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Portrait I Malang Diédhiou, le Graal arbitral


Rédigé le Jeudi 30 Juillet 2020 à 13:45 | Lu 380 commentaire(s)



Portrait I Malang Diédhiou, le Graal arbitral
Arbitre international, membre de la Commission des arbitres de la Caf et instructeur de la Fifa, Malang Diédhiou peut faire valoir un Cv long comme le bras dans la corporation. Celui qui, au début, ne visait que les Navétanes, a atteint le Graal arbitral. Considéré aujourd’hui comme l’un des meilleurs arbitres du continent, Malang continue d’œuvrer pour faire flotter haut le drapeau de l’arbitrage sénégalais.
 

Lundi 2 juillet 2018, le Rostov Arena de Russie accueille un match de huitième de finale de Coupe du monde. Le Sénégal, éliminé dès le premier tour, n’est pas en lice. Mais cette rencontre qui oppose la Belgique au Japon est dirigée par un… Sénégalais : Malang Diédhiou. Du haut de son 1,91m, il dirige de main de maître la partie remportée par les Diables rouges (3-2). Un match correct, au cours duquel Malang, irréprochable, n’a sorti qu’un carton jaune contre le milieu de terrain japonais, Gaku Shibasaki. La rumeur lui donnait, après cette performance, le sifflet pour la finale, mais Malang n’aura pas la même baraka que le Marocain, Saïd Belqola, devenu le premier arbitre africain à diriger une finale de Coupe du monde en 1998 (France-Brésil 3-0). Pour la der dans ce mondial russe, Diédhiou qui a dirigé deux matches au premier tour (Serbie-Costa Rica et Uruguay-Russie) en tant qu’arbitre principal, a été désigné quatrième officiel aux côtés de l’Iranien Alireza Faghani lors de la petite finale opposant la Belgique à l’Angleterre, au stade Krestovski de Saint-Pétersbourg. Ce fut d’ailleurs le dernier de sa carrière internationale.

Lors de ce grand rendez-vous du football mondial, Malang Diédhiou, devenu après Youssou Ndiaye (1974 et 1978) et Falla Ndoye (2002), le troisième sifflet sénégalais à officier dans une Coupe du monde, a porté haut les couleurs de l’arbitrage africain. Sa performance a été unanimement saluée tout au long de la compétition.

ASCENSION D’UN « CRACK »

Et pourtant, rien ne prédestinait ce natif de Badiana, dans le Bignona, à devenir arbitre. Malang qui est entré dans la corporation par « accident » y a cru. « J’ai commencé officiellement l’arbitrage en 1994 en tant qu’élève-arbitre à la sous-Cra de Bignona. Mais c’est en dépannant, en 1993, lors d’une séance d’entrainement de l’Asc de mon village, que j’ai pris goût à l’arbitrage et me suis inscrit », renseigne-t-il. Du chemin, Malang, considéré comme un « crack » par ses collègues arbitres, en a bien parcouru. Né en 1973, il obtient en 1995 son baccalauréat au lycée Ahoune Sané de Bignona. Orienté à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Ucad, il décroche en 1999 une Maîtrise en option judiciaire. Débordant d’ambition, Malang réussit à l’examen d’aptitude à la fonction d’avocat. En 2002, alors qu’il avait démarré son stage au barreau, il réussit au concours d’entrée à l’École nationale d’administration (Ena). Il choisit l’option Douane sur les conseils de ses camarades de promotion qui l’y avaient précédé et de son maître de stage. « La Douane, c’est aussi du droit. Ce n’était donc pas difficile de choisir de servir mon pays à travers cette administration », justifie l’officier des Douanes.

Tout au long de sa carrière, sa tutelle lui a offert la possibilité de vivre sa passion. Parce que la Douane et le sport, c’est une vieille histoire, comme il le fait remarquer.

« L’Administration des douanes porte un intérêt particulier au sport. Nous travaillons sur plusieurs disciplines, notamment le football, le basket, les arts martiaux, entre autres. Donc, si quelqu’un émerge au sein de la Douane en tant qu’abrite international, ce n’est pas surprenant », relève Malang Diédhiou qui magnifie les résultats de la politique sportive de l’administration des Douanes.  D’ailleurs, précise-t-il, la Douane s’est dotée d’un service dédié, le Bureau des affaires socio-culturelles et sportives (Basc), pour accompagner ses agents et les aider à exceller dans leur passion, à développer leurs performances individuelles.

