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THE ECONOMIST NE FAIT PAS HONNEUR À SA BELLE RÉPUTATION...(PAR MADIAMBAL DIAGNE)


Rédigé le Mardi 3 Juillet 2018 à 10:16 | Lu 143 commentaire(s)


La désinvolture avec laquelle The Economist parle du Sénégal conforte sur les clichés, les a priori et les approximations qui caractérisent les articles de nombreux médias occidentaux sur les pays africains


THE ECONOMIST NE FAIT PAS HONNEUR À SA BELLE RÉPUTATION...(PAR MADIAMBAL DIAGNE)

«Eh oui, il arrive qu’un journal de qualité, un journal de référence, raconte des âneries.» C’est assurément le cas de l’hebdomadaire britannique The Economist, en parlant du Sénégal, dans sa livraison du 28 juin 2018 dans un article intitulé «Senegal’s democracy is tested by its president». Ils sont nombreux, des lecteurs à vouloir prendre les allégations de cet article de presse comme parole d’évangile en ce sens qu’il pointerait des régressions de la démocratie sénégalaise.

The Economist avait habitué son monde à s’intéresser particulièrement à des situations économiques des pays et des entreprises à travers le monde. Pour autant, cette spécialisation sur les questions économiques ne saurait détourner un média des questions essentielles que constituent les facteurs démocratiques et politiques qui déterminent pour beaucoup les situations économiques, en favorisant ou gênant leurs développements. Ce n’est donc pas étonnant que The Economist évoque la démocratie sénégalaise. Il reste que le journal britannique n’a pas manqué de pointer du doigt un certain dynamisme économique du Sénégal et des réalisations et performances. Seulement, si The Economist s’était cantonné à jeter un regard sur la situation économique du Sénégal, il ne pourrait que faire un papier élogieux.

Les performances économiques certifiées par toutes les institutions internationales spécialisées en la matière parlent d’elles-mêmes. The Economist est bien placé pour savoir que les appréciations portées sur l’économie du Sénégal de ces dernières années par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, les institutions de notation internationales, entre autres, sont irréfutables. Les performances économiques en termes de taux de croissance, de réduction du déficit budgétaire, de rationalisation des dépenses publiques ou d’accroissement du Pib, qui dénote d’un regain d’activités économiques, constituent une nette amélioration par rapport aux années d’avant la gouvernance du Président Macky Sall. Non sans perfidie, le journal écrit : «Pour le novice, le Sénégal semble aller bien.» On peut lui rétorquer: «Pas seulement pour le novice, le Sénégal va mieux aux yeux des économistes aussi.» En effet, il est de notoriété publique que jamais le Sénégal n’a connu pareille embellie économique.

The Economist est aussi bien placé pour mesurer le degré de confiance que les marchés internationaux placent sur le Sénégal de Macky Sall. On me dira que The Economist n’aurait peut-être pas besoin de parler des trains qui arrivent à l’heure ? Soit ! Mais la réputation de rigueur professionnelle de cette publication ne devrait pas permettre de verser dans des amalgames et une légèreté déconcertante. L’unique donnée économique qui parait absolument négative aux yeux de The Economist, reste un taux de chômage estimé à 15%. La remarque ou critique aurait été plus pertinente ou recevable, si The Economist avait eu la présence d’esprit de rappeler les taux de chômage au Sénégal, avant l’arrivée Macky Sall au pouvoir. Le reporter de The Economist se fait sa religion de l’état de la démocratie sénégalaise à partir des graffitis sur les murs de Dakar. Comme si des graffitis de Skinheads, de néo-nazis et autres dépravés ou déviants sociaux dans le métro de Londres, de Manchester, de Birmingham ou de Belfast, suffiraient comme indicateurs de la démocratie britannique ou de l’appréciation que l’opinion publique britannique ferait de la gouvernance politique de Theresa May ou d’un tout autre chef de gouvernement !

Est-il alors besoin de faire remarquer au reporter de The Economist qu’il ne serait pas nécessaire d’être un expert en graphologie pour savoir que les graffitis, demandant la libération de Khalifa Sall ou de Barthélemy Dias, ont été écrits par les deux ou trois mêmes personnes qui officiaient pour la libération ou le retour de Karim Wade au Sénégal et qui, à l’occasion, tapissent aussi les murs de Dakar de slogans de propagande pour certains leaders politiques de la mouvance politique au pouvoir ? Il y a des personnes qui sont payées pour insulter d’autres sur les murs de Dakar. La règle dans le journal The Economist est que les articles dans cette publication ne sont pas signés du nom de leurs auteurs. Aucun des articles n’est signé : une tradition de longue date que l’hebdomadaire soutient par l’idée que «la personnalité et la voix collective comptent plus que l’identité individuelle des journalistes». The Economist est un journal réputé sérieux. Diantre ! Comment une telle publication se permet-elle de faire un reportage dans un pays sans donner la parole à aucun acteur politique ou social pour porter des accusations ou pour les réfuter ? Le reporter a manifestement péché en faisant ce qu’on appelle dans le jargon de la presse, «du journalisme assis», c’est à dire de rédiger un article sans véritablement faire le terrain et donner la parole aux différents acteurs. La rigueur professionnelle et morale imposerait une attitude autre. Un autre journal de référence, lui aussi hebdomadaire britannique et spécialiste des questions économiques et financières, The Financial Times, pour ne pas le nommer, plus largement diffusé que The Economist, avait produit un cahier sur le Sénégal sur plus de 9 pages de reportage, publié le 9 avril 2018, intitulé «Investing in Senegal».

