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Recrudescence de l’émigration clandestine: incursion à Thiaroye-Sur-Mer, les candidats s'expliquent, l'hécatombe se dessine...


Rédigé le Dimanche 18 Octobre 2020 à 10:34 | Lu 124 fois | 0 commentaire(s)


Au Sénégal, l’on assiste dernièrement à une recrudescence de l’émigration par les pirogues de la mort « Barça wala Barsakh ». Beaucoup d’individus, des hommes, des femmes, des enfants, tout âge confondu, ont été interceptés entre septembre et octobre entre les côtes sénégalaises et celles espagnoles. La politique lancée par l'Etat du Sénégal en 2018, contre l’émigration dite « irrégulière » ou « clandestine » n'a pas eu l'effet escompté. Des milliers d'Africains ont péri dans la Méditerranée. Une tragédie indicible qui ne décourage pas les candidats qui se multiplient par centaines, ces derniers jours. Qu’est-ce qui pousse réellement les jeunes à reprendre les pirogues ? Qu’est ce qui les motive à défier d'aussi près la faucheuse, en cette période où les pays du monde entier sont secoués par une crise sanitaire sans précédent. PressAfrik a "embarqué" dans le monde des pèlerins à destination de l'El Dorado européen.


Recrudescence de l’émigration clandestine: incursion à Thiaroye-Sur-Mer, les candidats s'expliquent, l'hécatombe se dessine...
« Barça Wala Barsakh » ! Ce slogan demeure non seulement une réalité, mais des décennies après son essor, on se rend compte que le phénomène de l'émigration clandestine persiste dans le pays. en attestent les nombreuses interpellations effectuées par la Marine nationale en mer ces derniers jours. Un récent rapport de l'Organisation internationale du travail (Oit) a révélé que le Sénégal occupe la troisième place des 10 pays qui ont le taux de chômage le plus élevé dans le monde, avec un taux de 48%, derrière le Burkina Faso.  Le chômage serait-il à l’origine de ce phénomène ? Un candidat faisant partie de ceux interceptés dans la nuit du 6 au 7 octobre dernier à Mbour (centre) se confie. 

Joint par PressAfrik, notre interlocuteur, pêcheur de profession, qui requiert l’anonymat, a accusé le Gouvernement du Sénégal d’être à l’origine de leur décision de quitter le pays par tous les moyens. « Nous n’avons plus accès aux licences de pêche, ni aux poissons. L’Etat du Sénégal a privatisé la mer. Les licences de pêche sont seulement octroyées aux gros navires qui ont donc la possibilité de pêcher les gros poissons. Et nous, nous n’avons accès qu’au reste, des petits poissons qui ne peuvent pas nous apporter grand-chose ».
 
Incursion à Thiaroye-Sur-Mer, un des points de départ clandestins pour l'Europe

Il est 12 heures à Thiaroye-sur-Mer, village des pêcheurs situé dans le département de Pikine. Ici, on voit quelques pirogues partir en mer, à la quête de poisson. Les cris des enfants et les vagues rythment ce  lieu, parmi les points de départs les plus connus des candidats à l'émigration clandestine. A bord d'une pirogue, des enfants âgés d'à peine 6 à 10 ans chantonnent le célèbre hymne de leur communauté: "Ay lébou lanu piiir (nous sommes de vrais lébous, en langue wolof)"  

À Thiaroye sur mer, la majeure partie des pêcheurs veulent aller en Europe. Toutes les personnes interrogées, par l'équipe de PressAfrik, qui a fait une petite immersion dans ce quartier, n'ont qu'une seule idée en tête: aller en Europe. Selon ces individus de tous genres, les grands navires industriels ont pris toutes leurs sources revenues. Il leur faut parcourir des kilomètres en mer pour avoir un peu de poissons.

Les risques que présente la traversée de la Méditerranée ne leur feront pas reculer. Si l'occasion s'offre à eux, ils n'hésiteront pas. "Depuis trois (3) ans rien ne marche à cause des grands bateaux. Tous ces gens que vous voyez sont sans emploi. Et si l'occasion se présente, à la minute qui suit, ils vont embarquer et partir pour subvenir aux besoins de leurs familles", prévient Mor Thiam, pêcheur de son état, la quarantaine sonnée.

Pour son voisin Mandiaye Diop, si les jeunes de ce village bravent la mort en empruntant l'océan, c'est parce qu'ils n'ont pas un autre choix. "Ces jeunes que voyez prendre les pirogues préféreraient rester ici auprès de leurs familles s'ils avaient de quoi subvenir à leurs besoins. Ils sont las de cette précarité. La pêche ne les nourrit plus et la plupart sont des soutiens de famille", confie-t-il.
"500 francs de Sénégal ne valent pas les 500 d'Espagne"
Ablaye Mbengue revient sur les véritables motivations des jeunes qui prennent les "pirogues de la mort". Selon lui, la réussite sociale à même de les permettre de prendre en charge leurs parents et proches est leur principal but. "Ces jeunes sont des soutiens de familles. Ils n'attendent plus rien de cette mer déjà pillée par la pêche industrielle. Et vous savez aussi bien que moi que 500 francs du Sénégal ne valent pas 500 en Espagne. Alors le choix est vite fait", dit-il. Avant de révéler que bon nombre de ses amis ont pris les pirogues et sont bien arrivés en Espagne dans la semaine du Magal de Touba (du 5 au 12 octobre 2020).



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