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Qu’est-ce que le Sénégal a-t-il de plus que la Chine pour vaincre le coronavirus ?


Rédigé le Mardi 11 Février 2020 à 10:29 | Lu 757 commentaire(s)



Qu’est-ce que le Sénégal a-t-il de plus que la Chine pour vaincre le coronavirus ?

A-t-on idée que le Sénégal est le seul au pays au monde où la polémique fait rage quant à l’attitude vis-à-vis de l’épidémie du coronavirus nouvellement apparue en Chine ? Cette épidémie n’a pas pris sa source chez nous, n’est pas encore entrée sur le sol sénégalais et jusqu’à présent, on ne dénombre aucun Sénégalais parmi ses victimes. Pourtant, les passions se déchaînent, la polémique enfle, et on n’en a que pour le coronavirus sur les réseaux sociaux, les radios, les télés et autres médias traditionnels, ainsi que dans les discussions dans les chaumières. Le Sénégal est cependant l’un des premiers pays à avoir mis en place un dispositif d’alerte et de veille pour faire face à l’arrivée du coronavirus dans ses frontières. L’expérience acquise avec la prise en charge de l’épidémie du virus Ebola, qui avait durement frappé la région d’Afrique de l’Ouest en 2014-2015, aura bien servi. Le Sénégal avait pris les bonnes mesures pour endiguer l’entrée du virus dans son territoire. Pour faire face à la menace coronavirus, les autorités sénégalaises se sont attelées à prendre des mesures préventives. Le gouvernement est attaqué de toutes parts, non pas pour une quelconque négligence coupable dans son dispositif d’alerte et de prévention, mais paradoxalement, pour n’avoir pas pris le risque de faire entrer le virus au Sénégal. Les détracteurs du Président Macky Sall et de son gouvernement considèrent que c’est une faute de ne pas rapatrier des citoyens sénégalais pris au piège en Chine par l’épidémie. La classe politique, dont certains leaders ont la démagogie et le populisme de mauvais alois comme credo, s’est emparée du débat et on voit un homme politique y aller jusqu’à donner un ultimatum au gouvernement pour rapatrier un groupe d’étudiants sénégalais vivant dans la ville chinoise de Wuhan, épicentre de l’épidémie. Est-ce que «la raison et le bon sens, le jugement et le discernement sont des termes qui signifient encore quelque chose», aux yeux des farouches opposants de Macky Sall ?

