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QUAND DES FEMMES SONT ENCEINTES SANS LE SAVOIR


Rédigé le Mercredi 25 Novembre 2020 à 15:56 | Lu 117 fois | 0 commentaire(s)


Le «déni de grossesse» est une pathologie beaucoup plus fréquente qu’on ne le pense généralement. C’est une affection qui est encore largement ignorée du grand public


QUAND DES FEMMES SONT ENCEINTES SANS LE SAVOIR

Le «déni de grossesse» est une pathologie beaucoup plus fréquente qu’on ne le pense généralement. C’est une affection qui est encore largement ignorée du grand public. Le déni de grossesse se définit comme le fait pour une femme enceinte de ne pas avoir conscience de l’être. On parle de “déni partiel” si celui-ci prend fin avant le terme de la grossesse, et de “déni total” s’il se poursuit jusqu’à l’accouchement. Les conséquences sur l’enfant à naître diffèrent dans les deux cas. Lorsqu’il s’agit de déni partiel, la conscience de la grossesse apparaît avant l’accouchement et ce dernier a alors lieu dans des conditions normales. Par contre, dans les cas de déni total, les plus graves, l’accouchement qui est totalement inopiné a lieu dans les circonstances les plus diverses et peut conduire au décès du bébé. Sur le plan médical, dans les deux cas, les femmes ont besoin d’une prise en charge médico psychologique appropriée qui fait souvent défaut.

Aussi incroyable que cela puisse être, il est bel et bien possible d’être enceinte sans le savoir. Pis, le découvrir même après l’accouchement. Certains se croiraient même dans un film bollywoodien, en écoutant une femme dire qu’elle a découvert sa grossesse 1h avant son accouchement. Quoi qu’il en soit, le déni de grossesse encore appelé la négation de la grossesse est un mécanisme psychologique, un comportement inconscient de négation du fait d’être enceinte, que présentent certaines femmes par méconnaissance de leur grossesse. Ce qui pousse certains spécialistes à affirmer que le déni est un trouble psychiatrique. Et à ce titre, il occupe la quatrième place dans le classement mondial des troubles psychiatriques. Cependant, il faut faire la différence entre une grossesse cachée, situation dans laquelle la femme choisit délibérément de dissimuler son état à son entourage, tout en ayant bien conscience d’être enceinte.

Le déni de grossesse touche entre 800 et 2000 femmes par an dans monde. Il désigne le fait d’être enceinte sans en avoir conscience. Et pour cause, le corps ne présente aucun des signes habituels de la grossesse. Il n’y a pas de ventre, pratiquement pas de prise de poids, ni de masque de grossesse. Pis, les mouvements fœtaux ne sont pas ressentis ou sont confondus à des troubles digestifs. En l’absence de tous ces signes, combinés à la présence des règles, il arrive même que l’entourage ignore aussi la grossesse.

Dans ce cas précis, on parle de «contagion» du déni de grossesse qui touche près de 50% des conjoints. A partir de ce moment, apprendre qu’on est enceinte peut être un choc psychologique pour la femme. Celle-ci a donc besoin de soutien, d’accompagnement sur tous les plans. Hélas ! Ceci n’est pas souvent le cas chez certaines d’entre elles. Au Sénégal par exemple, entre désespoirs, peurs, angoisses et stigmatisation, certaines femmes qui ont vécu un déni de grossesse sont souvent accusées d’adultère ou bannies de leur entourage. Rama est l’une d’elles. Pour cette jeune dame, la trentaine, trouvée à son domicile en train de préparer le repas de midi, la nature n’a pas été clémente. «J’ai perdu l’homme que j’aimais, le père de mon fils, à cause du déni de grossesse», lance-t-elle à l’évocation du mot déni.

Venue de sa Linguère natale en 2009 pour rejoindre le domicile conjugal dans un quartier de la banlieue dakaroise, Rama a abandonné ses études à cause de l’amour qu’elle éprouvait pour son mari. D’ailleurs, elle projetait de rejoindre son mari en Espagne. Pour le couple Faye, le bonheur fut au rendez-vous. «Mon mari est venu au pays un mois après. On était au mois d’avril», lance-telle dans un beau sourire qui laisse apparaître ses dents blanches. Difficile de ne pas tomber sous le charme de cette belle dame au teint caramel qui scintille sous ce soleil ardent du mois d’octobre. L’on ne peut s’empêcher d’admirer sa texture.

Du haut de son 1m80, cette nymphe ne passe pas inaperçue. Les yeux brillants, ce qui témoigne de son enthousiasme de l’époque, elle se souvient : «On est allé sur la Petite Côte pour notre lune de miel», raconte-telle. De retour de cette croisière en amoureux, le couple continuait tranquillement de s’aimer et de se chérir comme ils se l’étaient promis. Omar le mari faisait des va-et-vient entre le Sénégal et l’Espagne comme tous les «Modou-Modou».