DIGNE SUCCESSEUR DE BADARA DIATTA

Des arbitres de renom, le Sénégal en a connus. Badara Diatta fait partie du lot et a si bien joué sa partition qu’à sa retraite, le scepticisme avait gagné ses assistants, Djibril Camara et El Hadj Malick Samba. «Nous avions intégré l’élite de la Fifa ; il fallait donc nous trouver un arbitre qui serait à la hauteur de nos attentes. A notre grande surprise, Malang est arrivé et a relevé le défi. Il nous a surpris parce qu’il maîtrisait tellement les lois du jeu et les interprétait à bon escient », témoigne Djibril Camara. Et quand le directeur de l’Arbitrage de la Fifa l’a vu, poursuit-il, « il a dit que c’est le profil qu’il cherchait parce que Malang était doté d’une intelligence extraordinaire, surtout par rapport à la loi 12 qui concerne les fautes et incorrections qu’il savait bien interpréter sur l’aire du jeu… »

Difficile aujourd’hui de parler de l’arbitrage africain sans citer Malang Diédhiou, relève El Hadj Malick Samba. « Il a très vite pris ses marques et en six mois, il est devenu un arbitre de renommée mondiale. Il a tapé dans l’œil des grands spécialistes de l’arbitrage de la Fifa, sur le plan de sa prestation, de son professionnalisme, l’amour du métier », assure-t-il. Assistants de Malang Diédhiou lors du mondial russe, Camara et Samba qui ont cheminé avec lui pendant de longues années magnifient son humanisme. Sa générosité aussi. « Il a toujours été un passionné. Il n’est pas venu pour vivre de l’arbitrage, mais pour faire vivre l’arbitrage. Malang est un vrai combattant », précise Djibril Camara. « Il mettait ses propres moyens et n’attendait pas que la Fédération, la Caf ou la Fifa nous dote de matériel. Il a acheté sur fonds propres le kit de communication à 3 millions de FCfa, et tout ce qui pouvait rendre notre trio performant, il n’hésitait pas à le faire. Avec lui, la relève est très bien assurée », tranche-t-il.

LE COUP DE POUCE DE MAMAYA SÈNE

Un passionné ! Ceux qui connaissent Malang Diédhiou reconnaissent que l’arbitrage fait partie intégrante de sa vie. « J’ai consacré plus de la moitié de mon âge à l’arbitrage », avoue-t-il avec fierté. Et s’il est arrivé à ce niveau, Malang le doit, comme il le clame tout haut, à la générosité de ses prédécesseurs. Et Badara Mamaya Sène est de ceux-là. « Il a été celui qui m’a mis sur la liste des internationaux alors que je n’étais même pas fédéral (la Fifa venait d’autoriser des internationaux non fédéraux). Il a suivi ma carrière au niveau international jusqu’à ce qu’il quitte les instances en 2017 », indique Malang reconnaissant. « J’ai été, par la force des choses, proche de Mamaya. J’ai eu à participer à des séminaires ou des tournois où il était présent en tant que dirigeant de l’arbitrage africain et nous échangions sur beaucoup de sujets concernant l’arbitrage. Sa disparition est une grande perte. Je prie pour le repos de son âme », lâche-t-il.

Maguette Ndiaye, président des internationaux, confirme l’apport de Mamaya sur la carrière de Malang. « Tout ce qu’il avait comme expérience, il l’a inculqué à Malang. Aujourd’hui, il se doit de rendre la monnaie et il n’attend même pas à ce qu’on le lui demande », affirme-t-il.