«Rien ne vaut une vie»
L’émotion gagne la population avec les chaudes larmes versées par des parents de ces étudiants. La situation est humainement difficile pour ces familles. On ne peut que compatir avec ces familles dont les fils et filles sont dans une situation d’angoisse, d’incertitude et même de péril. Il reste qu’on devrait se demander si la précaution, la prudence et le sens des responsabilités ne devraient pas pousser un gouvernement à éviter de braver les risques d’importation de la maladie sur son sol. Quelques pays, disposant des moyens logistiques et d’infrastructures sans commune mesure avec les moyens de riposte dont pourrait se prévaloir le Sénégal, ont déjà tenté de faire rapatrier quelques groupes de leurs ressortissants qui se trouvaient en Chine. Résultat des courses ? Des personnes rapatriées qui étaient diagnostiquées comme saines et n’ayant pas incubé le virus, au moment de leur transfert, se sont révélées finalement des vecteurs de transmission du coronavirus en France, en Angleterre, aux Etats-Unis d’Amérique, au Canada, à Singapour, à Taïwan et au Japon. La France a décompté à ce jour quelques douze cas de porteurs du coronavirus et s’évertue à rechercher et mettre en isolement toute personne qui a pu être en contact avec ces malades. Au Japon, Hong Kong ou Taïwan, des milliers de personnes, provenant de la Chine continentale, restent bloquées dans des paquebots en mer, empêchées de débarquer. Les autorités craignent la propagation du coronavirus. Pendant qu’on y est, pourquoi n’exigerait-on pas aussi le rapatriement des Sénégalais qui se trouvent dans ces derniers pays où commence à sévir le coronavirus ? Quelles seraient les conséquences de la propagation du coronavirus si d’aventure un ressortissant sénégalais, rapatrié de Chine par son gouvernement, se révélait porteur du virus ? On augure que tout le monde prendrait à partie le gouvernement pour avoir pris un tel risque qui mettrait en danger 16 millions de Sénégalais. «Rien ne vaut une vie», encore moins celle de 13 étudiants. Rien ne vaut non plus la vie de toute une population. Le même raisonnement a sans doute été celui des autorités du Rwanda ou de l’Ethiopie. Le Rwanda compte 86 étudiants dans la ville de Wuhan et l’Ethiopie en dénombre 254. Aucun de ces pays n’a envisagé de rapatrier ses étudiants. La question n’y fait pas autant polémique. Nos compatriotes qui sont portés à aller chercher toutes les leçons au Rwanda apprécieront.
Le Sénégal pourrait-il prétendre être mieux outillé et préparé que la Chine, le Japon, les Etats-Unis, la France ou Singapour ou Taïwan ou le Canada, pour contrecarrer la propagation d’un virus ? Bien sûr que non ! Assurément, un ressortissant sénégalais qui attraperait le coronavirus aurait plus de chance de s’en sortir s’il est pris en charge en Chine. Peut-être aussi, et j’allais l’oublier, que nous avons plus que la Chine et tous les autres pays, ce serait sans doute les prières de nos marabouts. On ne le répètera jamais assez, la Chine est mieux préparée que tous les pays pour juguler l’épidémie. Le ministre des Affaires étrangères de la Chine, Wang Yi, ne le pense pas moins quand il indique à son homologue sénégalais, Amadou Ba, que la Chine a pris toutes les mesures idoines, «conformément aux normes et standards internationaux recommandés par l’Organisation mondiale de la santé, et que ces mesures sont rigoureusement appliquées par le gouvernement chinois, avec la meilleure expertise et les moyens les plus adéquats. Ces mesures, incluant la prévention, les soins et le suivi sanitaire, bénéficient à toutes les personnes concernées, sans discrimination selon qu’elles soient chinoises ou étrangères». Le ministre Wang YI a également assuré que le gouvernement chinois reste entièrement mobilisé pour combattre la maladie, comme en témoignent les moyens importants déployés, notamment la construction en toute urgence d’hôpitaux dotés des meilleurs équipements et la mobilisation d’un personnel hautement qualifié. C’est le lieu de fustiger cette attitude irresponsable de certains Sénégalais qui voulaient justifier la demande de rapatriement de leurs proches par de prétendus comportements discriminatoires des autorités chinoises dans la prise en charge des malades atteints du coronavirus. On en arrive aussi à croire que d’aucuns ont perçu que la détresse des personnes installées en Chine ou celle de leurs parents et proches pourrait constituer une opportunité pour, une fois de plus, lever des fonds dans le cadre d’appels publics à la solidarité, comme cela avait été le cas par exemple, au plus fort de la crise des atteintes génocidaires contre les populations «Rohingyas» en Birmanie. On n’a pas encore connaissance d’un bilan fait de cette campagne de solidarité et nul ne sait non plus si les «Rohingyas» ont encore reçu les dons de diverses natures récoltés en leur nom au Sénégal.