Pendant ce temps, Rama vivait en parfaite harmonie avec sa belle-famille. «Je n’ai pas eu de problème d’intégration. Ma belle-mère m’aimait beaucoup et me soutenait également», dit-elle avant d’’ajouter : «Mon mari venait au pays tous les trois mois, parce qu’il voulait qu’on ait un enfant.» Mais Rama et Omar étaient loin d’imaginer que cette grossesse tant désirée allait être la cause de leur séparation. «Toute ma vie a basculé en janvier 2011, quand Omar est revenu au Sénégal après avoir passé 6 mois en Espagne parce que les affaires ne marchaient plus comme avant», raconte la jeune dame la gorge serrée. Elle soutient que son mari qui avait effectué un premier voyage de trois mois est rentré alors qu’elle avait contracté une grossesse sans le savoir. «A chaque fois qu’il m’appelait au téléphone, je lui disais que j’avais mes règles». Ce qui rendait l’époux triste tellement son désir d’être père était immense. Aussi, prévoyait-il de conduire sa femme chez un spécialiste pour des bilans dès son retour au Sénégal.

 «J’AI DECOUVERT QUE J’ETAIS ENCEINTE 1H AVANT MON ACCOUCHEMENT»

 Six mois plus tard,Omar appelle sa femme pour lui dire qu’il est à l’aéroport de Madrid sur le point d’embarquer pour le pays de la Teranga.Joyeuse, la dame s’empresse de le raconter à la famille. Et en un temps record, tout est fin prêt pour accueillir «notre hôte», souligne-t-elle. Pour Rama qui avait ses règles ce jour-là, elle ne pouvait pas réaliser qu’un fœtus était en train de se développer dans son ventre. «C’est aux environs de 3h du matin que j’ai eu des douleurs atroces au niveau du ventre et du bas-ventre. Mon mari pensait que j’avais mal digéré les fruits de mer». Les douleurs se rapprochent et deviennent de plus en plus intenses. «C’est alors que sur ordre de mon beau-père, Omar m’a conduite à l’hôpital», raconte notre interlocutrice qui ne peut plus contenir sa tristesse. «Vous êtes sur le point d’accoucher ! s’est écriée la femme qui m’a consultée. Je croyais rêver», se rappelle la jeune dame en pleurs. C’est ainsi qu’elle a été conduite en salle d’accouchement où elle a donné naissance 1h après à un magnifique garçon qu’elle a aimé et accepté dès son premier regard sur lui. Hélas ! Ce ne fut pas le cas pour Omar Faye qui a renié son fils en l’accusant d’adultère. Ce, en dépit des nombreuses explications que le gynécologue lui a données à propos du déni de grossesse. Le couple a fini par divorcer. «Aujourd’hui, je vis seule avec mon fils qui a 9 ans et j’ai peur de me remarier un jour et de revivre une seconde humiliation», lance-t-elle.

«MON VENTRE EST SORTI DANS LA SEMAINE OU J’AI APPRIS QUE J’ETAIS ENCEINTE, C’ETAIT INCROYABLE»

Contrairement à Rama, Tacko a vécu un déni partiel de grossesse. Autrement dit, elle a découvert qu’elle était enceinte à sa 26ème semaine de grossesse. Rencontrée à son lieu de travail, cette cadre de 28 ans n’avait jamais entendu parler du mot déni de grossesse. C’est avec ironie qu’elle raconte son histoire. «Juste après mon mariage, j’ai contracté une grossesse sans en avoir conscience». C’est que pour la jeune dame, l’arrivée d’un enfant n’était pas encore prévue. «D’autant que mon mari avait promis à mes parents de me laisser terminer mes études en pharmacie». Par conséquent, elle était sous contraception. Dès lors, elle ne pensait pas contracter une grossesse. Elle menait tranquillement sa vie tout en continuant son stage. «Un jour, j’ai eu des maux de dos accompagnés de douleurs vives au ventre», narre Tacko. «A mon arrivée à la clinique où m’avait conduite mon mari, le médecin trouvé sur place m’a demandé de faire une série d’analyses, dont un bilan sanguin», poursuit-elle. Après 3 heures d’observation, les époux Bâ quittentla clinique pour se rendre chez eux. Mais la femme reste tout de même anxieuse, parce qu’elle ressent de petits picotements dans le bas-ventre. Le lendemain, son mari Boris reçoit un coup de fil du docteur qui lui demande d’amener Tacko le plus tôt possible pour qu’il l’ausculte. Le toubib lui demande la date de ses dernières règles qui, selon elle, remonte à dix jours. Alors qu’elle est intriguée par l’interrogatoire du médecin, ce dernier lui annonce l’heureux évènement.

A l’annonce de la nouvelle, elle éclate de rire parce qu’elle croyait à une plaisanterie. «Pour moi, le médecin s’était trompé de diagnostic. Donc, il a fallu des heures d’explications pour que le médecin me fasse comprendre que je venais de vivre un déni de grossesse, et de l’accepter», raconte Tacko qui n’en était pas à sa seule surprise. Puisque, dit-elle, son ventre est sorti dans la même semaine. «C’était juste incroyable», souffle-t-elle. Aujourd’hui, ses jumeaux sont âgés de 3 ans et ne souffrent d’aucune séquelle. Dans son cas, Tacko a eu la chance de bénéficier de l’accompagnement de son mari durant toute sa grossesse. Mais combien sont-elles ces femmes qui, comme Rama, sont stigmatisées, pointées du doigt et mises au ban de la société, juste parce qu’elles ont eu la chance, ou du moins la malchance de vivre un déni de grossesse?

 

L'As




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