crédibles ? 

Ou alors qu’elle valeur peut-on accorder à cette embardée de candidats dont le sérieux est soumis à caution. Un soupçon de manipulation de ces candidats encouragés, suscités par une ou des mains noires ne serait incongru. Le pouvoir y aurait intérêt pour justifier à posteriori la pertinence du choix du parrainage citoyen, pour une sélectivité salutaire politiquement et financièrement. Une certaine opposition rompue aux techniques manipulatoires y trouverait son bonheur, juste pour fustiger la méthode et embrouiller les cartes d’une élection grosses d’incertitudes. 

Les mécanismes du parrainage  sont loin d’être simples à comprendre et à forte raison, à mettre en œuvre. On est presque en présence d’un marécage  qu’il faudra parcourir  avec angoisse et soucis, sans qu’à l’arrivée, on puisse espérer une issue apaisée. L’opposition maintient haut la barre en continuant de réclamer le départ du Ministre de l’Intérieur. Elle doit enfin comprendre que cette décision relève de la seule compétence du Président Sall et de son pouvoir régalien. L’exiger n’y changerait rien, d’autant que dans les grandes démocraties, c’est le ministre de l’intérieur qui supervise l’organisation des élections par une administration professionnelle et responsable. A force, de se radicaliser sur cette posture irréaliste, elle risque de se mettre devant une alternative : accepter une l’autorité du ministre actuel ou boycotter les élections. Et puisque la seconde hypothèse semble exclue, s’accrocher à la première c’est prendre le risque de devoir se dédire. 

L’opposition doit, devant une majorité peu poreuse aux concessions, apprendre à savoir où mettre le curseur de ses revendications. Ou alors, faire l’option de ne plus être partie à ce qu’elle considère comme une « farce électorale.» En tout état de cause, elle ne peut continuer de rétro-pédaler parce qu’elle n’arrive à dégager une position  unitaire sur des questions cruciales.

dndiaye@seneplus.com



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