Apprendre et réciter la leçon Ebola
La gestion par le gouvernement du Sénégal de la crise Ebola qui avait sévi lourdement en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone dans la période 2014-2015 lui avait valu toutes les félicitations de la communauté internationale. Le Sénégal avait vite fait de prendre les mesures idoines pour fermer ses frontières avec la Guinée voisine touchée, et avait mis en place un dispositif efficace de veille. Comme toujours, il se trouvait de grands «patriotes», des «panafricanistes», des «humanistes» pour flétrir la décision courageuse de fermer les frontières avec la Guinée. On reprochait au Sénégal de manquer de solidarité à l’endroit de ses voisins. Le Président guinéen Alpha Condé avait été encouragé par des élites sénégalaises à insulter notre pays pour ce geste d’outrecuidance. Le Président malien Ibrahim Boubacar Keïta s’en mêla, lui aussi, pour accabler le Sénégal et chercher à lui faire la leçon. Nous ne pouvions pas ne pas relever dans un texte du 10 novembre 2014, intitulé «La fumisterie de IBK, les insultes de Condé», qu’un mauvais procès était ainsi fait au Sénégal. En effet, écrivions-nous, «force est de dire que la décision de fermeture des frontières prise par le Sénégal procède d’une précaution salutaire. On sait quels ravages cette épidémie a provoqué au Liberia et en Sierra Leone (des milliers de morts), deux pays frontaliers de la Guinée, qui n’avaient pas pris les mêmes mesures que le Sénégal. Le Sénégal a réussi jusqu’ici à contenir la propagation du virus, comme la Côte d’Ivoire qui a, elle aussi, décidé de fermer ses frontières. Mais c’est le Sénégal seul qui est ainsi stigmatisé ; ce qui démontre le caractère subjectif des attaques de IBK et de Alpha Condé. Le sens des responsabilités aurait dicté aux autorités guinéennes de faire comme la République Démocratique du Congo, en mettant en quarantaine la région foyer du virus Ebola afin de préserver les autres parties du pays. Mais il semble plus facile de s’en prendre aux voisins». Les populations sénégalaises étaient donc assez soulagées, à la fin de l’épidémie Ebola, d’avoir été épargnées grâce à la vigilance de leur gouvernement. Pourquoi à l’époque les mêmes personnes qui s’agitent aujourd’hui n’avaient pas demandé de rapatrier des Sénégalais qui se trouvaient en Guinée, en Sierra Leone ou au Liberia ?

Macky Sall en rajoute à la polémique
Le Président Macky Sall aurait grand besoin d’apprendre, plus que jamais, que dans la société contemporaine où l’émotion résultant de la force des réseaux sociaux prend rapidement au sein des populations, «les faits objectifs ont moins d’importance que leur appréhension subjective», comme l’écrit Myriam Revault d’Allonnes dans son livre La faiblesse du vrai. Le chef de l’Etat a rajouté à la polémique quand il a tenté de répondre aux demandes insistantes de rapatriement des étudiants sénégalais pris dans le confinement de Wuhan. L’impair de sa communication aura été de dire que le Sénégal n’a pas les moyens nécessaires pour rapatrier ces personnes. Devrait-on désespérer que le Président Sall ne retiendra la leçon que la parole du chef de l’Etat doit être la dernière à être entendue sur des sujets à polémiques ? L’inadéquation du dispositif institutionnel ou l’attitude de ses collaborateurs, qui consiste à le laisser en première ligne et à découvert pour prendre les premiers coups, fait que le chef de l’Etat est souvent exposé et se trouve obligé d’intervenir, toujours en premier lieu et à tout bout de champ, sur toutes les questions. Dans le cas d’espèce, il est manifeste que la parole du chef de l’Etat n’avait pas été préalablement préparée ; autrement, des éléments de langage plus judicieux auraient pu lui permettre d’exprimer la vérité qu’il a déclamée, mais sans faire de grosses vagues comme c’est malheureusement le cas. Ce sera peut-être une autre de ses leçons chinoises. Il reste que les parents et proches des étudiants restés à Wuhan auront besoin d’être rassurés davantage par les autorités étatiques. Le communiqué publié le week-end dernier par le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur ne saurait suffire pour cela.
L’Etat devra éviter de verser dans une émotion au point de créer des précédents qui le rattraperont plus tard et autoriseront des revendications les plus farfelues provenant d’autres concitoyens de par le monde.

Par Madiambal Diagne



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