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Popenguine, les symptômes de la Pentecôte sans pèlerinage marial


Rédigé le Dimanche 31 Mai 2020 à 12:28 | Lu 1805 commentaire(s)



Popenguine, les symptômes de la Pentecôte sans pèlerinage marial

Le pèlerinage marial ne sera pas célébré avec la ferveur habituelle cette année. Un fait qui plonge les ménages de Popenguine dans la plus grande désolation.
Assise sur une natte de prière, Astou Thiandoum, 67 ans, noie son spleen dans les perles de son chapelet qu’elle ne cesse d’égrener. «Cette Pentecôte sera bien fade sans le traditionnel pèlerinage marial», embraie-t-elle, laissant son regard traîner sur les murs tapissés de photos d’El Hadji Malick et Serigne Babacar Sy. Mémoire vivante de la famille de son défunt oncle, le Cardinal Hyacinthe Thiandoum. Un lien de sang qui s’explique par le fait que dans cette grande concession, les ménages sont partagés entre l’Islam et le Christianisme.
Astou : «Mon père Soulèye Thiandoum qui s’est converti à l’Islam et le défunt Cardinal Thiandoum ont le même père et la même mère. On n’est une même famille dans ce village. C’est ainsi pratiquement dans toutes les maisons à Popenguine qui sont composées de familles mixtes.» Raison pour laquelle, lors du traditionnel pèlerinage marial à Popenguine, sa maison ne désemplissait pas. Mais cette année, pandémie de Covid-19 oblige, le pèlerinage a été annulé. Conséquence ? La maison d’Astou ne fera pas foule cette année et elle s’en désole : «C’est dommage parce que tout le monde recevait des visiteurs. Il y avait tellement de monde à la maison qu’on laissait nos chambres aux invités. Les hôtes prenaient en charge tous les repas. Quand ils venaient, ils apportaient tout et cuisinaient pour tout le monde. C’était la noce durant tout un week-end.» Elle note que la Pentecôte était une bonne occasion pour la communauté et les villages environnants de faire des profits.

 
«La commune était bien nettoyée pour accueillir les fidèles. Et on avait l’avantage de voir nos fosses septiques vidées par les camions de vidange. On n’a pas toujours ces occasions, parce que les temps sont extrêmement durs. Le contexte économique est éprouvant», souffle-t-elle. Trouvé dans la cour de la maison des Thiandoum, jouxtant la mosquée «Pinth», Assane Thiandoum, menuisier-ébéniste, la quarantaine, se dit oisif et abattu depuis la déclaration de l’état d’urgence. Le pèlerinage était toujours l’occasion rêvée pour lui de gagner de l’argent, surtout que ses activités ne marchent pas bien en raison des rares commandes. Il a une maison qu’il louait à 200 000 FCfa à des pèlerins-marcheurs à chaque pèlerinage marial. «J’avais déjà fait des prévisions cette année, parce que je voulais carreler le salon. Quand on me payait cet argent, je faisais quelques travaux dans la maison. C’est une période assez difficile pour moi. Je suis menuisier-ébéniste. Et toutes mes activités sont plombées par la pandémie», signale-t-il. Assane Thiamdoum avait aussi la possibilité, comme beaucoup de jeunes du village, de travailler pour le compte de la Senelec ou de la Société nationale des eaux du Sénégal (Sones, remplacée par Sen Eau).
«Quelques semaines avant le pèlerinage, on travaillait pour la Senelec en creusant le sol pour implanter des lampadaires publics. On gagnait au moins 3 500 FCfa par trou creusé. Dans la localité, les jeunes se tournent les pouces. C’était une aubaine pour eux», confie-t-il. Très éprouvé par son existence précaire, le jeune garçon tient à peine dans son pantalon. A quelques 20 mètres de la maison familiale du défunt Cardinal, Jérôme Ciss, la barbe poivre-sel, n’est pas mieux loti. Mais lui regrette surtout de ne pouvoir prier en groupe. «C’est un moment de communion et de vie spirituelle intense. Ce sont des moments forts qui nous rapprochent du Seigneur», indique-t-il.