The Financial Times avait pris la peine ou la précaution élémentaire, de tendre son micro à tous les acteurs et a publié un document journalistique qui respecte tous les standards professionnels. C’est dire simplement, qu’en choisissant d’opérer de manière différente et non professionnelle, The Economist a fait le pari d’un parti pris de mauvais aloi. Il s’y ajoute que la mauvaise foi est assez évidente dans les allégations de The Economist. En stigmatisant les procédures judiciaires contre Karim Wade, Khalifa Sall ou Barthélemy Dias, ce journal ne s’aventure pas à donner les raisons et motivations de telles arrestations ou condamnations pénales. A la lecture de l’article, on pourrait bien croire que le régime de Macky Sall s’est réveillé un beau matin pour aller chercher des opposants et les jeter en prison et les faire condamner par des juges à la solde de ce pouvoir.

QUAND LES GOUVERNEMENTS AFRICAINS CEDENT AUX CHANTAGE ET RACKET DES MEDIAS OCCIDENTAUX

La désinvolture avec laquelle The Economist parle du Sénégal conforte sur les clichés, les a-priori et les approximations qui caractérisent les articles de nombreux médias occidentaux sur les pays africains. On peut affirmer, sans aucun risque de se tromper, que jamais The Economist ne se permettrait pareille légèreté pour parler de la situation en France, en Espagne ou aux Etats-Unis ou même en Grande Bretagne par exemple. Il reste qu’on finit de se convaincre que l’auteur a totalement perdu le légendaire flegme britannique quand il fait l’allégation selon laquelle le régime de Macky Sall a instauré le système du parrainage intégral aux élections nationales afin de barrer la route à des opposants. Qui va rappeler à la rédaction de The Economist, que le système électoral britannique est on ne peut plus sélectif pour les candidatures. Dans le pays de The Economist, aux élections nationales, ne peuvent se présenter que des candidats investis par les deux seuls grands partis que sont le Parti Travailliste et le Parti Conservateur. Comment alors présenter un système de validation des candidatures par un parrainage citoyen, comme un système électoral d’une démocratie «banania» ? Il faut bien dire que vu sous cet angle, la démocratie sénégalaise n’aurait rien à envier à la démocratie britannique. En outre, doit-on rappeler que ce système de parrainage a été instauré au Sénégal suite à un référendum populaire. Demandez à The Economist de préconiser un référendum en Grande Bretagne sur les mode et système électoraux dans ce pays et pendant qu’on y est, sur le sort du système monarchique et de la famille royale ! Pour de nombreux faits de manquements et insuffisances démocratiques, combien de citoyens et d’organisations de la société britannique ont saisi les institutions judiciaires de leur pays et de l’Union européenne pour exiger «le Droit à des élections libres en Grande Bretagne» ? 

Les décisions judiciaires rendues alors sont systématiquement ignorées par les gouvernements britanniques. Combien de personnalités politiques croupissent encore dans les prisons britanniques pour avoir réclamé par exemple l’indépendance de leur Nation vis-à-vis de la Couronne britannique. Parmi ces personnes, beaucoup sont accusées d’actes de violation graves de la loi. La question est alors de savoir si les autorités britanniques devraient les laisser libres parce que simplement elles sont des personnalités politiques ? Encore une fois, il ne saurait y avoir de complexe à nourrir sur le terrain politique et on regrettera toujours que nos médias servent de caisses de résonance et sans discernement aucun, à des inepties produites par des médias occidentaux sur l’Afrique. Y aurait-il encore besoin de souligner que les journalistes africains ne devraient rien avoir à apprendre sur leur métier de leurs confrères occidentaux ? Il y a parfois une bonne dose de subjectivité dans certains traitements médiatiques. Ainsi, peut-on se demander si le papier de The Economist qui flétrit la gouvernance du Président Macky Sall ne serait pas la réponse grégaire d’un concurrent frustré, suite au dernier «Cahier spécial Sénégal», on ne peut plus élogieux du Financial Times et aussi des papiers du même journal sur la belle saga des Lions du football au Mondial 2018 (27 et 29 juin 2018) ?

La charge est virulente et manque tellement d’objectivité que quelqu’un a pu se demander si The Economist ne faisait-il pas payer au Président Macky Sall ses prises de position tranchées sur le débat sur l’homosexualité dans nos sociétés humaines.. Tout ceci reste aussi, on ne le dira jamais assez, la faute des gouvernants africains. Ils ont malheureusement habitué les médias occidentaux à céder à une certaine forme de chantage. Il suffit pour un média occidental de titiller un gouvernement africain, pour ensuite se voir dérouler le tapis rouge, être reçu dans les palais et en sortir avec des enveloppes bourrées de billets de banque en devises de leurs pays et/ou des encarts publicitaires payés au prix fort. Nos gouvernements semblent ne jamais comprendre que les articles publiés en Europe ou en Amérique ne déterminent point l’opinion des électeurs africains. Il convient de signaler que le papier en question ne semble pas faire l’unanimité au sein du Groupe The Economist.

La structure du The Economist Intelligence Unit, une autre entité du même groupe, donne un tableau fort différent. Cette structure qui, par ses recherches et ses analyses, offre des prévisions et du conseil à ses clients, dépeint le Sénégal sous Macky Sall dans les termes suivants : «Nous nous attendons à ce que le Président Macky Sall assure un nouveau mandat en 2019 après avoir obtenu une nouvelle majorité lors des élections législatives de 2017. Nous nous attendons aussi à une croissance économique forte de 6,4% en moyenne sur la période de 2018-2021, grâce aux performances accrues du secteur agricole et une meilleure production électrique. En 2022, la croissance économique devrait être encore plus forte avec les futures ressources en hydrocarbures du pays. Même si à présent des risques existent encore sur la production à venir en pétrole et gaz.»



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