NUMÉRO UN SÉNÉGALAIS PENDANT 4 ANS

Le niveau professionnel atteint en 2008, soit quinze ans après ses débuts dans l’arbitrage, Malang Diédhiou a ensuite gravi un à un les échelons pour arriver au sommet. Une véritable consécration pour celui qui ne visait au départ que les Navétanes. « Après les Navétanes, j’ai rêvé d’officier dans le championnat national. Et quand je suis devenu international, je souhaitais prendre part à une Can, mais il y avait un énorme embouteillage devant », rappelle-t-il. Parmi les six internationaux sénégalais qui se dressaient devant lui figurait Badara Diatta. Mais Malang a cru en son étoile. « La plume ayant tracé mon destin a fait que j’ai fini par devenir, au bout de quelques années, le numéro un sénégalais, et cela pendant 4 ans », relève-t-il avec joie. Et quand il a intégré l’élite de la Caf en 2013, après 5 ans passés sur la liste des internationaux, il a su qu’il tenait le bon bout dans l’arbitrage.

Durant son parcours, Malang a cumulé les grands rendez-vous : Can 2015 et 2017, Chan 2014, 2016 et 2018, Coupe du monde U 17 et Can U 23 en 2015, Jeux olympiques Rio 2016 et Coupe du monde des clubs Fifa 2017, Ligue africaine des Champions. Au total, il comptabilise plus de 70 matches, toutes compétitions confondues. Malang Diédhiou a cru en son étoile. Il n’y a le moindre doute, selon Mamadou Lamine Kébé, président de la Commission régionale des arbitres de Dakar. « Nous avons assisté à sa progression dans la corporation. Ça ne nous étonne guère, nous qui l’avons côtoyé depuis son bas âge, de le voir arriver à ce niveau. Nous pensons que, compte tenu de son âge, il pourrait progresser dans les instances internationales », avance-t-il.

Et aujourd’hui, l’enfant de Badiana se dit fier d’avoir écrit sa page dans l’arbitrage. « J’ai fait toutes les compétitions de la Fifa et toutes les grandes compétitions de la Caf avec des finales comme arbitre. À chaque fois, les prestations de mon trio ont été saluées », se réjouit Malang qui ne regrette guère son choix. Au contraire. Et sur la liste des plus beaux moments de sa carrière figurent le jour de la réception de son premier badge d’arbitre international, son premier match au Niger le 13 avril 2008 sous 45 degrés, sa première sélection à la Can, son premier match dans un tournoi Fifa lors duquel il a sifflé un pénalty après 44 secondes de jeu, sa présence à la finale des Jeux olympiques de Rio et aussi la Coupe du monde Russie 2018.

PRÉSIDENCE DE LA CCA

Beaucoup d’arbitres le voient aujourd’hui endosser le costume de président de la Commission centrale des arbitres (Cca). Pour Maguette Ndiaye, Malang Diédhiou est l’homme qu’il faut. « Tous les arbitres peuvent témoigner de l’implication de Malang Diédhiou dans le développement de l’arbitrage. C’est un homme sérieux, digne, sociable, qui investit beaucoup dans l’arbitrage », dit-il. C’est pourquoi, assure-t-il, « quand il a déclaré sa candidature, nous l’avons accueillie avec beaucoup de fierté ». Pour Maguette Ndiaye, l’arbitrage sénégalais a besoin de son expérience. Un avis que partage aussi El Hadj Malick Samba. « C’est un expert au niveau de la Caf et est très écouté au niveau de la Fifa. Toutes choses qui font que le niveau national devrait bénéficier de son expertise. C’est pourquoi en tant qu’anciens internationaux, nous avons jugé nécessaire de le porter à la tête de la Cca », affirme-t-il.

Retraité du sifflet à 45 ans pour laisser la place aux jeunes, Malang Diédhiou continue de servir l’arbitrage. Et la présidence de la Cca, il n’en fait point une obsession. « J’ai déjà des responsabilités dans l’arbitrage plus importantes que la Cca puisque je suis membre du collège des experts techniques d’arbitrage de la Caf (ex-Commission des arbitres) et responsable du développement de l’arbitrage dans 9 pays de notre zone », fait-il savoir.

Il estime cependant que le dernier mot revient aux arbitres. « Quoi qu’il arrive, je continuerai à servir l’arbitrage sénégalais à travers les positions que j’occupe », assure-t-il.

Malang ne fait certes pas de la Cca une fixation, mais beaucoup de ses pairs pensent qu’il est l’homme de la situation vu sa trajectoire. Ce qui serait, selon eux, un vrai aboutissement.



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