Un manque à gagner énorme

Popenguine affiche une mine grise. Dans la localité, toutes les activités sont en berne. Et la population cherche chaque jour qui passe la queue du diable pour la tirer.  Mbissine Seck, 63 ans, est domiciliée au village de Ndayane. Pour la sexagénaire, l’annulation du pèlerinage a porté un sacré coup aux ménages. Elle souffle : «Le pèlerinage est notre seule période de traite dans la localité. A cette heure, j’avais ma table bien achalandée de produits de mer que je vendais. Je gagnais beaucoup d’argent, ce qui me permettait d’avoir des ressources pour bien vivre pendant un moment.

Les populations de la localité sont démunies. Pis, la Covid-19 nous a appauvris. Et si cela continue, il va achever tous les ménages. Je suis veuve, mère de plusieurs enfants, sans ressource et sans assistance. Ce matin, je n’ai pas pu donner le petit-déjeuner à mes enfants.» Assise à côté d’elle, Mariama Faye n’en mène pas large. Tenancière d’une gargote, elle gagnait jusqu’à 50 000 FCfa pour le petit-déjeuner. Aujourd’hui, elle éprouve beaucoup de peine à rentrer avec 500 FCfa. Sa complainte est partagée par Berthe Sène qui peine à écouler ses porcs, bien engraissés pour la Pentecôte.


 
Si les entreprises personnelles affichent une morosité économique, les commerces, eux, tournent de l’œil. Croix sur la poitrine, Alain qui tient une alimentation générale de vente de boissons alcoolisées, note qu’il faisait de grands bénéfices. «C’est un manque à gagner énorme parce que, pendant trois jours, je vendais beaucoup de boissons. Mais actuellement, je souffre comme tout le monde», renseigne-t-il.

Des ménages dépensaient jusqu’à 1 million de FCfa

Si Alain dit souffrir de cette situation, d’autres ménages vont, par contre, souffler lors de cette 132e édition du pèlerinage marial. Car l’accueil de pèlerins n’est pas de tout repos. Kébério Coly, membre du comité local de l’Organisation du pèlerinage, explique : «Certains ménages ont poussé un ouf de soulagement. On dépensait beaucoup d’argent pour accueillir les pèlerins. Personnellement, je dépensais 500 à 700 000 FCfa pour faire manger convenablement mes hôtes. Cette année, je n’ai pas à dépenser ces montants. Les ménages qui recevaient étaient très fatigués. Les charges financières sont, à la limite, insupportables. L’électricité et l’eau que l’Etat nous fournit sont presque insignifiantes par rapport à ce qu’on dépense», souligne-t-il. Il révèle que chaque ménage reçoit juste un sac de riz.

«Qu’est-ce que cela peut régler pour un père de famille qui reçoit plus de 500 personnes chez lui ? J’ai même dit à ma famille qu’on a fait des bénéfices cette année», dira-t-il. Les membres de sa famille se cotisaient pour faire face aux charges du pèlerinage. «Abbé Armand Ndiaye (Chargé de la communication du Diocèse de Thiès) a vécu cela avec moi. Avant qu’il ne soit Prêtre, il séjournait à la maison lors du pèlerinage. Il me demandait souvent comme on faisait pour gérer tous ces pèlerins. Je lui disais souvent que c’est la Providence. Chacun donne en fonction de ses possibilités. Il y a aussi les pèlerins fidèles qui viennent à la maison depuis plus d’une décennie. A l’occasion, ils envoient des sacs de riz, de l’huile, de l’argent pour nous aider à gérer les jeunes comme ils en avaient profité à leur époque», conclut-il.

Pour le pèlerinage marial de cette année, Abbé Armand Ndiaye, chargé de communication du Diocèse de Thiès, signale que le message de l’Evêque va tourner autour de Marie, un modèle pour les Chrétiens. «L’Evêque appelle les fidèles à regarder vers Marie en empruntant son exemple. Marie, une femme humble qui écoute et prête attention à ce que Dieu lui dit.»

Il a regretté le fait qu’on parle beaucoup plus qu’on agit au Sénégal. Il a appelé à la retenue et conseillé les uns et les autres de dire des choses constructives.  L’Abbé Armand Ndiaye a recommandé aux fidèles de respecter les directives sanitaires dans le cadre de la lutte contre la propagation du Covid-19. «Même si tout le monde n’est pas là, Marie nous rejoint pour vivre avec nous», renseigne-t-il. Il a noté que le Clergé est conscient du manque à gagner subi par les populations qui entretenaient beaucoup de commerces. «C’était un moment de forte activité pour les populations. Elles sont très désolées», dit-il.

OUSSEYNOU MASSERIGNE GUEYE



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